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Le collège électoral et la "chasse à Clinton"...

5 min

Le futur Président des Etats-Unis sera élu aujourd'hui.

C'est ce 19 décembre, comme tous les premiers lundis suivant le deuxième mercredi du mois de décembre, (les années d'élection), que le collège électoral américain se réunit, rappelle Fox News sur son site.

Dans la capitale de chaque état fédéré, selon des règles et des modalités variables, les 538 grands électeurs sortis des urnes le 8 novembre dernier, sont appelés à élire le président et le vice-président des États-Unis. Bien sûr, il fait peu de doutes que c'est bien Donald Trump et Mike Pence qui l'emporteront, au final. Trump a obtenu 306 grands électeurs. Mais il faut quand même constater, à la lecture de la presse états-unienne, que le processus auquel on va assister aujourd'hui, n'aura rien de la formalité à laquelle on est habitués, tous les quatre ans.

En tout cas, rarement autant d'articles, d'analyses, et de tribunes auront été consacrés au collège électoral, avec à la clé, une plongée passionnante, et passionnée, dans l'histoire et le système politique des Etats-Unis.

D'abord, oui, écrit David Pozen, professeur de droit à la Columbia Law School, dans les pages Opinion du New York Times : "les grands électeurs sont libres d'élire qui ils veulent", contrairement à l'idée communément admise. La moitié seulement des états oblige en réalité ses grands électeurs à voter pour le candidat de son parti, explique Pozen. Et encore, continue-t-il, il n'y aucune impossibilité matérielle à s'affranchir de cette règle. Et les pénalités prévues sont en général plutôt faibles, pour ceux qu'on appelle les électeurs "infidèles".

Ils n'ont été que peu nombreux, dans l'histoire des États-Unis : on n'en trouve trace que lors de 19 élections sur les 44 qui se sont tenues depuis l'indépendance. Ce qui explique que : "les électeurs américains vont aux urnes en étant persuadés que les grands électeurs voteront pour le candidat de leur parti". Sans vraiment se poser plus de questions. Mais ce n'est rien de plus qu'une tradition, conclut David Pozen, dans le New York Times. Une tradition qui va bien, en temps normal, mais qu'il faudrait pouvoir remettre en cause, dans certains cas.

Et le Los Angeles Times, comme beaucoup d'autres titres, revient sur les origines de ce système électoral : "En 1787, explique le quotidien californien, le problème était de savoir comment assurer la représentativité au Congrès, entre les 13 états depuis peu indépendants. Au moment de la convention constitutionnelle, cet été là, les hommes, blancs, des 13 premiers états, avaient à se partager le gâteau : comment donner suffisamment de poids aux petits états, sans non plus les sur-représenter ?

C'est ainsi que le Congrès a été partagé entre Chambre des Représentants et Sénat, et que le collège électoral, pour l'élection du président, a été composé d'autant de grands électeurs que de représentants du peuple. Les états esclavagistes du sud établissant, au passage, la règle dite "des 3 cinquièmes" : pour le calcul du nombre de représentants auquel avaient droit les états du sud, un esclave comptait pour trois cinquième d'un homme.

Du coup, c'est l'adjectif "archaïque" qui revient le plus souvent, pour décrire ce système. Et dans la presse américaine ces derniers jours, tribunes et éditoriaux se partagent entre les partisans d'une remise à plat totale du système. Et ceux qui estiment, au contraire, qu'il faut appliquer la règle en vigueur. Mais l'appliquer vraiment. USA Today, par exemple, explique que "les pères fondateurs des États-Unis, avaient prévu le cas Donald Trump". Et de citer Alexander Hamilton, qui voulait un système, et une constitution, conçus pour que jamais la présidence des Etats-Unis ne tombe entre les mains d'un homme qui n'aurait pas les qualifications requises".

Alors suffirait-il, en quelque sorte, de dérouiller le mécanisme ? De faire fonctionner le dernier garde fou avant la maison blanche ? C'est ce que demandent les militants du "groupe Hamilton", qui mènent une campagne acharnée depuis plusieurs semaines, pour demander aux grands électeurs républicains de voter en conscience. En gros, d'après eux : si ce système doit avoir un sens, c'est le moment ou jamais de le démontrer. Et pour pouvoir rêver à un renversement de situation, certains démocrates ont tout imaginé, en échafaudant des théories, parfois fumeuses.

USA Today explique par exemple, que le mieux, pour faire battre Trump, serait, pour les grands électeurs démocrates, de voter, non pas pour Hillary Clinton (qui ne sera jamais soutenue par aucun républicain, même hostile à Trump), mais pour un autre républicain, plus conventionnel.

Alors, soyons sérieux : tout cela à bien peu de chance d'aboutir. Et quoi qu'il arrive aujourd'hui, donc, il est bien certain que ce n'est pas Hillary Clinton qui sera élue ce soir. Et l'ex-candidate le sait bien, évidemment, elle qui, à défaut de devenir la première femme Présidente des Etats-Unis, va devoir se contenter visiblement d'être la nouvelle attraction des bois de Chappaqua, au nord de New York.

C'est le Washington Post, qui raconte : "dans ces bois, de temps en temps, on peut tomber sur un coyote, des champignons rares, ou Hillary Clinton". Oui : "il n'est pas rare de voir les Clinton se promener dans les environs", expliquent les voisins, fiers de leur spécialité locale à l'envoyée spéciale du journal. Ils sont du coin, les Clinton. Et on a encore plus de chance de tomber sur eux, maintenant, depuis le 8 novembre.

À tel point que le "Saturday Night Live", le late show le plus populaire aux Etats-Unis, a monté un sketch récemment, raconte le journal. Un sketch qui met en scène notamment un chamane, dans les bois, et intitulé "la chasse à Hillary". Comme si le souvenir de cette campagne électorale, pendant laquelle Trump promettait de pourchasser et d'enfermer son adversaire, avait décidemment bien du mal à se dissiper.

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