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La solidarité avec les réfugiés a-t-elle vécu ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la crise des réfugiés. Peut-on aller plus loin ?
Quand les chiffres affolent l'Allemagne
Au début, souvenez-vous, on parlait de quelques centaines de milliers et puis près d' 1 million. Mais depuis hier, la BILD prévient : ils seront 1 million et demi et en comptant leurs familles, ils pourraient même approcher les 7 millions. « Ils », ce sont bien entendu les réfugiés. Et tout en révélant le nouveau pronostic des autorités allemandes, le tabloïd berlinois en déduit aussitôt que si l’afflux continue à ce rythme, les municipalités seront bientôt débordées et ne pourront plus assurer la prise en charge, le logement, ni l’intégration. Les infrastructures, déjà surchargées, de prise en charge des réfugiés risquent de s’effondrer.

Germany's Chancellor Angela Merkel.
Germany's Chancellor Angela Merkel. Crédits : François Lenoir - Reuters

Il n'en fallait pas davantage pour replacer la politique d’asile, défendue par Angela Merkel, au centre des critiques. Et pourquoi ? Réponse de la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG : parce qu'avec sa décision de laisser entrer tous les migrants massés à la frontière austro-allemande, avec ses remarques sur sa volonté d’ouvrir les portes à l’immigration, avec son affirmation que le droit d’asile ne connaît pas de limites, avec ses selfies faits avec des migrants, sans oublier son slogan "Nous y arriverons!", la chancelière a produit en réalité le contraire de l’effet voulu et inquiète une grande partie des Allemands.

Des manifestations contre les réfugiés ont d'ailleurs eu lieu, ce week-end, dans plusieurs villes de l'Est. Mais attention, tente de nuancer la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG cité ce matin par le Courrier International. Si la cote de popularité d'Angela Merkel vient, en effet, de chuter et si des voix critiques s’élèvent à présent dans son propre parti, c’est à cause de la peur du courage de la chancelière, titre notamment le journal, avant d'appeler les politiques à rassurer la société civile, à lui insuffler de la confiance et à lui montrer que nous pouvons gérer intelligemment la migration. Et d'en conclure, la capacité d’accueil d’un Etat ne se calcule pas uniquement avec des statistiques.

Et de fait, depuis quelques semaines, les Allemands comme tous les Européens, se posent des questions.
Comment organiser l’accueil ? Comment répartir les réfugiés entre pays et entre régions ? Quels changements cette vague d’immigration va-t-elle provoquer chez nous ? Se poser ces questions est évidemment légitime, commente LA LIBRE BELGIQUE. Heureusement, d'ailleurs, il y a bien des spécialistes pour relativiser les chiffres et expliquer que nos craintes ne trouvent pas de fondement rationnel.

Protesters hold a sign reading "At home in the world" during a national "Refugees Welcome" solidarity march in central Brussels.
Protesters hold a sign reading "At home in the world" during a national "Refugees Welcome" solidarity march in central Brussels. Crédits : François Lenoir - Reuters

Mais malheureusement, depuis quelques semaines se trouvent aussi ceux qui cherchent à diviser et à rejeter. Selon eux, la Belgique ne pourrait pas aider les réfugiés et dans le même temps, aider les Belges frappés par la pauvreté ou l’exclusion. Or non seulement ce discours instrumentalise, sans vergogne, les exclus et les SDF de Belgique, pour s’opposer aux réfugiés. Mais parfois, ceux-là même qui plaident pour l’aide aux SDF de chez nous avant tout, sont les mêmes qui hier, ne s’en souciaient pas, ou pire, les traitaient de parasites et d’assistés. Or il faut dénoncer ce discours qui n’aide personne et qui, au contraire, génère encore plus d’exclusion. Et réaffirmer qu’il ne peut être question de mettre en compétition les solidarités. Il n’y a pas à choisir, aujourd'hui, entre la solidarité avec les réfugiés et la solidarité avec les SDF. Quoiqu’en disent certains responsables politiques et économiques, les chiffres sont là pour le prouver : la Belgique et l’Europe sont bien assez riches pour que chaque Belge, chaque Européen et chaque réfugié, qui arrive chez nous, vive bien. Ne jouons donc pas le jeu de ceux qui divisent pour mieux régner.

Et le journal encore de préciser : la frustration est aujourd'hui le moteur de notre société de consommation. Cette frustration nous rend constamment insatisfait, envieux de celui qui a plus et méprisant avec celui qui a moins et qui, par ailleurs, veut plus mais sans en avoir les moyens. Ce faisant, l'antidote à cette frustration, c'est justement la solidarité. Etre solidaire, c'est s'épanouir dans les rapports humains, c'est briser cette dynamique de frustration. La rencontre devient ici le remède à la peur de l'autre, qui naît de la méconnaissance de l'autre, qu'il soit SDF ou réfugié. Or cette peur est aujourd'hui véhiculée par des idéologies politiques qui voudraient préserver une société qui n'existe pas et surtout, qui n'a jamais existé.

Enfin on termine avec les dernières déclarations d'un autre réfugié, lui aussi, Edward Snowden.
L'informaticien américain de 32 ans, à l'origine de révélations sur les programmes secrets de surveillance des Etats-Unis, a affirmé dans une interview accordée à la BBC et diffusée hier soir, qu'il avait proposé à son gouvernement de retourner aux Etats-Unis, même en sachant qu'il irait en prison. Selon lui, la balle est actuellement dans le camp du gouvernement américain, relate le site THE ATLANTIC. L'ex-employé de la NSA est toujours actuellement réfugié à Moscou. Recherché pour espionnage et vol de documents qui sont la propriété de l'Etat, il risque jusqu'à 30 ans de prison dans son pays.

Fugitive former U.S. spy agency contractor Edward Snowden's new refugee documents granted by Russia.
Fugitive former U.S. spy agency contractor Edward Snowden's new refugee documents granted by Russia. Crédits : Maxim Shemetov - Reuters

Selon un article du GUARDIAN, lequel a eu accès à l'interview complète de la BBC, Snowden a donc affirmé qu'il avait offert au gouvernement américain et à plusieurs reprises d'aller en prison, mais qu'il n'avait jamais reçu de réponse formelle, avant de préciser encore : « pour le moment, ils ont dit qu'ils ne me tortureraient pas, ce qui est un bon début. Mais on n'est pas allés beaucoup plus loin ».

Par Thomas CLUZEL

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