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Al Bakir, un quartier de Mossoul contrôlé par l'armée irakienne

La victoire en ligne de mire à Mossoul ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : La partie orientale de Mossoul a été libérée, ont affirmé hier des responsables militaires. Une étape importante dans la bataille lancée avec l'objectif de reprendre la dernière grande ville contrôlée par Daech en Irak.

Al Bakir, un quartier de Mossoul contrôlé par l'armée irakienne
Al Bakir, un quartier de Mossoul contrôlé par l'armée irakienne Crédits : OLYA MORVAN / HANS LUCAS - AFP

Lorsque la bataille pour reprendre Mossoul, aux mains des islamistes de Daech, a été lancée le 17 octobre dernier, il était question de reprendre la ville d’ici au 20 janvier, manière de porter crédit de cette victoire à Barack Obama, avant la fin de sa présidence. Finalement, il n’en sera rien même si, c'est vrai, l’armée irakienne et les forces coalisées multiplient, à présent, les déclarations triomphalistes. Le «momentum» a changé, clament notamment depuis quelques jours et à l’unisson tous les officiels, pour qui les défenses de l’organisation de l’EI montreraient « les signes d’un effondrement », selon les propres mots de l’envoyé spécial de Washington auprès de la coalition. Hier, précise THE NEW YORK TIMES, c'était au tour du général Talib Chaghati, le chef du CTS (le Service de contre-terrorisme) d'annoncer, triomphalement, la libération de tous les quartiers de la partie orientale de la ville. Quant au chef du gouvernement irakien lui-même, Haïdar al Abadi, il estime que la victoire est désormais à portée de main. « La promesse d'une libération finale et totale de Mossoul est en passe d'être tenue », a-t-il notamment déclaré dans un communiqué.

Comment expliquer cette accélération soudaine du calendrier, à l'approche de la fin du mandat de Barack Obama ? Après des semaines de ce qui donnait toutes les apparences d’une paralysie, l’état-major irakien a revu en grande partie sa stratégie, fortement aidé en cela par le commandement américain. Jusque-là, les raisons du blocage sautaient aux yeux, précise LE TEMPS. Aussi bien la 16e division de l’armée irakienne, postée au nord, que la 9e division, au sud, s’enlisaient. Cap a donc été mis sur l’Est, où a été acheminé le gros des forces militaires, mais également des unités de la police fédérale irakienne. Et c'est ainsi que la partie orientale de la ville, où les forces d’élite antiterroriste (formées par les Américains) étaient pratiquement les seules, jusqu'à présent, à mener les combats, a pu être libérée hier.

Reste, tout d'abord, que cette information est encore à prendre avec prudence. Ce matin, sur le portail d’informations IRAKI NEWS, un commandant des forces armées irakiennes va même jusqu'à nier les rapports officiels, selon lesquels les quartiers Est de Mossoul auraient été entièrement libérés. Et puis surtout, Daech contrôle encore l'ensemble des quartiers à l'ouest, cette fois-ci, du Tigre. C'est là, sur l'autre rive, que se trouve la vieille ville de Mossoul, ainsi que les bâtiments officiels. Et depuis juin 2014, on imagine que les djihadistes de l'EI ont eu tout le temps de consolider leurs lignes de défense et de multiplier les pièges meurtriers. En particulier, les combattants de Daech y ont creusé un extraordinaire réseau de tunnels. De sorte que lorsque les forces irakiennes sont convaincus d’avoir pris le contrôle d’un quartier ils sont, bien souvent, pris à revers par les djihadistes.

Et puis à la difficulté de progresser dans un environnement urbain, s'ajoute une défense acharnée. Jusqu'ici, on estime que les islamistes de l'EI ont lancé au moins 200 attaques suicides, avec des véhicules blindés, bourrés d’explosifs. Soit une moyenne de 3 à 4 attaques par jour. Ce qui fait dire au spécialiste, toujours interrogé dans les colonnes du TEMPS, que cette arme est aujourd'hui utilisée de manière quasi industrielle par les djihadistes. La coalition a pourtant tout tenté pour mettre fin à ce genre d’attaques : des véhicules ont été placés en travers des routes, les principales artères de la ville ont été bombardées pour multiplier les cratères difficiles à franchir. Mais rien n’y a fait, notamment parce que ces engins piégés sont souvent guidés grâce à des drones qui leur permettent d’éviter, justement, les obstacles et de mieux frapper leur cible.

Bref, la reconquête totale de la ville n'est pas encore pour demain. Sans compter qu'il existerait, sur place, une menace plus grande encore que celle de Daech. Un problème plus grave que celui de l'EI, c'est le titre de cet article publié il y a quelques jours dans les colonnes du NEW YORKER et repéré notamment par le magasine SLATE. Si les forces irakiennes progressent sur les territoires occupés par les djihadistes à Mossoul, une autre affaire préoccupe l’administration du pays. Le barrage de la ville serait aujourd'hui au bord de l'effondrement. Cette immense installation, qui fournit de l’électricité à une grande partie de la région et régule le débit d’eau à des millions d’Irakiens avait, d'ailleurs, été envisagé un temps comme une cible attrayante par l'organisation Etat islamique. Finalement, à l'été 2014, les forces kurdes étaient parvenues à repousser les djihadistes et à reprendre le contrôle du barrage.

Seulement voilà, durant les mois qui ont suivi, des experts américains ont évalué la situation de l'édifice et ce qu’ils ont découvert est alarmant. Construit pour survivre à un bombardement aérien, le barrage ne risque rien de ce côté. En revanche, il est placé «à la mauvaise place», estime un ingénieur Irako-Américain. Pourquoi ? Car il repose sur de la roche soluble. Ce qui implique de maintenir continuellement les fondations du barrage, en injectant régulièrement du ciment directement dans la roche. Sans cette maintenance continue, les roches s’effriteraient et l'ouvrage coulerait avant de se briser. Et le problème, c'est que les conflits qui agitent l’Irak ne sont pas franchement favorables, évidemment, à ce genre de vigilances.

Pour l’instant, les responsables irakiens, apparemment soucieux de l’opinion publique, refusent de reconnaître l’étendue du danger. Et pourtant, le temps presse. Au printemps prochain, la neige fondue s’écoulera dans le fleuve, accentuant la pression sur le mur de soutènement. Or si le barrage venait à s’effondrer, cela provoquerait un désastre digne d’une catastrophe biblique, commente THE NEW YORKER, dont les prédictions sont absolument terrifiantes. Ce réservoir de près de 13km de long contient 11 milliards de mètres cubes d’eau. Et s'il venait à s'effondrer, une vague d’environ 30 mètres de haut déferlerait le long du fleuve Tigre, avalant tout sur plus de 160km. D'importantes parties de Mossoul seraient submergées, en moins de trois heures. Les berges du fleuve, les villages et les villes qui contiennent le cœur de la population irakienne seraient inondés ; et en quatre jour, une vague d’environ quatre mètres de haut s’écraserait sur Bagdad située à 400 km au sud. En d'autres termes, conclue toujours l'ingénieur interrogé dans les colonnes du NEW YORKER : « S’il y a une brèche dans le barrage, il n’y aura pas d’avertissement. C’est une bombe nucléaire avec une mèche imprévisible. »

Par Thomas CLUZEL

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