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Le président américain Donald Trump

La vérité est-elle morte ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Le président américain Donald Trump aime travestir les faits ou les arranger à sa façon. Faut-il en déduire qu’il n’aime pas la vérité ?

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : CHERISS MAY / NURPHOTO

Lettres rouges sur fond noir, la Une du magazine américain TIME, dévoilée hier, ne présente aucune image. Elle est simplement barrée d'une question : « La vérité est-elle morte ? ». Une couverture percutante à plus d'un titre. Tout d'abord, rappelle THE HUFFINGTON POST, parce qu'elle fait référence à une autre Une, historique, publiée en 1966 et sur laquelle on pouvait lire de la même manière, sans images, en lettres rouges et sur fond noir : « Dieu est-il mort? ». A l'époque, cette couverture en pleine célébration des fêtes pascales, dans un pays où 97% des Américains déclaraient alors croire en Dieu, avait valu au magazine des réactions outrées, en particulier, des accusations de blasphèmes. Un demi-siècle plus tard, « je soupçonne que la plupart d'entre nous diront qu'ils croient en la Vérité », écrit la rédactrice en chef du magazine TIME. Et pourtant, dit-elle, « nous nous trouvons aujourd'hui dans un intense débat sur son rôle et son pouvoir ».

Et c'est là que la prise de position de l'hebdomadaire apparaît d'autant plus forte : S'il pose cette semaine LA question c'est, en réalité, parce qu'il a obtenu une interview exclusive de Donald Trump. Une interview qu'il ne met donc pas en avant sur sa Une, si ce n'est en s'interrogeant : « La vérité est-elle morte ? », un clin d'œil évident au président américain et à sa façon désormais célèbre de réinventer, à son avantage, les faits qui lui déplaisent.

Enfin la couverture du magazine est d'autant plus percutante que l'interview qui s'y réfère est surréaliste. Le président y explique, notamment, à quel point il a confiance en son instinct. « Que puis-je vous dire ? Je sens les choses, je vois les choses. Et j’ai raison ». Même devant des preuves tangibles, l’homme ne cède pas. Les affirmations sur la foule la plus importante de tous les temps lors de sa prestation de serment (démentie par des photos), les accusations contre Barack Obama qui l’aurait fait espionner (niées par les services de renseignement), Trump balaie tout d’un revers de la main. « Je cite des gens en qui j’ai confiance », dit-il avant de préciser, « je n’ai pas le temps de vérifier ». Et d'ajouter encore : « J'ai prédit beaucoup de choses (...) J'ai dit, le Brexit va avoir lieu, et tout le monde a ri, et le Brexit a eu lieu ». En réalité, la veille du scrutin, le candidat républicain s'était montré beaucoup moins catégorique : « Il ne faut pas que les gens m'écoutent car je ne me suis pas trop intéressé à la question », avait-il affirmé. Enfin, évoquant ses propos sur la Suède en février où il semblait insinuer qu'un attentat avait eu lieu, Donald Trump affirme que des émeutes « se sont produites le lendemain ». En clair, l’homme est passé maître dans l’art de détourner les évidences.

Et l'on pourrait, d'ailleurs, se poser aussi la question s'agissant de son fils aîné. Après l'attentat de Londres, cette semaine, celui-ci a posté un tweet : « Les attaques terroristes font partie de la vie dans les grandes villes, dit le maire de Londres. » De nombreux sites conservateurs, comme REDDIT ou THE DAILY CALLER, ont aussitôt repris cette information, avec pour preuve l'article du quotidien THE INDEPENDENT, d'où est extraite cette citation. Sauf que l'article en question date du 22 septembre 2016 et non du 22 mars 2017. Et surtout, le maire de Londres y réagissait à l'époque à l'attentat qui avait fait plusieurs blessés dans le quartier de Chelsea à New York, en expliquant que les grandes villes « devaient être préparées » aux attentats, car cette menace du terrorisme faisait « partie de la vie dans les grandes villes. » Ce n'était donc pas, comme le sous-entend le fils du président américain, pour dire que le terrorisme était normal et qu'il ne fallait rien faire pour le combattre.

Dès-lors, cette répétition d'informations erronées au sein de l'administration Trump pose plusieurs questions. Tout d'abord, comment les qualifier ? S'agit-il d'imprécisions, de mensonges ou de faits alternatifs ?, interroge la correspondante du TEMPS. Selon elles, ces faits erronés peuvent être classés en différentes catégories : Il y a d'une part ceux qui résultent d’une incompétence (parfois assortis d’une mauvaise foi crasse), d'autre part ceux qui s’assimilent à de véritables mensonges pour dissimuler une vérité peu glorieuse et, enfin, ceux qui ont pour but de semer la zizanie et de décontenancer l’adversaire. Evidemment, l’intention est souvent difficile, voire impossible, à prouver. D'où la réponse plus générale du rédacteur en chef de LA REVUE MEDICALE SUISSE. Selon lui, pour saisir la psychologie du personnage, il faut comprendre que Donald Trump n’aime pas la vérité. Ou plus exactement, c’est quelqu’un qui est désintéressé par la vérité. Il ne se soucie pas de savoir si ce qu’il avance est factuellement correct ou pas, il ne s’embarrasse pas de savoir si les choses qu’il dit décrivent la réalité, il les choisit, ou les invente, pour soutenir son propos. Or cette indifférence par rapport à la distinction entre le vrai et le faux n'est pas la caractéristique du menteur mais du « bullshitteur ». Une personne ne ment que si elle sait que ce qu’elle dit est faux. Or avec Donald Trump, il peut croire à ce qu’il dit, sans chercher à en vérifier la véracité, si ça lui sert. Une stratégie qu'il semble, d'ailleurs, maîtriser à la perfection, puisque selon le site POLITIFACTS, 70% des déclarations du candidat pendant la campagne présidentielle étaient fausses. Seules 4% étaient entièrement vraies, et 11% vraies pour partie. Sauf que maintenant qu'il est président, précise à nouveau le magazine TIME, il parle au nom du pays et ses mots ont un poids autrement différent.

Pour s’adapter à cette nouvelle situation, plusieurs journaux ont mis en place des équipes de «fact checking». THE WASHINGTON POST propose même un système qui vérifie chaque tweet du Président. Le problème, c'est que lorsque ses erreurs sont mises en avant, il suffit à Donald Trump de discréditer les journalistes, en les accusant de fausser l’opinion. Mais la malédiction va encore plus loin. Les sociologues ont, en effet, démontré que la répétition d'informations erronées (même lorsqu'il s'agit d'en souligner la fausseté), ont souvent pour effet d'augmenter le nombre de personnes qui y croient.

Par Thomas CLUZEL

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