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Le premier ministre hongrois Viktor Orban

La rhétorique anti-immigrés plébiscitée en Hongrie

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le premier ministre hongrois Viktor Orbán organise dimanche un référendum destiné à plébisciter sa politique anti-réfugiés.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban
Le premier ministre hongrois Viktor Orban Crédits : Krystian Dobuszynski / NurPhoto - AFP

Qu'il s'agisse de clôtures barbelées, de centres de détention ou même d'unités spéciales chargées d'expulser manu militari les indésirables, voilà un peu plus d'un an maintenant que le gouvernement conservateur du Premier ministre hongrois multiplie les dispositifs destinés à décourager les migrants de transiter par son pays. Et non content d’avoir tari le flux de réfugiés, Viktor Orbán a décidé d'enfoncer un peu plus encore le clou en organisant, ce week-end, un référendum destiné à valider, dans les urnes cette fois-ci, le refus de Budapest de se plier au plan de répartition de migrants au sein de l'Union Européenne.

Et pour être bien certain de l'issue du vote, le gouvernement n'a pas lésiné sur les moyens. Afin de convaincre les électeurs de refuser les quotas, dits de “relocalisation”, les autorités ont littéralement inondé la voie publique d’affiches, assimilant directement les migrants au terrorisme. Récemment encore, une nouvelle brochure a été envoyée aux 4 millions de foyers hongrois dans laquelle il est écrit que les attentats de Paris et Bruxelles ont prouvé que l’immigration et le terrorisme sont intimement liés. Dans un journal local, un message publicitaire d’une page encourage les citoyens à rejeter le programme européen pour protéger la patrie hongroise. Ils veulent nous mettre la corde au cou avec les quotas, s’emporte encore un éditorialiste dans une tribune partagée par le très droitier MAGYAR HIRLAP.

Au total, selon l'hebdomadaire de tendance plutôt pro-européenne HETI VILAGGAZDASAG, le gouvernement aurait investi 16 millions d'euros dans cette vaste campagne qui, par sa rhétorique anti-immigration, s’appuyant sur un langage agressif, des exagérations, voire des mensonges, a donc largement nourri pendant des mois la peur et la xénophobie. Et le résultat semble ne faire aucun doute. D'après les derniers sondages, les électeurs hongrois devraient voter massivement, à près de 70%, contre le plan européen de répartition des réfugiés. Ou dit autrement, le lavage de cerveau a parfaitement fonctionné, déplore l'hebdomadaire anti-Orbán HVG, sur la couverture duquel on peut voir le visage terrorisé d’un homme, lunettes 3D sur le nez, semblant visualiser l’éventualité que Bruxelles oblige Budapest à accueillir un nombre de migrants équivalent à la taille d’une ville.

Il faut dire aussi que face à cette déferlante d'affiches et de discours anti-réfugiés, l’opposition de gauche a, elle, présenté un front largement désuni, raille un chroniqueur sur le portail d’opinions MANDINER. Les socialistes rejettent la solution des quotas, mais aussi le référendum. La coalition démocratique, elle, invite les citoyens à rester chez eux pour rester dans l’Europe. Quant aux verts, ils laissent à leurs électeurs le soin de décider. Et c’est cette gauche qui veut ensemble vaincre Orbán aux législatives de 2018 ?, interroge le chroniqueur. D'où ce commentaire signé d'un politologue, interrogé lui dans les colonnes du quotidien NEPSZABADSAG : la majorité des sympathisants de l’opposition de centre-gauche est aujourd'hui, en réalité, opposée à une répartition des réfugiés à l’échelle européenne. Exactement comme le souhaite le gouvernement. Ils ne veulent pas avoir d’immigrés chez eux.

Dès-lors, comment expliquer que la xénophobie batte aujourd'hui des records en Hongrie ? Dans le quotidien MAGYAR NEMZET, un historien explique que la peur des Hongrois faces aux immigrés (que les pays d’Europe de l’Ouest jugent exagérée) est probablement liée au fait que le pays n’a jamais été confrontée à un afflux massif de migrants. Plus largement, d'ailleurs, dans la plupart des pays d'Europe centrale et orientale, le problème de l’immigration ne s’est jamais présenté dans l’histoire sous la forme qu’il a prise en Europe. Cette région n’ayant jamais eu de colonies, elle n’a jamais connu de vague migratoire digne de ce nom. Et ce faisant, la société hongroise ne sait pas aujourd'hui comment réagir face un afflux massif et soudain de réfugiés.

L’instrumentalisation de la peur, dans le contexte des réfugiés, a valu au gouvernement de Viktor Orbán un regain de popularité

Si Viktor Orbán cultive l’hostilité envers les réfugiés et les immigrés, c’est parce qu’il sait parfaitement qu'en Hongrie, c'est un moyen assuré de marquer des points et de consolider son pouvoir, analyse le quotidien d'opposition NEPSZABADSAG. Et le journal de raconter, notamment, qu'il y a dix ans un sondage avait été réalisé sur la manière dont les immigrés étaient perçus par les Hongrois. Ces derniers avaient été interrogés sur leur opinion concernant une ethnie fictive, les Pirésiens. Et à l’époque, déjà, plus de deux tiers des personnes interrogées étaient défavorables à l’arrivée dans le pays de ces vrais faux Pirésiens. Voilà pourquoi ce référendum est une manne pour Orbán. Compte tenu du refus catégorique de l'immigration, tout en créant un climat dominé par la peur, le Premier Ministre savait pertinemment qu'un référendum sur le thème des réfugiés ne pouvait que tourner en sa faveur.

C'était là, bien entendu, le véritable objectif voulu par Viktor Orbán, car pour le reste rappelle le portail en ligne KETTOS MERCE, après que Jean Claude Juncker a annoncé (lors de son discours devant le parlement européen) que la Commission renonçait à soumettre une proposition portant sur une répartition contraignante des réfugiés, après qu'Angela Merkel (lors du sommet de Bratislava) a elle aussi signalé qu'il n'y aurait pas de quota de réfugiés, ce référendum initié par le Premier Ministre a perdu sa raison d'être. La répartition des réfugiés entre les différents États européens n'a jamais été qu'une idée. Et cette idée est maintenant enterrée. Ou dit autrement, ce référendum n'a plus aucun sens, sauf à asseoir, bien évidemment, l'autorité du gouvernement.

Enfin si Viktor Orbán, quand il parle des migrants, ne mâche généralement pas ses mots et dépasse même clairement les bornes, en revanche note le site POLITICO, il existe une petite catégorie d'immigrés que le pays accueille à bras ouverts. Depuis 2013, Budapest a lancé (comme d’autres pays européens) un programme de « visas en or » pour les riches étrangers, non européens, qui rêvent de pouvoir circuler librement au sein de l’espace Schengen. Pour cela, rien de plus simple : il suffit à ces « happy few » d'investir 300 000 euros en bons du Trésor hongrois. Ou quand la Hongrie ferme ses frontières d'un côté, tout en vendant tranquillement de l'autre une porte d'accès directe à l'Union Européenne.

Par Thomas CLUZEL

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