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Première journée de pourparlers entre représentants du régime syrien et de l'opposition, à Astana

L'avenir de la Syrie se joue-t-il à Astana ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Les négociations de paix pour la Syrie se poursuivent à Astana, après une première journée sans avancée apparente. De son côté, Washington se dit ouvert à une coopération avec Moscou contre l'EI en Syrie.

Première journée de pourparlers entre représentants du régime syrien et de l'opposition, à Astana
Première journée de pourparlers entre représentants du régime syrien et de l'opposition, à Astana Crédits : KIRILL KUDRYAVTSEV - AFP

Avec l'investiture de Donald Trump (vendredi), les négociations directes entre le pouvoir syrien et les principales composantes de la rébellion armée qui ont débuté, hier, à Astana (capitale du Kazakhstan) constituent, certainement, l'un des événements majeurs de ce début d'année. Pas moins de 300 journalistes, de 24 pays, couvrent l’événement. Cette rencontre est, d’ailleurs, qualifiée d’historique par le quotidien libéral russe KOMMERSANT. Et de fait, après 6 années de guerre, c'est la première fois que des pourparlers sont ainsi organisés entre Damas d'un côté et les chefs rebelles de l'autre. En particulier, précise à son tour LE TEMPS de Lausanne, alors que la Russie avait toujours contesté jusqu’ici l’existence même d’une opposition « modérée » en Syrie, elle a accepté que la délégation de cette opposition soit dirigée par le chef de « l'Armée de l'Islam », dont Damas et Moscou ne cessaient, jusqu'à présent, de contester la légitimité.

Sauf que la qualification d'« historique » ne doit pas masquer le fait qu'aucune avancée significative n’est attendue, à l’issue de ce sommet. Tout d'abord, l'objectif de ces pourparlers a d'ores et déjà été largement revu à la baisse, précise L'ORIENT LE JOUR. Depuis hier, les discussions ne portent que sur des aspects militaires et humanitaires. En revanche, pas question d'aborder les enjeux politiques qui constituent, pourtant, le cœur des négociations. Pour l'heure, le but affiché vise donc uniquement à consolider le cessez-le-feu, instauré le 30 décembre dernier. Or même sur ce point, la tâche ne s'annonce pas facile. La trêve est encore régulièrement violée. Les rebelles reprochent, notamment, aux forces gouvernementales de poursuivre les combats près de la Barada (une zone-clé pour l'approvisionnement en eau de la capitale), ainsi que dans la province rebelle de Homs. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, hier, le face-à-face tant attendue n'a finalement pas eu lieu. A la dernière minute, alors qu'ils étaient tous assis autour d'une même grande table ronde pendant la cérémonie d'ouverture, les rebelles ont annoncé leur refus de discuter directement avec les représentants du régime, contrairement à ce qui avait été prévu.

Evidemment, si les délégations du régime et de l'opposition ne sont même pas capables de se réunir dans la même pièce, comment pourraient-elles sérieusement envisager de s'entendre sur un processus de paix ? A moins que l'objectif ne soit ailleurs. En particulier, ces pourparlers ont notamment pour objectif de mettre en avant le rôle de faiseur de paix de Moscou sur la scène internationale, et ce même si ses intentions ne sont pas encore très claires : La Russie souhaite-t-elle instaurer une trêve uniquement pour des raisons tactiques ou parce que cela constitue un préalable nécessaire à toute solution au conflit ? Pour l’heure, les Russes semblent jouer sur les deux tableaux à la fois, endossant dans le même temps le costume d'acteur et d'arbitre du conflit. Reste que la Russie sait bien que les contradictions syriennes ne pourront pas être résolues uniquement par la voie militaire mais aussi par la voie politique, et qu’à cette fin, note LA LIBRE BELGIQUE, elle a besoin d’interlocuteurs.

Ensuite, les membres de l'opposition entendent, eux, profiter de cette rencontre pour miser sur les divergences entres les Russes d'un côté et les Iraniens de l'autre, estimant que les premiers sont sincères dans leur volonté de favoriser un processus de paix. En clair, les rebelles (parrainés par la Turquie) attendent des Russes qu'ils mettent davantage de pression sur Téhéran mais aussi le régime de Damas. Sauf que cela suppose que Moscou ait vraiment la volonté de le faire ce qui, pour le moment précise L'ORIENT LE JOUR, ressemble davantage à un pari qu'à une réalité.

Et puis, peut-être, ce sommet permettra-t-il aussi d'en savoir davantage sur la position des Etats-Unis, depuis l'investiture de Donald Trump ? Jusqu'à présent, seul cet axe improbable Ankara-Moscou-Téhéran menait entièrement le bal. Les Américains semblaient très clairement hors jeu. Or ils ont finalement été conviés par la Russie, même s'ils sont encore réduits à jouer les utilités dans les couloirs. Reste que cette présence américaine est aujourd'hui perçue comme un geste du Kremlin vis-à-vis de la nouvelle administration de Donald Trump. Dès-lors, comment les orientations de la nouvelle administration américaine pèseront-elles sur les évolutions du terrain et sur le processus politique ?, interroge à nouveau LA LIBRE BELGIQUE. Hier, l'armée russe a annoncé avoir effectué des frappes aériennes contre Daech en Syrie, conjointement avec les Etats-Unis. Une déclaration, certes, aussitôt démentie par le Pentagone. Sauf que cette perspective ne semble pas totalement irréaliste, écrit THE DAILY BEAST, du moins à en croire les déclarations du porte-parole du nouveau président américain : « S'il y a une possibilité de combattre l’EI avec n'importe quel pays, que ce soit la Russie ou un autre, alors bien sûr, nous sommes preneurs », a notamment déclaré Sean Spicer.

Enfin dernière question, en 2017, Assad va-t-il s'en sortir ? C'est vrai qu'après Alep, le roi est désormais vissé sur son trône et il sera très difficile de le faire partir. Mais les vis sont russes et iraniennes et le roi, lui, est nu. La majorité du territoire syrien échappe à son contrôle. Une partie est entre les mains des forces rebelles, une autre entre celles des Kurdes, une autre encore sous le contrôle des Turcs et une dernière, enfin, sous le joug de Daech. Par ailleurs, Assad n’a plus aujourd'hui de légitimité, précise L'ORIENT LE JOUR : La majorité du peuple syrien est contre lui. Enfin le roi n’a pas d’amis. Il n’a évidemment pas de rapport avec les Occidentaux et même avec les Russes et les Iraniens, Bachar al-Assad est, en réalité, dans un rapport d’allégeance. Bref, État en faillite, souveraineté dynamitée, territoire morcelé, peuple divisé : pour le bourreau de Damas, le tableau est en tout point chaotique. Problème, le roi aujourd'hui s’en moque. Depuis le début du conflit il s’est même nourri, au contraire, de ce chaos et en a fait son principal allié, tout en faisant croire, bien entendu, qu’il en était la première victime.

Par Thomas CLUZEL

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