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Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterresen RDC, 09/2019

La réponse internationale face à Ebola en RDC accusée de biais racistes

4 min
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La dixième vague d'Ebola en République démocratique du Congo a fait 3500 morts jusqu'à juin dernier ; une rapport d'expert pointe les effets pervers et biais racistes de la réponse mise en place par l'OMS et les ONG. Prise de bec entre Boris Johnson et Sergio Matarella sur fond de règles anti-Covid.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterresen RDC, 09/2019
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterresen RDC, 09/2019 Crédits : Alexis Huguet - AFP

D'une épidémie : l'autre quelles leçons tirer d'Ebola en République démocratique du Congo pour une meilleure lutte contre le Covid-19 ?

Avec une mise au point pour commencer... on la trouve sur le site congolais L'Actualité : l'épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola n'est pas terminée en RDC, comme on avait pu l'espérer ce printemps ; elle a ressurgi début juin dans la région dite de l'Equateur, avec une cinquantaine de morts sur 124 cas détectés. On a là une 11e vague de contamination qui a donc commencé... 

Mais c'est sur la dixième que l'on va revenir plus en profondeur ici, en se plongeant dans un article de la revue Jeune Afrique publié ce jeudi. Le journaliste Romain Gras y revient sur un rapport rendu public la semaine dernière par le GEC, le Groupe d'Etude sur le Congo basé à l'Université de New York, avec cette question volontairement polémique : face à cette dixième vague qui a duré deux ans, d'août 2018 à juin 2020 dans l'ouest de la RDC et a fait près de 3500 morts, "la gestion de la crise sanitaire a-t-elle été empreinte de racisme ?

C'est bien ce que tend à prouver cette étude des "effets pervers de la réponse" mise en place par l'OMS et les ONG. Ce qui la caractérise, cette réponse, c'est avant tout son manque total de confiance en la capacité du système de santé local. Ce secteur public congolais est, de l'aveu même des universitaires du GEC, "en décrépitude depuis 40 ans", conséquence de la corruption endémique et des mesures d'ajustements structurels imposées par les bailleurs internationaux ; mais la conséquence, ça a été que le gouvernement de Kinshasa a laissé les agences onusiennes et humanitaires créer de toute pièce "un système de santé parallèle, massif, et spécifique à Ebola, mais complètement détaché du terrain, des communautés qui y vivent et des structures de santé existantes".

Cela créé une forte méfiance de la part des populations locales, ces habitants des régions reculées du Kivu qui, ajoute Jeune Afrique, sont pourtant exposées à des problèmes de santé et de sécurité permanents mais ne sont pas habitués à voir un tel déploiement soudain d'argent et de moyens humains venus de l'extérieur du pays. En a résulté une perception de cette riposte contre Ebola comme une "entité étrangère". Les personnes présentant des symptômes ont trop souvent rechigné à aller dans les centres Ebola qui étaient séparés des dispensaires dans lesquels ils avaient placé leur confiance et, vous l'avez compris, tout ça a compliqué la détection précoce des nouveaux cas de contamination. Sans parler des difficultés que ça a présenté au moment de vacciner la population, avec le champ libre qui a été laissé à tous les discours complotistes que l'on connait trop bien en Afrique, sur fond de ressenti post-colonial.  

Voilà donc ce qui amène les experts du GEC à formuler cette critique des ONG et de l'OMS : "qu'il s'agisse d'une simple erreur ou d'un refus stratégique, nous soutenons qu'elle s'inscrit dan la même logique raciste qui a historiquement nié la reconnaissance des systèmes de savoir et de pratiques noirs et africains".  

Au-delà de ce constat, suelles leçons tirer de tout celà pour mieux lutter contre les nouvelles épidémies d'Ebola ou de Covid-19 ? Clairement, à lire ce qu'écrivait RFI la semaine dernière sur le sujet, il faut avant toute chose soutenir les systèmes de santé nationaux, restaurer la confiance mutuelle. En l'état actuel de ce système, c'est loin d'être évident : pas plus tard que ce jeudi L'Actualité de RDC évoquait la situation de ces agents de santé locaux, engagés dans la riposte contre le Covid-19 et qui n'ont reçu aucun salaire depuis 5 mois. Ils dénoncent aussi le fait que les primes qui leur ont été promises par le président Félix Tshisékédi sont dix fois moins élevées que celles que touchaient les agents engagés dans la dernière campagne contre Ebola. Le décalage criant entre les moyens mis par l'Etat congolais et ceux déployés par les agences internationales n'a pas fini de compliquer la lutte contre les épidémies.   

Toujours à propos de la crise sanitaire actuelle, en Europe cette fois, cette prise de bec à distance entre le Premier ministre Britannique et le président italien.  

Sergio Matarella n'a pas apprécié les propos tenus par Boris Johnson mardi quand il a voulu justifier le fait que la seconde vague de Covid-19 arrivait plus vite et plus fort au Royaume-Uni que dans d'autres pays européens, notamment l'Allemagne et l'Italie. Si c'est le cas, s'est emporté BoJo, "c'est parce que le Britanniques sont un peuple épris de liberté" qui a donc eu plus de mal à se plier aux restrictions et mesures barrières cet été (en gros c'est la version londonienne de ce qu'un certain Nicolas Bedos a pu dire en France... mais je ne vais pas relancer la polémique). 

Alors forcément, rapporte The Guardian, le chef de l'Etat italien et pas mal de ses concitoyens d'ailleurs se sont sentis attaqués ; d'où cette réplique de Sergio Matarella : "nous Italiens chérissons aussi notre liberté... mais ça ne nous empêche pas d'être sérieux" quand il faut se protéger contre la pandémie.  

Ce qui pose surtout problème, c'est que les insinuations de Boris Johnson semblent bien lier la discipline des Allemands et Italiens au fait qu'ils aient connu des expériences totalitaires dans leur histoire récente. A l'entendre, s'étrangle le chroniqueur Massimo Gramelinni dans Il Corriere Della Serra, "c'est parce que nous avons connu Mussolini et pas Churchill que nous acceptons plus de porter des masques". Et de s'amuser de ce renversement des stéréotypes où je cite "le pays qui a inventé les files d'attentes, les pelouses taillées au cordeau et l'armée moderne nous reprocherait notre trop grande discipline à nous, Italiens qui sommes sans cesse dépeints comme des anarchistes latins en bute à toute règle ?". 

Non, le problème, conclut Gramelini, c'est surtout la population britannique ne comprend plus rien aux règles qui lui sont imposées par un gouvernement incapable de formuler une réponse claire et cohérente face au Covid-19.  Dit autrement, le problème c'est que "Boris Johnson n'est décidemment pas Winston Churchill".

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