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Le président américain Donald Trump et Philippe de Belgique (roi des Belges) lors du Sommet de l'OTAN

Langage corporel et diplomatie

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La chancelière allemande Angela Merkel a qualifié de "quasiment révolue" l'époque où la confiance prévalait, dans une apparente allusion à la relation entre l'Europe et les Etats-Unis, mise à rude épreuve lors du premier voyage en Europe du président américain Donald Trump.

Le président américain Donald Trump et Philippe de Belgique (roi des Belges) lors du Sommet de l'OTAN
Le président américain Donald Trump et Philippe de Belgique (roi des Belges) lors du Sommet de l'OTAN Crédits : CHRISTOPHE LICOPPE / POOL - AFP

Parce que le président américain reste, pour beaucoup, une énigme, c'est généralement dans les plus petits détails, écrit THE GUARDIAN, que les commentateurs cherchent, tant bien que mal, à percer le caractère à la fois imprévisible et flou de sa politique étrangère. Et c'est ainsi que toute la semaine dernière, à l'occasion de sa première tournée mondiale, le « langage corporel » du président américain a été scruté à la loupe. Dans ce qui s’apparente à une véritable démonstration de force, Donald Trump, lui-même, a en effet semblé vouloir donner des signes « physiques » de la rudesse avec laquelle il entend traiter, à présent, ses alliés européens.

Une première séquence, particulièrement gênante, est survenue devant le siège de l'OTAN, à Bruxelles, au cours de laquelle le président américain a bousculé, sans ménagement, le premier ministre du Monténégro, pour se mettre au premier rang de la photo de famille. Une image rediffusée depuis en boucle sur Internet tant ce geste, en langage diplomatique, a paru symboliquement violent. Quelques minutes seulement auparavant, déjà, Donald Trump avait lu un texte ouvertement agressif, reprochant en substance aux Européens de ne pas payer leur part dans le financement collectif de l’OTAN. Une séquence, là encore filmée, où nombreux sont ceux qui, dans la presse, ont notamment noté le haussement de sourcil du premier ministre luxembourgeois, manifestement médusé devant l’agressivité d'un tel discours.

Il y eut aussi, évidemment, la fameuse poignée de main avec Emmanuel Macron où Donald Trump, en secouant énergiquement le bras de son interlocuteur en l’attirant vers lui, semblait vouloir signifier qui était le patron. Le nouveau président français, rapporte le site de CNN, a lui-même affirmé que sa virile empoignade n'était « pas innocente », parlant d'un « moment de vérité » avec son homologue américain. Ensuite, Donald Trump s’est également distingué par une charge contre les « méchants » Allemands. En ligne de mire, les excédents commerciaux vis-à-vis des Etats-Unis. « Regardez les millions de voitures qu'ils vendent aux Etats-Unis. C'est horrible. Nous allons arrêter ça », aurait ainsi déclaré Donald Trump, selon l'hebdomadaire DER SPIEGEL. Sans totalement démentir les révélations du magazine allemand, le président de la Commission européenne a, lui, bien tenté de minimiser les propos de Donald Trump, rapporte son confrère FORTUNE : « C'est un problème de traduction. Trump n'a pas dit que les Allemands se comportaient mal, il a dit qu'il y avait un problème. Ce n'était pas agressif », a déclaré Jean-Claude Juncker. Sauf qu'évidemment il n'en fallait pas davantage pour refroidir l'ambiance, dès le lendemain, au G7. Ce que les images et les gestes ont, là encore, semblé confirmer dès l’ouverture du sommet. L'envoyé spécial du TEMPS raconte ainsi comment quelques secondes après la photo de famille, alors que tous ses homologues s'avançaient déjà dans les ruelles de la citée sicilienne, Donald Trump s’est lui arrêté sous les arches du Théâtre, faisant ainsi patienter de longues minutes les 6 autres dirigeants de la planète, obligés d'échanger quelques mots et quelques sourires, avant que le président américain ne daigne enfin les rejoindre.

Aujourd’hui, par son regard généralement d'une perplexité infinie, nulle mieux qu'Angela Merkel ne saurait illustrer le désarroi des Européens, face aux déclarations tonitruantes et à la gestuelle musclée du président américain. Sauf que, cette fois-ci, la frustration d’Angela Merkel a explosé, note THE FINANCIAL TIMES. Hier, lors d'un meeting à Munich, la chancelière allemande a lâché : « L’époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue. J'en ai fait l'expérience ces derniers jours », comprenez au sommet de l’OTAN, puis à la réunion du G7. Et même si elle ne cite pas son nom, tout le monde aura évidemment compris que ses mots étaient directement adressés à son homologue américain. D'où le titre, ce matin, du BOSTON GLOBE : Selon Merkel, l'Europe ne peut plus compter désormais sur les Etats-Unis.

La chancelière a-t-elle été vexée par les propos de Donald Trump sur les Allemands ?, comme le suggère le CORRIERE DELLA SERA. Quoi qu'il en soit, ce weekend aura bien achevé de mettre en pleine lumière les dissensions entre l’administration Trump et les autres gouvernements du G7. D'où ce commentaire, d'ailleurs, du magazine DER SPIEGEL : A l’avenir, la réunion du G7 devrait peut-être changer de nom pour s’appeler « un seul homme contre le G6 ». Seule certitude, note à son tour THE FINANCIAL TIMES, avec cette tournée mondiale, Donald Trump a littéralement chamboulé le cadre habituel des relations internationales. De son côté, la correspondante du TEMPS aux Etats-Unis conclue : comment mieux résumer le premier voyage à l’étranger de Donald Trump qu’en citant un de ses propres tweets? « Ce voyage a été très réussi. Nous avons créé et sauvé des milliards de dollars et des millions de jobs aux Etats-Unis. » Et c’est bien, en effet, ce qu’il faut en retenir. Ce périple présidentiel était plus que jamais, dit-elle, placé sous la bannière « America first », les intérêts économiques et commerciaux semblant l’emporter sur toute autre considération.

A présent, de retour aux Etats-Unis, Donald Trump risque d'être bien vite happé par les révélations sur l’affaire russe, qui se succèdent à un rythme vertigineux. Son gendre et conseiller, Jared Kushner, intéresse désormais beaucoup le FBI. Déjà affaibli, le président vient également d’essuyer un revers judiciaire avec son décret anti-immigration, qui le pousse à aller jusqu’à la Cour suprême. Mais nul doute qu'il cherchera certainement à minimiser ces difficultés, en brandissant ce qu’il retient lui-même de son premier voyage, comprenez « des milliards de dollars et des millions d’emplois ». Comme un miroir aux alouettes.

Par Thomas CLUZEL

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