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Remontée mécanique à Breuil-Cervina, Italie, novembre 2020

Controverse européenne sur le ski cet hiver : une pente glissante

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Allemagne, Italie et France semble d'accord pour ne pas rouvrir les stations de ski ce Noël pour cause de pandémie. Mais l'Autriche résiste, et menace de bloquer tout accord européen sur le sujet. En Chine, le recensement décennal permettra-t-il l'affirmation des couples homosexuels ?

Remontée mécanique à Breuil-Cervina, Italie, novembre 2020
Remontée mécanique à Breuil-Cervina, Italie, novembre 2020 Crédits : Marco Bertorello - AFP

Une fois de plus la France se démarque en innovant dans un grand débat qui agite l’Europe.

C’est Le Temps en Suisse qui se permet cette touche narquoise pour saluer la trouvaille "étonnante" du gouvernement Castex : des stations de ski ouvertes pour les fêtes malgré la pandémie, mais avec des remontées mécaniques fermées. Des stations de ski… sans ski : il fallait y penser et les Français l’ont fait, note le quotidien genevois qui nous met tout de même en garde. Attention à ne pas minimiser ce sujet du ski cet hiver, "le débat va déchirer l’Europe, c’est le feuilleton de cette fin de semaine".

Pour rappel des forces en présence, on s’en remet au site d’info européenne Politico selon qui cette discorde au sein de l’UE est en train de partir "hors-piste" : l’Allemagne et l’Italie ont réussi à convaincre la France de ne pas rouvrir ses pistes de ski à Noël, mais l’Autriche, le 4e domaine skiable alpin, ne l’entend pas de cette oreille et jure d’opposer son véto à toute tentative d’entente au niveau de l’UE. 

Il faut dire, avec le directeur du journal allemand Bild, Julian Reichelt cité par l’autrichienne Krönen Zeitung, que l’Autriche a beaucoup plus à perdre relativement dans cette affaire : fermer les domaines skiables, explique le journaliste, ce serait une "véritable attaque contre l’économie autrichienne" qui aurait bien du mal à s’en relever. Et puis, interroge Julian Reichelt avec des accents souverainiste, quelle genre d’Europe "punitive" se permettrait-elle de dicter à l’Autriche comment gérer son industrie touristique? "Si vous imposez de telles décisions autoritaires, assène-t-il, alors débrouillez-vous avec les résultats des prochaines élections en Autriche et ne venez pas vos plaindre si l’extrême-droite y bat des records".

On n'imaginait pas forcément qu’un débat sur l’ouverture des stations de ski pouvait déraper aussi vite. Plus modéré, tout de même, Der Standard toujours en Autriche fait deux colonnes, le pour et le contre d’une éventuelle fermeture sanitaire des stations. Côté  contre, c’est un appel à faire confiance au "bon sens en bottes fourrées" dont les skieurs pourraient faire preuve pour continuer à respecter les mesures anti-Covid, même sur les pistes ; et puis tout simplement le fait que les Autrichiens confinés depuis des mois ont bien besoin d’exercice et de grand air frais. 

Côté pour la fermeture, il y a cette question : "au nom de quel privilège impérieux les amateurs de ski seraient-ils au-dessus des règles sanitaires qui nous contraignent tous, en ces temps, écrit Der Standard, où la résignation est devenue la norme" qu’on le veuille ou non. Et puis le tourisme, c’est connu, est "un véritable cauchemar pour tracer les personnes contaminées et limiter la propagation du coronavirus".

A ce propos (c’est le Washington Post qui nous le rappelle) l’Autriche est plutôt mal placée pour la jouer perso en matière de pandémie et de sports d’hiver : il faut se souvenir qu’"il y a huit mois, c’est  dans une station de ski autrichienne que s’est déclaré l’un des foyers de contamination les plus importants d’Europe, avec des milliers de personnes contaminées qui ont ensuite disséminé le virus à travers tout le continent". 

Depuis, poursuit le Post, on s’est rendu compte que les autorités sanitaires autrichiennes avaient tardé à prendre les décisions qui s’imposaient (comme la fermeture de la station) pour protéger, déjà, leur économie locale. Autant vous dire qu’avec ce précédent en mémoire, et malgré son droit de véto, l’Autriche est dans une position assez délicate pour négocier cette fois-ci…

La Chine mène en ce moment le grand recensement décennal de sa population.

C’est une opération colossale, pour recenser les 1 milliards 400 millions de Chinois : 7 millions d’agents de recensement envoyé faire du porte-à-porte pour mesurer au plus près l’évolution démographique du pays le plus peuplé au monde. Dans le Wall Street Journal, on anticipe une tendance en particulier : quatre ans après que les couples chinois ont été autorisés à faire un deuxième enfant avec l’abolition de la politique de l’enfant unique, ces mêmes couples (les plus téméraires en tous cas) sont tentés de tester la limite administrative en faisant un troisième enfant… et la plupart du temps les autorités laissent faire. Les temps changent décidemment très vite en Chine.

Enfin ça reste à voir, nous dit The Guardian, en ce qui concerne cette fois la communauté LGBT : elle souffre toujours d’être invisibilisée en Chine, presqu’aucun couple homosexuel vivant sous le même toît n’ose le revendiquer, et ça a donné à des associations cette idée de campagne d’affirmation avec le recensement. C’est simple, mais ça demande tout de même pas mal de courage aux intéressés : il s’agit de dire aux agents recenseurs que "non, la personne qui vit avec moi n’est pas mon ou ma colocataire mais mon ou ma partenaire". C’est possible, selon la grille d’entretien du recensement, et ça donne une existence aux couples de même sexe à défaut de pouvoir se marier. 

Combien de couples franchiront le pas, et surtout qu’est-ce que l’administration chinoise fera de ces données ? On le saura dans quelques mois mais en attendant dans le South China Morning Post également ils sont quelques-uns à témoigner de la libération que ça a été, pour eux, de s’affirmer face à l’agent recenseur, pour espérer trouver enfin sa place enfin dans ce grand instantané de la communauté nationale. Une sorte de coming-out administratif, à défaut, trop souvent encore, de pouvoir le faire devant leurs familles.

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