LE DIRECT

Le conte de fées est terminé.

4 min

Chaque matin, l'actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd'hui : le paradoxe de la crise migratoire et la "réhabilitation" de Bachar el-Assad.

Le conte de fées est terminé.
Pas même deux semaines se sont écoulées depuis que les images du petit Aylan ont réveillé les consciences des Européens, faisant sortir de leur réserve certains gouvernements quant à l'accueil des réfugiés. Mais aujourd'hui, regrette EL PERIODICO DE CATALUNYA, on constate un retour à la case départ. Le conte de fées n'aura donc duré que quelques jours, se désole à son tour la BERLINER ZEITUNG. Ou quand les limites de l'accueil des réfugiés sont désormais visibles, note son confrère DIE WELT.

Italian police take pictures of migrants as they arrive with a group that includes Syrian refugees at Catania harbour.
Italian police take pictures of migrants as they arrive with a group that includes Syrian refugees at Catania harbour. Crédits : STRINGER Italy - Reuters

La faute à qui ? Réponse de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG : en raison de ce paradoxe qui existe aujourd'hui entre l'obligation morale et juridique d'accorder l'asile à tous les réfugiés d'un côté et puis la taille abyssale du problème de l'autre. A présent, les frontières se referment tristement, les unes après les autres. C'est là, la version bruxelloise de la banalité du mal, regrette LA STAMPA de Turin. Même constat pour son confrère de Genève, LE TEMPS : sur la route ouverte des migrants, les murs réapparaissent. Chacun aimerait fermer encore un peu plus les vannes. Ou quand la Macédoine se méfie de la Grèce, la Serbie de la Macédoine, la Hongrie de la Serbie et l’Autriche de la Hongrie. A présent, chacun se méfie de son voisin, quand il ne le vilipende pas pour de bon.

Et face à cette crise migratoire, il est en revanche un voisin dont on se méfie de moins en moins c'est : Bachar el-Assad
Parce que la crise des réfugiés qui submerge l'Europe se traite en partie en Syrie, nombreux sont ceux à considérer désormais que la menace islamiste représentée par Daech est un défi bien plus dangereux que le pouvoir de Damas, et ce même si rappelle à toutes fins utiles LE FIGARO ce matin, les Syriens qui quittent leur pays fuient tout autant les atrocités de Daech que les bombardements du régime.

Reste que pour une écrasante majorité de l'opinion publique européenne, Daech est donc actuellement l'unique ennemi, analyse l'hebdomadaire de Lisbonne L'EXPRESSO. Au point que la menace que représente aujourd'hui l'organisation Etat Islamique est telle que tout le monde oublie que Bachar el-Assad a tué plus de personnes en réalité que les groupes sunnites. Et dans ce contexte, l'exode des Syriens est devenu en particulier pour Vladimir Poutine une aubaine politique. Car comme personne n'est prêt, pour autant, à intervenir militairement sur le sol syrien, la Russie qui, elle, ne cherche plus à dissimuler qu'elle livre des armes à Damas, propose à présent ses services à l'UE et aux Etats-Unis, en vue de forger une nouvelle alliance contre le terrorisme sunnite.

Et l'hebdomadaire russe EXPERT de justifier ainsi la position du Kremlin : Bachar el-Assad est loin d’être un ange, mais, à l’heure actuelle, les autorités syriennes s’occupent de l’un des plus importants problèmes de la politique mondiale : la liquidation des combattants de Daech.

Bashar al-Assad.
Bashar al-Assad. Crédits : Reuters Photographer - Reuters

Voilà pourquoi cette année, Poutine sera présent à l'Assemblée générale de l'ONU après dix ans d'absence. Ou quand la Syrie permet au chef du Kremlin de revenir sur la scène internationale. Ce que le journal en ligne OBSERVADOR, résume ainsi : il semblerait que nous soyons ici confrontés à une situation où il faut agir selon le principe : 'l'ennemi de mon ennemi est mon ami'."

Et ce faisant, les révélations du quotidien britannique THE GUARDIAN, selon lesquelles la France et ses alliés auraient ignoré par le passé un plan prévoyant le départ de Bachar el-Assad, constituent aujourd’hui un sérieux revers pour les Européens.
Selon le quotidien britannique, la Russie aurait proposé en 2012 un accord qui prévoyait le départ de Bachar el-Assad. Sauf que la France, la Grande-Bretagne mais aussi les États-Unis auraient refusé, convaincus que le président syrien était alors sur le point de perdre le pouvoir. Et THE GUARDIAN de préciser : nous sommes en 2012. Le prix Nobel de la paix et ancien président finlandais Martti Ahtisaari se rend à New York. Il y rencontre l'ambassadeur russe auprès des Nations Unies, lequel lui confie trois conseils : «Un : nous ne devons pas donner d'armes à l'opposition. Deux : nous devons mettre en place dès à présent un dialogue entre l'opposition et Assad. Et trois : nous devons trouver une façon élégante pour qu'Assad se retire.»

Aussitôt, le Prix Nobel en informe les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. Sauf qu'il soutient aujourd'hui que ses propos ont été ignorés, car la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis étaient persuadés qu'Assad serait expulsé de ses fonctions en quelques semaines seulement et donc qu'il n'était pas nécessaire de faire quoi que ce soit.

Interrogés dans les colonnes du journal, les diplomates, eux, sont sceptiques. Certains arguent que Bachar el-Assad était déjà présenté comme un criminel de guerre, avec lequel il ne fallait pas négocier. D'autres se demandent si Vladimir Poutine n'avait pas plutôt en tête de préserver le régime de Bachar el-Assad avec un dirigeant différent. Quoi qu'il en soit, conclue le quotidien de Londres, depuis 2012, plusieurs milliers de Syriens sont morts du fait des bombardements du régime et plusieurs autres millions ont du, eux, fuir le pays. Entre août 2014 et août 2015, 80% des victimes tuées en Syrie l'auraient été par les forces gouvernementales. Ou quand l'ennemi de mon ennemi reste aussi parfois mon ennemi.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......