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Une figurine de cire représentant le président américain Donald Trump

Le choc est parfois rude

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Réforme du système de santé, immigration, climat. Ou quand Donald Trump lance l’offensive.

Une figurine de cire représentant le président américain Donald Trump
Une figurine de cire représentant le président américain Donald Trump Crédits : CHEN HONGBO / IMAGINECHINA

Dans les colonnes du magazine SLATE, un urgentiste américain raconte comment lorsqu'il se retrouve face à un patient, il ne peut jamais être certain que celui-ci jouit bien de toutes ses facultés. Et c'est ainsi qu'il lui revient, dans un premier temps, d'évaluer cette personne. Pour ce faire, il lui pose généralement quatre questions simples : Comment vous appelez-vous ? Où sommes-nous ? Quel jour sommes-nous ? Et enfin qui est le président des États-Unis ? Lorsque la personne connaît la réponse à ces quatre questions, on dit alors qu’elle est « alerte et orientée en termes de personne, de lieu et de temps ». En revanche, lorsqu'elle se trompe sur une des réponses, alors il est d’usage de la réorienter. Or chaque semaine, dit-il, plusieurs de mes patients se trompent en répondant à la question sur le président des États-Unis. Jimmy Carter semble être un grand favori. La semaine dernière, l'un d'entre eux m’a dit que le président, c’était Obama. C’est réellement un moment fascinant, dit-il, au point que je suis devenu, à présent, très curieux de découvrir la réaction de chacun de mes patients. À chaque fois, je fais une pause, je prends une profonde inspiration, je les regarde droit dans les yeux et je leur révèle l'indéniable vérité : le président de notre pays, les États-Unis, c’est Donald Trump. Et puis je me tais. Et je garde mes yeux dans les leurs. En général, poursuit l'urgentiste, la suite est plutôt moche. Récemment, une vieille dame a proféré un râle effrayant, comme si quelqu’un venait de lui annoncer que son chat était mort. Un autre patient a cligné deux fois des yeux lorsque je lui ai annoncé. Un autre m’a reproché de lui faire une mauvaise blague. Il y eut aussi le cas de ce monsieur qui a, lui, levé les sourcils, haussé les épaules et sorti au débotté : « On s’en fout! ». Mais j’attends toujours que quelqu’un me dise : « Génial ! Ça y est ». Et pour l’instant, rien. En revanche, j’ai eu droit à des réactions plus philosophiques, du genre : « Wow. J’ai voté pour lui, mais il n’a pas vraiment gagné, quand même? Ça, c’est vraiment dingue ». En d'autres termes, résume l'urgentiste, quelle que soit leur affiliation politique, dit-il, toutes les réactions de mes patients ont montré qu’ils trouvent la réalité bien plus étrange que la fiction.

Faut-il en conclure que seuls les amnésiques sont aujourd'hui capables d'incrédulité lorsqu'on leur parle de Donald Trump ? Il y a 10 jours à peine, à l'issue de son premier discours devant le Congrès, nombre de commentateurs ont jugé que le Donald nouveau était arrivé. Toute la presse conservatrice, notamment, à l'instar du NEW YORK POST a applaudi le vrai début de sa présidence. Lisant sagement son discours sur un téléprompteur, le chef de l'Etat, mesuré et porteur d'un message d'unité, a ravi le camp républicain. En l'occurrence, on ne peut pas parler véritablement d'amnésie, puisque nombre de journaux semblaient, au contraire, se demander où avait bien pu passer le Donald Trump provocateur, pourfendant l’establishment et le déclin de l’Amérique. En revanche, satisfaits d'entendre ainsi le président dépeindre les problèmes sans verser dans le catastrophisme, un président pacifique en somme, nombreux sont ceux qui paraissaient faire montre d'une soudaine crédulité.

D'où cette question, soulevée par le quotidien DELO : Sommes-nous en face d’un génie, au bord de la folie, en train de transformer la scène politique par son talent d’improvisateur, ou bien d’un amateur en politique, sans la moindre rigueur, incapable de résister à la tentation de faire du charme à son public ? Pour le quotidien AVVENIRE, après le discours aux accents conciliateurs prononcé par le président américain devant le Congrès, la méfiance, dit-il, est de mise. Même s’il a délaissé, ne serait-ce que pour un court instant, le scénario apocalyptique du fameux carnage dont sont victimes les Américains, nous ne devrions en aucun cas nous laisser éblouir. Car il y a dans Donald Trump, un peu de Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Après le registre de la criée tonitruante, voici qu’il se glisse dans le rôle de l’homme d’Etat, affichant une fermeté conciliante et une observance inattendue de la séparation des pouvoirs. Deux masques, en réalité, que tout populiste qui se respecte sait revêtir selon les circonstances.

Et d'ailleurs, la semaine qui vient de s'écouler prouve que Donald Trump n'a rien changé à son discours. La semaine à débuter avec la mise à mort de l’ « Obamacare ». Le grand combat contre la réforme du système de santé est de retour, prévient notamment le magazine POLITICO. Le projet va dans le sens d’un désengagement financier de l’Etat fédéral. En clair, la nouvelle loi prévoit le remplacement des subventions, assurées au niveau fédéral, par un système de crédit d’impôts individuel, précise THE WASHINGTON POST. Ou dit autrement, ce projet exacerbe les inégalités entre Américains, en désavantageant les revenus modestes. Il prévoit, en revanche, une réduction d'impôts pour les PDG d'entreprises d'assurance santé, dont certains gagnent plus de dix millions de dollars par an.

Par ailleurs, lundi, le président américain a également signé un nouveau texte visant les ressortissant de six pays à majorité musulmane, une version light, écrit THE NEW YORK TIMES, du premier décret anti-immigration dans la mesure où il devrait bouleverser moins de vies. En revanche, cette nouvelle interdiction envoie le même message délétère, précise aussitôt le quotidien : que les musulmans sont intrinsèquement dangereux. Une phrase du texte, d'ailleurs, semble bien suggérer que l'islam est directement visé, renchérit le magazine SLATE. Le décret oblige, en effet, le Ministère de la sécurité intérieure à publier « des informations sur les types d'actes de violence commis contre les femmes par des étrangers, y compris ce qu'on appelle les "crimes d'honneur" », des crimes courants dans plusieurs pays musulmans, mais très rares aux États-Unis.

Enfin, dernier évènement en date, interrogé mercredi sur CNBC, Scott Pruitt a expliqué qu'il ne croyait pas que le CO2 était le premier contributeur au réchauffement climatique, ce que la science a pourtant réussit à démontrer. Et le problème, note THE HUFFINGTON POST, c'est que cet homme, proche de l'industrie des énergies fossiles, est aujourd'hui à la tête de l'Agence de protection de l'environnement américaine.

Réforme du système de santé, décret anti-immigration et promotion du climato scepticisme, voilà trois évènements qui, en une semaine à peine, devraient permettre aux amnésiques de recouvrer rapidement la mémoire sans pour autant leur faire perdre leur incrédulité.

Par Thomas CLUZEL

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