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Manifestation nocturne à Alger contre la présidentielle du 12 décembre

En Algérie, le Hirak remobilisé contre la présidentielle du 12 décembre

6 min
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Face à l'ancien régime qui joue sa survie dans l'élection présidentielle du 12 décembre, la rue algérienne multiplie les manifestations de jour comme de nuit, et subit une répression croissante. Au Pakistan, le féminisme expliqué par les hommes fait grincer des dents.

Manifestation nocturne à Alger contre la présidentielle du 12 décembre
Manifestation nocturne à Alger contre la présidentielle du 12 décembre Crédits : RYAD KRAMDI - AFP

Qui a dit que le mouvement populaire marquait le pas en Algérie ?  

Qui l'a dit ? Les journaux proches du pouvoir algérien, ex-Bouteflika aujourd'hui tenu par le général Gaid Salah. Prenez par exemple le quoitidien El Moujahid : il affiche depuis 1965 la devise "la Révolution pour le peuple et par le peuple", mais il semble l'avoir oublié depuis le début de cette année. Ces trois derniers jours, il a multiplié les éditoriaux accusant les manifestants du Hirak (le mouvement de protestation qui a obtenu le départ d'Abdelaziz Bouteflika mais lutte toujours pour imposer un changement réel en Algérie) d'avoir des "intentions perverses, insidieuses, visant à freiner le processus de sortie de crise" dirigé par l'armée, cette élection présidentielle du 12 décembre à propos de laquelle le même Moudjahid vante la "mobilisation unanime" et "l'unité" avec lesquelles le peuple algérien soutient l'organisation du scrutin. La campagne a été lancée dimanche, avec 5 candidats, tous issus de l'ancien régime : les partisans de la révolution eux boycottent l'élection.  

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Une campagne présidentielle que le site TSA, Tout sur l'Algérie décrit à la manière d'un théâtre assez pathétique : les candidats, oubliant qu'ils sont d'anciens ministres ou dignitaires du clan Bouteflika, promettent de changer les règles du jeu politique, de "faire barrage aux forces de l'argent", d'incarner la rupture avec les vieilles pratiques de corruption et de clientélisme... Leurs meetings se déroulent sans grandes foules et sans passion, "dans un esprit de sérénité", euphémise l'édito de L'Expression en date d'hier ; "Les candidats peinent à se faire entendre", résume poliment El Watan

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Et c'est TSA qui met les pieds dans le plat : depuis son lancement dimanche, cette campagne présidentielle est surtout "marquée par la multiplication des actes de défiance" à son égard : le peuple ne veut pas de cette élection, de nombreux élus locaux le disent et annoncent qu'ils refuseront d'organiser le scrutin dans leur commune le 12 décembre. A Alger et Tizi Ouzou, rapporte Algérie Focus, ce rejet d'une élection vue comme une mascarade, un éteignoir démocratique, prend la forme depuis deux jours de manifestations nocturnes comme si celles, diurnes,  du mardi et du vendredi chaque semaine depuis le mois de février n'y suffisaient plus face à l'urgence de dénoncer la situation.  

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Manfestations pacifiques, comme c'est le cas depuis 9 mois en Algérie, et pourtant manifestations qui se terminent de plus en plus invariablement par des arrestations de dizaines de marcheurs : une trentaine mercredi soir à Alger où 8 manifestants ont été placés hier en détention provisoire ; une trentaine d'interpellations également hier dans la ville de Tiaret en marge d'un meeting du candidat Benflis, mais là seuls 4 ont été remis en liberté.   On le comprend donc, la répression des détracteurs de la présidentielle, leur criminalisation, s'intensifie depuis le lancement de la campagne. Remettre l'élection en cause est qualifié par les juges d'"association de lmalfaiteurs, atteinte à l'unité nationale et désobeissance civile". 

C'est d'ailleurs ce qui est reproché à l'une des icônes de la nouvelle révolution algérienne, Brahim Lalami, arrêté mardi dans une manifestation et présenté à la justice hier : selon un témoin cité par Algérie Focus, le jeune homme a été jeté en prison alors qu'à l'audience il présentait un visage tuméfié, incapable de se tenir debout après les violences subies pendant sa garde à vue. 

Voilà donc ce qu'il en coûte à ceux qui essayent de faire dérailler le scénario électoral idéal voulu par le régime. La police, constate enfin le HuffPost Algérie est intervenue hier soir contre la manifestation nocturne à Alger, avec "une violence rarement vue depuis février". Le pays est bien face à une "escalade" des tensions, c'est le titre retenu par le site d'info, et ça n'augure rien de bon pour la grande manifestation du vrendredi qui devrait à nouveau faire le plein tout à l'heure pour célébrer les 9 mois du mouvement populaire algérien.

Nous terminons la semaine au Pakistan où certains n'ont pas peur d'empoigner la cause féministe. 

Il faut reconnaître le courage de cet organisme qui a pignon sur rue à Karachi, le Conseil pakistanais des Arts : il organise ce vendredi une table ronde sur les questions brûlantes de féminisme et d'égalité des sexes, dans une société décrite par la BBC comme "profondément patriarchale". Respect aussi pour le nom donné à cette conférence, "féminisme, l'autre perspective" : ça ouvre des espaces de réflexion, de débat...  

Sauf que que cette conférence ne prévoyait à l'origine que des intervenants mâles. :  cinq hommes, certainement tous bien intentionnés, des journalistes, des artistes, des défenseurs des droits humains... mais pas une seule femme. C'était donc ça cette "autre perspective" sur le féminisme, qui se trouve finalement être toujours la même, à savoir celle des hommes ? 

Ah si pardon :  il y avait tout de même une femme au programme, la présentatrice de télé Uzma Al Karim dans le rôle de modératrice, chargée donc de distribuer et de mettre en valeur la parole masculine. Avouez qu'il est difficile de faire pire en matière de "mansplaining" (j'ai cherché une manière de traduire en français ce terme, on me dit donc "mecsplication" ou "pénisplication" en québécois, mais je ne suis pas vraiment sûr que ça aide à la compréhension). 

En tous cas au Pakistan cette erreur de casting a fait abondamment réagir, à commencer par le quotidien Dawn, "l'aube" de Karachi qui relayait dès mercredi les critiques adressées aux organisateurs sur les réseaux sociaux ainsi que les réserves de certains des 5 participants  qui ne savaient pas au moment d'accepter d'en être, qu'ils ne seraient entourés que d'autres hommes. 

A force de mises en causes, le Conseil pakistanais des Arts a tente de se justifier, expliquant à Dawn qu'il voulait "faire parler les hommes sur les défis posés par le féminsime à la masculinité traditionnelle", et faire entendre aussi la position de "décideurs" dans la société pakistanaise... manière de reconnaître que les décideurs sont et restent des hommes. 

Finalement le Conseil a reconnu, pour le moins, sa maladresse ; il a ajouté en dernière minute deux femmes à son panel et il a même modifié le titre du colloque : "l'autre perspective" sur le féminisme est devenu "comprendre le féminisme". C'est moins ambitieux mais plus réaliste : au Pakistan comme ailleurs, il s'agit bien de repartir des fondamentaux, simple, basique comme par exemple dire que 'le féminisme c'est encore mieux quand ce sont des femmes qui en parlent... et qu'on les écoute.'

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