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Une affiche, dans les rues de Damas, appelle les habitants à sauver l'eau

La trêve à l’agonie en Syrie

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : L'ONU dénonce comme un "crime de guerre" la privation d'eau potable infligée aux habitants de la capitale syrienne, où la pénurie s'aggrave en raison de combats entre régime et rebelles.

Une affiche, dans les rues de Damas, appelle les habitants à sauver l'eau
Une affiche, dans les rues de Damas, appelle les habitants à sauver l'eau Crédits : LOUAI BESHARA - AFP

On pensait avoir tout connu dans la guerre en Syrie : les bombardements d’écoles, le pilonnage des hôpitaux, les sièges également visant à affamer la population. Or voilà que depuis deux semaines, les habitants de la capitale (Damas) subissent une nouvelle plaie : Selon les estimations de l’ONU, 5,5 millions de personnes seraient aujourd'hui privées d’eau courante.

D'où, cette question : La faute à qui ?, interroge LE TEMPS. Réponse : La faute, tout d'abord, aux combats qui se poursuivent actuellement dans la vallée de la Barada, au nord-ouest de la capitale, l’une des dernières enclaves contrôlées par les rebelles, laquelle abrite les principales sources d’eau qui abreuvent la capitale et ses alentours. Jusqu'à récemment, un accord tacite prévalait entre les forces pro gouvernementales et les rebelles. Ces derniers, contre une relative tranquillité, maintenaient le plus souvent ouvert le robinet vers Damas. Sauf que cet arrangement a, semble-t-il, volé en éclats juste avant Noël, suite à une offensive d’envergure des forces pro-Assad. Car après avoir reconquis la ville d’Alep (dans le nord du pays) il n’était pas surprenant que les troupes loyalistes se tournent vers d’autres objectifs. A ceci près, toutefois, que les forces du régime sont, en principe, tenues aujourd'hui par le cessez-le-feu entré en vigueur vendredi dernier.

Problème, comme à chaque désastre dans cette interminable guerre, les deux camps se rejettent, à présent, la responsabilité de la coupure du réseau d'approvisionnement vers Damas. De sorte que les organisations humanitaires semblent bien incapables, aujourd'hui, de dénouer les faits de la propagande, dans ce qui apparaît comme « un crime de guerre » (un de plus en Syrie), selon le coordinateur de la task-force humanitaire qui tente péniblement de négocier l’accès à la population syrienne. Selon l’ONU, tenue à l’écart de la zone des combats, la coupure d’eau daterait du 22 décembre dernier, soit une semaine avant la conclusion de l'accord de cessez-le-feu. Selon des vidéos et des images partagées par des activistes sur place, les environs de la source, abritée par un vaste bâtiment, auraient été bombardés le 23 décembre. Certains clichés montrent, en effet, le toit éventré de la construction. Ce qui signifie que les sources d'approvisionnement ont clairement été visées. Et c'est ainsi, note L’ORIENT LE JOUR, que les rebelles affirment que ce sont les bombardements du régime qui ont endommagé ces installations. Sauf que le même responsable onusien (toujours cité dans les colonnes du journal) n’exclue pas, en plus des bombardements, la possibilité d’un sabotage. C'est en tous les cas la thèse défendue, cette fois-ci, par les autorités de Damas qui accusent les rebelles d’avoir, dès le 23 décembre, répandu du diesel dans l’eau, les forçant à couper ces sources d’approvisionnement.

Et puis à cette guerre de l'eau, il faut encore ajouter une guerre des mots. L'agence russe SPUTNIK, par exemple, estime que les zones abritant les principales sources d'eau sont actuellement occupées par des terroristes. Et c'est ainsi que sur le site de l'agence, on peut lire ceci : Tandis que dans la région de la Barada, l'offensive des forces gouvernementales, en pleine lutte antiterroriste, inquiète L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (L’OSDH), le même organisme d'information (associé à l'opposition syrienne) continue, en revanche, à voir les rebelles comme « modérés », y compris quand ils empoisonnent l'eau près de Damas.

Et de fait, la question se pose sans que, là encore, on ne puisse apporter malheureusement de réponse définitive : Qui le régime syrien combat-t-il aujourd'hui dans cette vallée ultra-stratégique de la Barada ? Quand Damas affirme que le groupe jihadiste Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'Al-Qaïda qui avait officiellement rompu avec sa maison-mère en juillet dernier), un groupe exclu de l'accord de trêve y combat avec les rebelles, ces derniers, qui disent être affiliés à l’Armée syrienne libre (la composante non-djihadiste de l’opposition armée) nient être infiltrés par Al-Qaïda. Ce qui les conduit, donc, à dénoncer les violations de l'accord de cessez-le-feu par le régime. Mercredi soir, encore, les forces loyalistes ont lancé des dizaines de frappes aériennes et de tirs d'artillerie sur cette enclave, privée de toute assistance depuis des semaines, conformément, écrit LE TEMPS, à une tactique éprouvée des forces du président Bachar al-Assad.

Seule certitude, la trêve en Syrie semble donc désormais à l'agonie. Même si depuis le début du cessez-le-feu (il y a une semaine, jour pour jour) la violence a diminué, constate la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG, il n'en demeure pas moins que les forces du régime appliquent, en réalité, les conditions de cet accord de la manière qui leur convient le mieux. La plupart des atteintes aujourd'hui à la trêve sont, en effet, à mettre à leur compte. C'est ainsi, par exemple, que deux civils ont encore été tués, lundi, dans un bombardement sur la ville rebelle de Rastane, dans la province de Homs et que des bombardements ont également eu lieu en soirée dans les provinces de Hama et Deraa. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, face à ces frappes répétées du régime, une grande partie des rebelles a d'ores et déjà décidé de quitter la table des négociations. Mais plus encore, ce sont les combats actuels pour gagner le contrôle de la vallée de la Barada qui mettent en péril, à présent, l’ensemble du cessez-le-feu, prévient à son tour la TAZ. Un risque, pourtant, que le régime et ses soutiens iraniens semblent, visiblement, prêts à prendre pour modifier l’équilibre des forces à leur avantage dans la région autour de Damas.

Dans cet embrouillamini, gageons au final que les parrains de la conflagration en Syrie, reconnaîtront les leurs. Ils seront, d'ailleurs, sans doute bien les seuls à pouvoir le faire. Toujours est-il qu'au regard des accrochages armés qui persistent en Syrie, la trêve est bien aujourd'hui mort-née, conclue le quotidien algérien L’EXPRESSION, à l'instar de toutes les tentatives précédentes de trouver une issue à ce conflit, tentatives qui ont toutes échoué.

Par Thomas CLUZEL

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