LE DIRECT
La ville de Tasilaq, au Groenland, le 3 avril 2020

Faute de pouvoir acheter le Groenland, les Etats-Unis tentent de le séduire

6 min
À retrouver dans l'émission

Les USA ont offert ce jeudi une première aide de 12 millions de dollars au Groenland. Une manière de contrer les influences chinoise et russe dans l'Arctique, quitte à fâcher le Danemark. Des achats de millions de masques anti-Covid défectueux font scandale en Espagne et au Canada.

La ville de Tasilaq, au Groenland, le 3 avril 2020
La ville de Tasilaq, au Groenland, le 3 avril 2020 Crédits : PHILIPPE ROY - AFP

En ce vendredi matin offrons-nous un peu de dépaysement.

Au passage, je vous emmène sur un territoire où il n'y a actuellement aucun malade du coronavirus, et ça ça n'a pas de prix : nous sommes au Groenland, pas loin donc du pôle Nord, une terre qui appartient au Danemark, vous le savez, tout comme vous vous souvenez peut-être aussi qu'il y a 8 mois, en août 2019, Donald Trump avait très sérieusement émis l'idée de proposer à Copenhague de lui racheter le Groenland. 

Les Danois, faut-il le préciser avaient décliné l'offre, poliment pas fermement, expliquant que ces terres certes glacées mais très riche en minerais et très stratégiquement disposées en ces temps de réchauffement climatiques, n'étaient pas à vendre.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Eh bien l'histoire n'est pas finie, c'est pour ça qu'on en parle ce matin : je lis dans dans le New York Times que les Etats-Unis ont offert hier au Groenland une aide de 12 millions de dollars présentée comme une simple affaire de "bon voisinage" entre riverains du pôle nord, de quoi booster le tourisme, l'éducation, et (tout de même) le secteur des extractions de matières premières stratégiques. 

Comme il fallait s'y attendre, poursuit le quotidien danois Politiken, le gouvernement groenlandais a accepté cette aide de bon cœur. Mais du côté de Copenhague on grince beaucoup plus des dents, avec des voix dans la classe politique danoise qui y voient une tentative "opaque et abusive" de la part des Américains de s'acheter les faveurs de Nuuk, Nuuk étant la capitale du Groenland, là où siège son gouvernement semi-autonome. 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Car c'est là que réside l'astuce pour les Américains, celle-là même qui, selon le Financial Times, fait "enrager" les Danois : l'aide américaine a été proposé directement aux autorités semi-autonomes groenlandaises, ce qui est vu depuis Copenhague comme une manière de flatter les velléités du Groenland à prendre plus encore d'indépendance face au Danemark. L'Amérique, d'ailleurs note encore The Financial Times, assortit son chèque d'aide d'une "promesse d'installation prochaine d'un consulat des Etats-Unis sur la plus grande île du monde" (on parle toujours du Groenland). 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Alors bien sûr l'article que Bloomberg consacre à cette affaire cite des officiels de la diplomatie américaine qui se défendent de relancer là, par un moyen détourné, l'offre trumpienne de racheter le territoire au Danemark. Mais tout de même, Washington signifie clairement qu'elle n'a pas abandonné ses vues sur le Groenland.

D'ailleurs, qu'on ne s'y trompe pas, cette aide américaine est surtout un moyen de contrer les visées chinoises et russes sur le Groenland. Sur ce point tous les journaux, danois ou américains sont d'accord ; même la Nikkei  Asian Review au Japon interprête l'offre d'aide américaine comme un moyen de "surenchérir au défi lancé dans l'Arctique par les Chinois". 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Et de nous rappeler que Pékin en 2018 a lancé son projet de "route polaire de la soie", un couloir maritime à travers les océans du Pôle Nord, délivré des glaces par la magie du réchauffement climatique, et qui permettrait de faire circuler des centaines de cargos venus de Chine pour livrer ses exportations à l'Europe dans des temps records. Les enjeux économiques sont considérables, et autant dire que les chinois n'ont pas attendu les Américains pour commencer à arroser les autorités groenlandaises d'aides en tous genre.

Du côté des russes, c'est plus dans le domaine militaire que se livre la bataille d'influence arctique selon The Wall Street Journal, évoquant notamment le fait que Moscou a mené l'an dernier d'impressionnantes manœuvres militaires autour du Pôle Nord, "les plus importants exercices de ce genre depuis la fin de la guerre froide".

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Chacun place donc ses pions, et avec cette enveloppe de 12 millions de dollars, Washington ne fait que mettre un orteil dans l'eau pour en tester la température, à en croire The Financial Times le plus gros  de l'opération séduction reste encore à venir. Mais si l'on se fie cette fois à ce qu'en dit le Berlingske de Copenhague, les dirigeants et habitants du Groenland "accueillent avec joie l'offensive de charme des Américains, laquelle commence déjà à porter ses fruits".

On verra si dans quelques années la Chine livre ses masques respiratoires au monde via le Groenland... en attendant, la demande est tellement forte que les Chinois nous vendent un peu tout et n'importe quoi.

Les Chinois vendent, et nous nous achetons parfois, il faut bien le dire, à tort à à travers, sans vraiment vérifier la provenance, la fiabilité des fournisseurs ou la conformité des masques aux normes sanitaires chez nous...  

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Vous avez peut-être entendu parler du scandale qui fragilise le ministre de la santé espagnol. C'est à lire dans El Mundo d'hier : plus de 2 millions de masques défectueux achetés par le gouvernement Sanchez à une société non homologuée. Les soignants espagnols, qui manquent cruellement d'équipement de protection ont reçu pour consigne de les jeter, de ne surtout pas les utiliser. En ces temps de pénurie où les personnels médicaux risquent leur vie pour sauver celle des malades du Covid-19, cela crée un vrai malaise en Espagne. La faute en l'occurence au ministère qui a agi dans la précipitation et n'a pas mené les vérifications de base, accuse El Mundo.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Et la situation est à peu près la même au Canada, d'après le site d'info Politico : dans sa quête désespérée de fournisseurs capable de lui livrer des masques, alors que le marché est saturé de demande, le gouvernement Trudeau a reçu de Chine livraison d'un million de masques homologués KN95. Sauf que cette norme chinoise ne remplit pas du tout les standards fédéraux canadiens pour un usage en première ligne face au Covid-19, ça c'est la norme canadienne N95, rien à voir donc avec la chinoise KN95. Voilà ce que c'est que d'acheter en ligne sans bien vérifier une dernière fois le panier avant de valider.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Dans cette grande et désordonnée ruée vers les masques, il est donc question de normes, mais aussi d'intermédiaires pas toujours bien intentionnés. En Suisse, Le Temps nous explique que des acteurs privés pas forcément philanthropes viennent assouvir leurs appétits capitalistes sur ce marché du masque médical. Ils le font principalement parce que les Etats sont débordés, pas préparés, n'arrivent pas à fournir leurs personnels, alors des chefs d'entreprises bien établis en Asie, des apprentis entrepreneurs, des "aventuriers" voire même des "flibustiers" se proposent de le faire à leur place. Au risque de la cacophonie... ou de l'arnaque pure et simple

Chroniques

7H47
37 min

L'Invité(e) des Matins

Mathias Enard : "Pendant le confinement, je tente de retrouver le plaisir d'être au monde dans la simplicité"
L'équipe
Journaliste

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......