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Les JO d'été de Tokyo plus que jamais das le flou

Qui osera acter l'annulation des J.O. d'été de Tokyo ?

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The Times affirme que le Japon a décidé d'annuler les Jeux Olympiques, déjà reportés d'un an, qui doivent débuter dans 6 mois. Mais la pression mise par le CIO et l'ampleur des enjeux financiers retardent l'annonce. Le procès de Beny Steinmetz, un cas d'école de corruption internationale en Afrique.

Les JO d'été de Tokyo plus que jamais das le flou
Les JO d'été de Tokyo plus que jamais das le flou Crédits : Philip Fong - AFP

Beaucoup de spéculations dans la presse ce vendredi sur le maintien ou non des Jeux Olympiques de Tokyo l’été prochain.

On va rappeler tout de suite que ces JO d’été devaient avoir lieu l’an dernier mais qu’ils ont été repoussés à 2021 à cause de la pandémie ; il y avait cette idée que 2020 avait été une année sacrifiée, mais que la suivante allait marquer le retour à la normale et qu’en gros, le spectacle devait continuer… 

Mais plus on avance dans cette année 2021, plus on voit les perspectives qui sont les nôtres à l’échelle mondiale… et plus la faisabilité de ces réjouissances sportives planétaires et estivales (commerciales aussi) a du plomb dans l’aile (et je ne parle pas là seulement des épreuves de tir au pigeon).

Pas plus tard que ce jeudi, c’est le Times de Londres, dans son édition web du soir, qui a mis les pieds dans le plat. Il affirme, source japonaise haut placée à l’appui, que le gouvernement de Tokyo s’est fait une raison : il va falloir annuler ces Jeux Olympiques, y renoncer pour cette fois tant leur organisation paraît impossible dans le contexte actuel. Le Japon, ajoute The Times, refuse pour le moment d’officialiser cette décision car le Comité International olympique (le CIO), insiste lui toujours pour sauver ce qui peut l’être des enjeux financiers colossaux engagés dans ces Jeux.

(MISE A JOUR : après diffusion de cette revue de presse, le gouvernement japonais a démenti formellement avoir décidé d'annuler les JO)

Voilà donc Tokyo résignée... mais qui retarde l’annonce, nous explique-t-on, d’abord parce que (je cite la source gouvernementale du Times) "personne ne veut être le premier à le dire", ensuite parce que les Japonais veulent trouver les moyens d’officialiser l’annulation des JO sans froisser le CIO, dans le but l’obtenir l’organisation des prochains JO non encore attribués (soit ceux de 2032). 

Il faut noter que ce pavé dans la mare venu de Londres est arrivé le jour même, ce jeudi, où le patron du CIO Thomas Bach déclarait avec aplomb, à l’agence de presse nippone Kyodo News, qu’il n’y a "aucune raison de penser que les JO de Tokyo ne vont pas débuter comme prévu dans six mois, le 23 juillet", et que de toute façon il n’y a "pas de plan B"

Le souci, c’est que plus le CIO affiche sa détermination, moins il convainc son monde. Déjà la population japonaise, sondée par la chaîne NHK, est à 77% favorable à un nouveau report ou une annulation pure et simple des Jeux Olympiques. En terme de popularité, donc, on repassera… 

Dans la revue Nikkei Asia, Kosuke Takahashi rappelle que le Japon a décrété l’état d’urgence sanitaire début janvier après avoir vu bondir le nombre de contaminations au coronavirus et à ses variants ; ailleurs dans le monde la pandémie est toujours sur une phase d’expansion, obligeant de nombreux pays à fermer leurs portes et leurs frontières ; la complexité des campagnes de vaccination et leur inégale répartition entre pays riches et pauvres nous a fait vite réaliser que le vaccin n’était pas l’arme magique et instantanée à laquelle nous avions voulu nous raccrocher.

Dans ce contexte, à six mois de l’échéance, s’entêter à imaginer accueillir des milliers d’athlètes et des touristes de toute la planète a quelque chose d’illusoire et surtout d’irresponsable, selon le journaliste du Nikkei Asia qui appelle clairement à voir la réalité en face et à "annuler les JO". 

Même discours dans la presse sportive, comme par exemple dans les colonnes du Cycling Weekly britannique (hebdo comme son nom l’indique consacré à l'actualité du cyclisme) où l’homme qui a supervisé l’organisation des JO de Londres en 2012, Sir Keith Mills, appelle ses collègues japonais à ne plus tourner autour du pot et à envisager très concrètement l’annulation, eu égard aussi aux sportifs de haut niveau qui organisent leur vie autour d’échéances comme les Jeux et vivent dans le flou depuis plus d’un an.

Mais annuler les JO, ce sera surtout d’après Radio Canada, une catastrophe financière pour le Japon qui a investi plus de 25 milliards de dollars dans la préparation. Le New York Times ajoute que le pays comptait récupérer au moins un milliard avec la vente des droits de retransmission télévisée des épreuves. 

Faut-il pour autant assurer des Jeux à tout prix, en pleine pandémie qui a déjà fait plus de deux millions de morts à travers le monde ? Ce serait assurément, pour le CIO en particulier, jouer à des Jeux très très dangereux…

Nous sommes à présent à Genève en Suisse où l’on attend ce vendredi le verdict dans un procès au retentissement planétaire.

Un procès, nous dit Le Temps, comme "un cas d’école de corruption" de très haut niveau exercée en Afrique par certains hommes d’affaires européens. En l’occurrence l’accusé est Beny Steinmetz, diamantaire franco-israélien accusé d’avoir versé environ 10 millions d’euros en pots-de-vin cachés sur des comptes en Suisse à la quatrième femme de l’ex-président polygame de Guinée Lansana Conté, tout ça dans le but d’obtenir des permis d’exploration minière dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. 

Selon le procureur suisse qui a requis 5 années de prison, tout y est, le "cas d’école" donc, dans ce dossier bouclé au terme d’une enquête internationale lancée en 2013 et qui pourrait elle très facilement être adaptée en film de genre. "Il y a tout, confirme Fati Mansour du Temps, les écoutes du FBI, les aveux de l’épouse corrompue qui est depuis protégée par la justice américaine, les courriers compromettants, et cette conversation où le baroudeur de l'équipe engagée par Steinmetz, un français, insiste pour que l’épouse du président détruise bien toutes les preuves et nie en bloc".

D’ailleurs, le procès Steinmetz a passionné cette semaine la presse aussi bien israélienne, américaine que française, guinéenne… et même brésilienne, à lire aujourd’hui El Pais Brasil qui détaille les connections entre le géant minier Vale, ancien employeur de Steinmetz, et l’ex-ministre de Jair Bolsonaro Sergio Moro.

Verdict donc attendu dans la journée : "Beny Steinmetz sera-t-il condamné, dans cet impossible procès ?", s’interroge le site AfricaGuinée, qui rappelle que l'avocat du milliardaire dans sa plaidoirie a présenté son client comme "un bienfaiteur de l'Afrique", plaidé la prescription de tous les faits reprochés, et contesté la compétence du tribunal genevois à juger Beny Steinmetz.

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