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Le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump

Le cauchemar de Trump

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Donald Trump accuse les services de renseignement d'être à l'origine des fuites parues dans la presse, selon lesquelles la Russie disposerait d'informations compromettantes le concernant.

Le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump
Le 45ème président des Etats-Unis, Donald Trump Crédits : TIMOTHY A. CLARY - AFP

Cette semaine, après l’ultime allocution du 44ème président des Etats-Unis, le site d’informations américain VOX écrivait ceci : Ce soir, plus que jamais, la différence entre Obama et Trump était criante. Et de fait, le jour même où Barack Obama prononçait son discours d’adieux, le Tout-Washington était, lui, déjà obnubilé par un rapport sommaire des renseignements américains, prétendant que Moscou faisait chanter Donald Trump, avec un enregistrement d’actes sexuels dépravés. Un sacré contraste, en effet.

Un contraste, d'ailleurs, que la conférence de presse donnée hier par le milliardaire populiste, dans le hall bondée de la Tour qui porte son nom, ne pourra que difficilement contredire. Aussi tumultueux et impulsif que son prédécesseur était contenu, aussi insultant que le second était digne et respectueux, Donald Trump y a fait, une fois de plus, la démonstration que par son tempérament il est bien à l'opposé de Barack Obama. Tout d'abord, l'ex animateur de télé réalité a commencé sa conférence, en créant la surprise : lui qui a si souvent accusé les médias d'avoir couvert de façon malhonnête la campagne présidentielle, a tenu à complimenter THE NEW YORK TIMES. Un véritable coup de théâtre. D'autant que le compliment était visiblement sincère. Un compliment adressé, en réalité, à tous les médias qui, à l'instar du journal de New York, se sont abstenus de faire état des accusations, non étayées, selon lesquelles des agents russes détiendraient des informations personnelles et financières compromettantes sur sa personne. Sauf que la phase des galanteries ne visait, en réalité, qu'à donner davantage de poids encore à sa colère portée, cette fois-ci, contre tous ceux qui avaient choisi d'évoquer l'information, à commencer par CNN, qualifiée d' « horrible chaîne » d'information, mais aussi le site BUZZFEED, un « tas d'ordure en faillite », selon les propres mots du 45ème président des Etats-Unis. Sans oublier, les agences de renseignement américaines qui, toujours selon lui, ont agi comme l'aurait fait « l'Allemagne nazie ».

Toujours est-il qu’hier, Donald Trump a balayé ces révélations, se disant victime d'une « machination » destinée à l'affaiblir. Et il a pour lui que les détails de cette affaire sont, pour l'instant, invérifiables. Ce qui pose deux questions. Tout d'abord, Moscou a-t-il vraiment des informations compromettantes sur Donald Trump, dont une sex-tape le montrant avec des prostituées dans un hôtel de Moscou en 2013 ? La véracité des informations récoltées par un ancien des services de contre-espionnage britanniques n’a pas été démontrée, ne serait-ce que par le FBI lui-même. Mais le simple fait que les responsables des agences d’espionnage aient décidé de poser ce dossier sur la table du futur président des Etats-Unis lui donne, aujourd’hui, une résonance monumentale, note LE TEMPS.

Pour être tout à fait exact, ces mémos avaient, en réalité, déjà largement circulé à Washington avant même que, dans la foulée des révélations de CNN, le site d’informations BUZZFEED ne décide à son tour de le rendre public mardi. En octobre dernier (soit avant les élections présidentielles) le magazine MOTHER JONES, notamment, avait déjà suggéré son existence. En d'autres termes, résume USA TODAY, la décision de présenter ces informations au président élu aurait été prise après que les services secrets ont constaté que les notes avaient déjà largement circulé parmi les politiciens mais aussi certains journalistes.

En revanche, si ce dossier n'est pas nouveau puisque, visiblement, de nombreux médias avaient mis la main dessus bien avant mardi, personne ne l’avait encore publié dans sa stupéfiante intégralité. Pourquoi ? Parce que publier la totalité de ces notes, comme l'a fait le site BUZZFEED, sans être en mesure d’en vérifier les affirmations, est un procédé, souligne THE NEW YORK TIMES, qui rompt avec les pratiques journalistiques habituelles. D'où cette deuxième question, soulevée par le magazine SLATE : Pourquoi BUZZFEED a-t-il choisi de publier ce que tant d’autres avaient choisi de garder pour eux ? Et pourquoi, justement, maintenant ? Sans compter qu'à notre époque de médias sociaux, de blogs et de polarisation de la politique, ce qui apparait remarquable c’est que ce dossier soit resté privé si longtemps. Dans un mémo à l’intention de son équipe, le rédacteur en chef du site justifie sa décision : « Nous avons publié le dossier afin que les Américains puissent se faire leur propre avis sur les affirmations qui circulent aux plus hauts niveaux du gouvernement au sujet du président élu ».

En réalité, si BUZZFEED se positionne parfois fièrement comme un membre des médias grand public, dans ce cas précis, il s’inscrit dans une tradition bien différente : Celle des médias d’internet et des blogs. C’est une tradition où l’idée que les médias sont des vigiles privilégiés de l’information est regardée avec mépris ; une tradition où des informations sensibles et gênantes sur des personnalités publiques sont divulguées sans hésiter (officiellement par respect pour l’intelligence du public et pour son droit à l’information) ; et enfin une tradition où les éditeurs sont récompensés pour la publication de ce genre de bombes, non par de prestigieuses récompenses du secteur mais en notoriété, comprenez en nombre de pages vues et partages sur les réseaux sociaux.

Ensuite, BUZZFEED l’a sans doute publié en partie parce que CNN en avait parlé avant. CNN en avait parlé parce que les renseignements avaient briefé Trump sur le sujet. Les renseignements avaient, eux, briefé Trump parce que des leaders du Congrès le faisaient circuler. Et peut-être les leaders du Congrès le faisaient-ils circuler, notamment, parce que le chef de l’opposition au Sénat y avait fait allusion dans une lettre, qui incendiait le directeur du FBI pour avoir rendu publiques des informations nuisibles à Hillary Clinton mais être resté muet, en revanche, au sujet des rumeurs courant sur Trump. En clair, chaque acte baissait un peu plus la barre pour les suivants, leur permettant ainsi d’utiliser des informations dont ils savaient la véracité non vérifiée.

Quoi qu'il en soit, si les plus grandes agences de renseignements américaines, les membres du Congrès et les journalistes d’investigation n’ont pas réussi à se faire un avis sur les affirmations en question, dès-lors, comment le lecteur moyen en serait-il capable ? La question est donc de savoir jusqu’où il faut accepter de se laisser conduire par le doute ? Sans compter que le temps presse, en particulier, pour les services américains, prévient LE TEMPS, car après la passation de pouvoirs c’est ce même Donald Trump qui aura la haute main sur les agences de renseignement.

Par Thomas CLUZEL

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