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Militaire tunisien après l'attaque terroriste de l'Avenue Charles de Gaule

La Tunisie face à la peur du vide politique et sécuritaire

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Deux attentats-suicide ont frappé la capitale tunisienne, revendiqués par le groupe Etat islamique, au moment où l'on apprenait l'hospitalisation du président Essebsi "dans un état critique". Vladimir Poutine prédit la fin du libéralisme et critique la démocratie britannique dans le Financial Times.

Militaire tunisien après l'attaque terroriste de l'Avenue Charles de Gaule
Militaire tunisien après l'attaque terroriste de l'Avenue Charles de Gaule Crédits : Chedly Ben Ibrahim - AFP

Retour sur une journée qui a secoué la Tunisie tout entière. 

La Tunisie, secouée, c'est vrai, pour reprendre les mots du Guardian, tant il est vrai que ça fait beaucoup pour un seul pays, en une seule journée : d'abord ces deux attaques terroristes, attentats-suicides à moins d'une heure et quelques kilomètres d'écart dans le centre de Tunis, la première avenue Charles de Gaule (à 15 mètres de l'Ambassade de France, comme le note Al Jazeera), puis le second dans le quartier d'El Gorjani, contre les bureaux de la section anti-terroriste. 

On le rappelle, un policier a été tué, un autre blessé, tout comme une dizaine de passants. L'organisation Etat Islamique a rapidement revendiqué ces deux attentats, complète le Huff Post tunisien, qui ajoute aussi une troisième attaque terroriste, déjouée cette fois, dans la nuit précédente contre une antenne de diffusion radiophonique dans le centre du pays. 

Et puis il y a l'autre secousse, d'une toute autre nature, mais vraiment concomitante : les tunisiens, au moment où ils apprenaient ce retour de la violence djihadiste, étaient aussi informés du fait que leur président, Béji Caid Essebsi, venait d'être hospitalisé "dans un état critique". BCE, selon ses initiales, est âgé de 92 ans, on savait sa santé préoccupante depuis un premier malaise il y a une semaine, alors cette fois reconnait Kapitalis les "rumeurs persistantes" ont immédiatement pris corps pour évoquer sa mort soi-disant dissimulée par l'appareil d’État. 

Ce matin, les bilans de santé se veulent plutôt rassurants, en tous cas l'état du président est qualifié de "stable" par le HuffPost. "L'état de santé de BCE s'améliore", indique même son fils Hafedh au quotidien La Presse... et c'est vrai qu'il faut rassurer les Tunisiens, tant semble vive l'inquiétude autour de ce qui se passerait sur le plan politique si ce pilier de la République qu'est Béji Caid Essebsi venait à disparaître soudainement.   

D'ailleurs les attentats d'hier surviennent à quatre mois d'élections cruciales pour la Tunisie : c'est le site d'info spécialisé sur le monde arabe Al Monitor qui nous remet face au calendrier :  le pays du Maghreb doit tenir en octobre et novembre deux scrutins, législatif puis présidentiel, où se jouera justement la succession d'Essebsi et plus largement la suite du fragile processus démocratique engagé depuis la révolution de 2011 et dont ECB s'était toujours porté garant du haut de sa longue expérience politique. 

Al Monitor, nous rappelle au passage le climat tendu, qui accompagne les préparatifs de cette période électorale : plusieurs opposants au pouvoir actuel accusent ce dernier d'avoir changé les lois électorales tout récemment pour les empêcher de concourir à la présidentielle. Pas plus tard qu'hier sur l'antenne de RFI, Nabil Karoui, favori des sondages, accusait le parti Ennahda d'en revenir aux "vieilles méthodes de la dictature Ben Ali" pour lui barrer la route.  

Ces tensions, pour le moment, sont "apaisées" par la stature d'Essebsi, analyse Amberin Zaran dans Al Monitor ; s'il vient à mourir avant les élections de l'automne, les esprits et les ambitions risquent de s'échauffer. D'autant que la question de l'intérim à la présidence est loin d'être réglée : "la Constitution tunisienne prévoit qu'au-delà de 60 jours de vacance du pouvoir, c'est le président du Parlement, Mohamed Ennaceur, qui devrait prendre le relais... sauf qu'il a lui-même 85 ans et qu'il a lui aussi été hospitalisé la semaine dernière, comme d'ailleurs son adjoint au perchoir, troisième sur la liste de succession". 

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Autant dire que politiquement la Tunisie est dans une zone de turbulences et que les terroristes qui ont frappé hier ne l'ont sans doute pas fait par hasard. Les attaques de Tunis déstabilisent le pays d'autant plus, écrit enfin Ambérin Zaran, qu'ils le mettent face à la question irrésolue du retour au pays des djihadistes tunisiens engagés en Irak et en Syrie dans les rangs de l'EI, dont ils composaient l'un des contingents les plus importants.

Le sommet des 20 chefs d’États les plus puissants au monde s'est ouvert la nuit dernière à Osaka au Japon. 

Un G20, c'est l'occasion de faire le point sur l'état du monde et sa gouvernance ; un bilan d'étape dont nous gratifie Vladimir Poutine dans le Financial Times. Et le président russe pose tout de suite les bases de sa vision du monde : "l'idée libérale, professe-t-il, est obsolète", sur le point de s'éteindre, terrassée par ses "erreurs cardinales" que seraient l'ouverture des frontières à l'immigration et plus globalement le multiculturalisme, accusées d'avoir "éloigné les élites politiques libérales des aspirations de leurs peuples".  

Voici donc venir, selon Vladimir Poutine, l'ère des national-populistes dont on sait que le président Russe est un très efficace sponsor dans nos démocraties. Mais il faut bien reconnaître que, si elles ont été largement reprises par les médias occidentaux, ces grandes considérations politiques ne sont vraiment pas ce qui passionne la presse russe depuis hier : non ce qui fait la Une à Moscou, c'est "la question du successeur". 

La Russie est obnubilée par cette question : comment Poutine après deux décennies au pouvoir va-t-il organiser sa propre et inéluctable mise en retrait ? La question lui a donc été posée par Lionel Barber du Financial Times, et les Izvestia russes tentent de décrypter la réponse :  "Bien sûr, dit Vladimir Poutine, je pense à qui pourrait me succéder depuis le début, depuis 2000". Mais l'ironie et la leçon de démocratie ne sont jamais loin, et comme il est face à un journaliste anglais, Poutine envoie une pique au système politique britannique : "Chez nous, en Russie, quel que soit l'homme ou le parti au pouvoir, c'est toujours le peuple qui décide à la fin, par le vote". L'attaque, vous l'aurez compris, vise le processus en cours de désignation du prochains Premier ministre britannique, car c'est le parti au pouvoir (les conservateurs) et non le peuple entier qui va désigner le successeur de Theresa May. 

Qu'on le veuille ou non, toute l'intelligence politique de Vladimir Poutine est contenue dans cette réponse : on l'interroge sur les limites de la démocratie russe... et il nous renvoie systématiquement aux faiblesses de la nôtre.

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