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Manifestation au Brésil pour réclamer la démission du président Michel Temer

Le Brésil, ou quand la réalité dépasse la fiction

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Affaibli par de graves accusations de corruption, le président brésilien Michel Temer tente de se maintenir au pouvoir, en dépit des appels de plus en plus pressants à sa démission. Désormais, tout l'enjeu pour lui sera de conserver ses alliés politiques.

Manifestation au Brésil pour réclamer la démission du président Michel Temer
Manifestation au Brésil pour réclamer la démission du président Michel Temer Crédits : CRIS FAGA / NURPHOTO

A qui allons-nous attribuer le prix du meilleur premier rôle ? Depuis quelques temps, l'accumulation des scandales politiques aux Etats-Unis semblaient, tout naturellement, conduire les bookmakers à regarder, de préférence, du côté du grand blond et de son cabinet noir. Quel meilleur scénario, en effet, que celui pouvant conduire à la possible destitution de Donald Trump, désormais soupçonné d'obstruction à la justice ? Or voilà que depuis, un autre président crève à son tour l'écran. Son nom : Michel Temer. De sorte qu'aujourd'hui, bien malin celui qui pourrait préjuger du palmarès final.

Hier, le quotidien O GLOBO a révélé l’existence d'une bande sonore, sur laquelle on entend le président brésilien donner son aval pour acheter le silence d’un prévenu devant la justice. Cet enregistrement est attribué au patron du groupe JBS, le plus grand producteur mondial de viandes, mis en cause dans l’enquête dite du « Lava Jato » (Lavage Express,) qui a mis à nu la promiscuité entre le pouvoir politique et les lobbies économiques. Comment a-t-il fait ? En échange d'une remise de peine, le propriétaire du géant de l'agroalimentaire a tout simplement décidé de collaborer avec la justice. Et c'est ainsi que le 7 mars 2017 au soir, précise l'envoyée spéciale du TEMPS, le voilà donc qui entre, un enregistreur dans sa poche, dans la résidence officielle du chef de l’Etat. Il vient informer Michel Temer qu’il « achète le silence » d’Eduardo Cunha, l’ex-président de la Chambre des députés, lui aussi inculpé, détenteur de nombreux secrets compromettants et condamné à quinze ans de prison pour corruption en mars dernier. « Tu dois maintenir cela (comprenez maintenir les pots-de-vin) », lui a alors répondu le président. La phrase est, certes, brève mais explosive. En clair, précise à nouveau le journal, le président a ni plus ni moins donné son approbation pour graisser la patte d’Eduardo Cunha, afin que celui-ci ferme son bec.

Aussitôt après la révélation de l’existence de cet enregistrement, des manifestations ont éclaté dans la capitale Brasilia mais aussi à São Paulo, pour réclamer le départ de Michel Temer. De son côté, le président a, lui, assuré dans une allocution télévisée de cinq minutes ne rien avoir fait d'illégal. « Je n'ai acheté le silence de personne », a-t-il déclaré, avant d'ajouter : « Je ne démissionnerai pas! » Quoi qu'il en soit, cette nouvelle déflagration politique s'est immédiatement reportée sur les marchés, lesquels se sont littéralement effondrés hier. La bourse de Sao Paulo, la principale d'Amérique latine a clôturé avec un très net recul de près de 9%. Par ailleurs, en dépit des dénégations du président, certains ont d'ores et déjà préféré quitter le navire. C'est le cas du ministre de la Culture qui a présenté sa démission. A en croire les médias brésiliens, le ministre de la Ville pourrait, à son tour, lui emboîter le pas. Quant au principal allié de Michel Temer, le Parti de la social-démocratie brésilienne, il serait tenté également de rompre avec lui, à la suite de la mise en cause de son propre président, Aécio Neves, lui aussi enregistré par le patron de l'agroalimentaire, à qui il demandait 2 millions de reals.

Dès-lors, Michel Temer va-t-il démissionner ? La question est, évidemment, dans tous les esprits. Or pour certains, malgré la gravité inédite des accusations, rien n'est moins sûr. Pourquoi ? Réponse d'un politologue interrogé dans les colonnes du TEMPS. Parce qu'en raison de la crise économique, il y a une grande tolérance envers lui. Au Brésil, une conciliation, dit-il, est toujours possible. Sans compter que jusqu’ici, le très impopulaire président s’est appuyé sur les milieux d’affaires, qui plébiscitent sa politique de rigueur et, en particulier, son projet de réforme du régime des retraites et du code du travail, présentés comme cruciaux pour relancer l’économie. Autre inconnue : que fera le Tribunal supérieur électoral ? Jusqu’ici, les membres de cette commission électorale permanente étaient tentés de fermer les yeux sur les indices de financement illégal de leur campagne, pour épargner au pays un nouveau cycle d’instabilité. Enfin nul ne sait ce que décidera la majorité présidentielle. Selon une chroniqueuse brésilienne, Temer pourrait être pressé par son propre camp de démissionner, pour sauver les meubles. Ce qui serait une manière de garder le pouvoir. Car en cas de vacance, dans un délai de deux ans précédant l’échéance électorale, c’est le Congrès (dominé par les conservateurs) qui devrait élire un nouveau président. L’idée serait alors de prendre de vitesse la gauche, qui pousse en faveur d’un amendement constitutionnel permettant l’anticipation de la présidentielle de 2018.

En attendant, des manifestations sont prévues ce dimanche pour demander, donc, le départ du chef de l’Etat. Quant à l’empire médiatique Globo, faiseur de roi au Brésil, il a d'ores et déjà retiré son soutien au président. « Temer n’est plus en mesure de gouverner », résume ainsi un commentateur sur la chaîne GLOBO NEWS. Ne reste plus, à présent, qu'a trouvé un titre à cette super production : « Les hommes du Président », « Conversation secrète » ou « Les Salauds dorment en paix ? »

Par Thomas CLUZEL

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