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Manifestante en soutien à Navalny à St-Petersbourg le 20/08/20

L'impunité des puissants, poison de la démocratie russe

6 min
À retrouver dans l'émission

L'empoisonnement présumé du dissident Alexeï Navalny pousse la presse russe à s'interroger sur la violence et l'impunité qui gangrènent le pouvoir en Russie dans l'entourage de Vladimir Poutine. En Chine l'inquiétude monte avec le niveau des eaux du Yangtzé au barrage géant des Trois-Gorges.

Manifestante en soutien à Navalny à St-Petersbourg le 20/08/20
Manifestante en soutien à Navalny à St-Petersbourg le 20/08/20 Crédits : Olga Maltseva - AFP

Beaucoup de questions, dans la presse russe ce matin, sur un probable empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny. 

On va dire "probable", oui, car pour le moment comme le rappelle bien le quotidien Kommersant, les médecins de l'hôpital d'Omsk en Sibérie où le plus en vue des dissidents russe est hospitalisé, dans un état "très grave mais stabilisé", ces médecins donc réservent leur diagnostic 24 heures après ce soudain et terrible "malaise" (c'est le terme officiel) qui a terrassé Alexeï Navalny dans l'avion. Ils ne confirment pas la piste de l'empoisonnement qui est pourtant dans tous les esprits. 

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Ce qui est sûr, reprend Meduza, c'est que Navalny a bu un thé ce jeudi matin avant de monter dans l'avion qui devait le ramener à Moscou, et quelques minutes plus tard, il était pris de crampes d'estomac, convulsait en d'atroces râles d'agonie, perdait connaissance, l'avion faisait demi-tour, et l'opposant russe n°1 se retrouvait hospitalisé, en réanimation soins intensifs, dans le coma, sous respirateur, à l'hopital sibérien d'Omsk.  

24 heures plus tard, donc, l'agence Interfax nous dit que l'état de santé de Navalny n'a pas changé, pas plus que le diagnostic officiel qui n'évoque pour le moment sans la confirmer qu'une "possible intoxication à une drogue hallucinogène" encore indéterminée même si une média en ligne, Baza, très présent sur l'application Télégram, évoque selon Kommersant le GHB connu en France comme la drogue du viol.  

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 Pour le moment ça fait bien peu de certitudes, c'est vrai, mais d'après Yvan Davydov à lire sur le journal en ligne Republic, quand on parle d'un opposant aussi exposé que Navalny en Russie, eh bien forcément "le suspect numéro un, c'est le Kremlin, et la piste privilégiée celle de l'empoisonnement politique".  "Il ne saurait y avoir de présomption d'innocence pour l'Etat, ajoute le journaliste d'opposition, tant il y a eu de précédents ces dernières années, et tant l'appareil d'Etat, autour du président Poutine, a montré peu de volonté de faire la lumière sur ces précédents, pour rendre justice". 

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Dans l'édito publié hier soir par The Financial Times, on lit que "dans aucune autre soi-disant démocratie, la carrière d'opposant politique n'est aussi dangereuse et potentiellement mortelle que dans la Russie de Vladimir Poutine". La violence politique y est quasi culturelle comme nous le rappellent les noms de Boris Nemtsov, Vladimir Kara-Murza, Anya Politkovskaya pour ne citer qu eles plus connus des ces dissidents assassinés. Mais l'édito du Financial Times s'interroge, tout de même : "l'emprise du Kremlin est telle, sur les médias, sur la justice et sur le système électoral russe, qu'Aleksey Navalny ne représentait pas une réelle menace politique pour le pouvoir de Vlamidir Poutine". 

Les reporters de l'agence Reuters, qui suivaient Alexeï Navalny dans son déplacement en Sibérie de ces derniers jours, racontent d'ailleurs cette étrange scène : l'opposant rencontrait mercredi dans la ville de Tomsk des jeunes partisans qui lui ont demandé, texto "mais comment est-il possible que vous soyiez encore en vie ?" Navalny s'est amusé de cette question, s'est excusé, sur le ton de la blague, de ne pas s'être déjà fait tuer, et puis il a expliqué à ses supporters que, je cite, sa mort ne serait "vraiment pas une bonne chose pour le Kremlin", qu'elle "ferait de lui un héros" et que c'est la dernière chose que souhaite Vladimir Poutine.

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Cette lucidité prophétique d'Alexeï Navalny quelques heures avant son possible empoisonnement  hante aujourd'hui la presse russe, en particulier la presse d'opposition qui ne se satisfait pas du cliché simpliste d'un Poutine commanditant froidement, derrière son bureau, l'assassinat de son principal opposant. Dans son billet publié tard hier soir sur Republic, le journaliste dissident Oleg Kashin imagine à l'inverse un Vladimir Poutine furieux quand il a appris la nouvelle hier, cherchant parmi ses proches oligarques ou hommes politiques lequel a bien pu commettre une bêtise pareille. Il faut dire que Navalny et sa fondation qui révèle régulièrement des scandales de corruption en haut lieu se sont fait de nombreux et puissants ennemis ces dernières années. C'est sans doute parmi eux qu'il faudrait chercher la source du mal mystérieux qui terrasse l'opposant depuis hier.

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Ce qu'en conclut Oleg Kashine, c'est qu'à défaut d'être lui-même le commanditaire, le Kremlin connait parfaitement l'identité de ce dernier... mais il ne la révèlera jamais : c'est la règle du milieu, silence et loyauté. Poutine pas commanditaire mais Poutine complice, donc et finalement bien coupable d'entretenir l'impunité pour les assassins et empoisonneurs.  

Nous sommes à présent en Chine où un déluge continue de s'abattre sur le centre du pays. 

La principale conséquence ce sont des inondations massives qui touchent depuis des semaines les régions du Sichuan, du Hunan et du Hubei qui constituent le bassin du grand fleuve Yangtzé. "Des dizaines de milliers de riverains du cours d'eau ont du être évacués ces derniers jours", nous dit la chaîne américaine CBS News, tant leur vie était menacée par l'impressionnante montée des eaux : la mégapole de Chongqing est inondée, les dégâts sont considérables, des joyaux du patrimoine chinois comme le bouddha géant de Leshan ont littéralement les pieds dans l'eau... 

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Mais le plus inquiétant, d'après The Guardian, c'est ce qui concerne le grand barrage des Trois-Gorges, la plus importante retenue d'eau du monde, inaugurée en 2003 après 12 ans d'un chantier pharaonique, et qui n'avait jamais vu son niveau monter si haut. Hier le barrage a du encaisser un record de 75 000 mètres cubes d'eau à la seconde qui déferlaient en amont, et les autorités chinoises ont décidé d'ouvrir les vannes au maximum en aval, provoquant des cataractes vraiment impressionnantes.

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Mais toutes impressionnantes soient-elles, ces gerbes d'eau, nous explique Asia Today, ne permettent qu'un débit de 49 000 mètres cubes à la seconde, soit beaucoup moins que ce qui s'accumule au-dessus du barrage. Pékin par la voix du Global Times se veut rassurant sur la capacité de l'ouvrage d'art à encaisser cette situation record, mais le Guardian évoque une vraie "anxiété" qui monte dans toute la région à mesur que monte la côte d'alerte du barrage. Si une brèche s'ouvrait dans le barrage géant, les conséquences pourraient être colossales sur tout l'aval du fleuve Yangtsé, une région très riche et densément peuplée où l'on trouve notamment la ville désormais bien connue de Wuhan...

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