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Le président russe Vladimir Poutine (g) et le président français Emmanuel Macron (d), à Versailles

Le décor et les mots

6 min
À retrouver dans l'émission

Dans la Galerie des Batailles du Château de Versailles, Emmanuel Macron s’est montré ferme et direct face à Vladimir Poutine, qu'il s'agisse de la Syrie, des droits de l'Homme ou des médias russes.

Le président russe Vladimir Poutine (g) et le président français Emmanuel Macron (d), à Versailles
Le président russe Vladimir Poutine (g) et le président français Emmanuel Macron (d), à Versailles Crédits : NATALIY ZEMBOSKA / ANADOLU AGENCY

Il y avait, tout d'abord, le décor, grandiose, celui de Versailles, où le cortège de Vladimir Poutine est arrivé tel un monarque d’antan. Avec toutes les formalités habituelles, raconte ce matin THE NEW YORK TIMES, lorsque le tsar a ouvert la porte de sa limousine noire, Emmanuel Macron est venu le saluer, non sans avoir parcouru, auparavant, le tapis rouge déroulé, pour l'occasion, dans la cour du château du Roi Soleil. Aussitôt, poursuit son confrère du WASHINGTON POST, toutes les caméras se sont allumées pour saisir la poignée de main que tout le monde attendait. Il faut dire que quelques jours plus tôt, à peine, le tout nouveau président français avait déjà assis sa notoriété grâce à sa prestation face à son homologue américain. Sauf que pour tous ceux qui espéraient un nouveau feu d'artifice de virilité, nombreux sont ceux qui ont dû ressentir, hier, une certaine frustration : Macron et Poutine se sont juste serrés la main, tout simplement.

Pour autant, précise THE DAILY BEAST, si à l'instar de Donald Trump (du moins avant qu'il n'expérimente la poigne du jeune garçon), Vladimir Poutine pensait sans doute prendre le dessus, il a dû être, lui aussi, plutôt surpris par la fermeté de son homologue français. Non pas que ce dernier se soit montré irrévérencieux mais force est de constater qu'à Versailles, Macron a su dompter le tsar Poutine. Car après le décor est venu le temps des mots, note le correspondant du TEMPS. Ceux-ci ont été soigneusement pesés. Pas d’allusion aux « hackers » russes accusés d’avoir infiltré les ordinateurs de la campagne Macron ; aucune mention, non plus, de la commande annulée et remboursée des deux navires de guerre Mistral (qui avait empoisonné le quinquennat Hollande) ; rien sur la controverse suscitée par la construction, Quai Branly, d’un centre culturel russe et de la cathédrale orthodoxe de la Sainte Trinité un temps accusée d’être un nid d’espions. Dans tous les domaines, de la crise en Syrie à la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron a promis de coopérer avec la Russie. Et en ce sens, hier, les portes du dialogue entre Paris et Moscou ont donc été rouvertes. En revanche, face au chef du Kremlin, il fallait à Emmanuel Macron tracer des lignes rouges. Ce qu'il a fait en défiant Vladimir Poutine, écrit THE NEW YORK TIMES. Tout d'abord, en dénonçant l’homophobie en Tchétchénie puis en annonçant, ensuite, que la France riposterait immédiatement en cas de nouvelle utilisation d’armes chimiques en Syrie. Enfin le président français n’a pas hésité, non plus, à qualifier certains médias russes présents en France, financés par le Kremlin, d'être des « agents d’influence » et de « propagande ». A ses côtés, Vladimir Poutine, lui, est resté de marbre.

Hier, le nouveau président français s'est donc montré tout à la fois poli et ferme. De sorte que si en 1717, le tsar Pierre le Grand était venu chercher à Versailles le soutien du Roi Soleil, trois siècles plus tard, la passe d’armes promise entre Macron et Poutine a surtout, pour l’heure, accouché d’une accalmie. Et pourtant, la tâche s'annonçait difficile, relève à nouveau LE TEMPS. Le défi Poutine paraissait, en effet, beaucoup plus compliqué à relever que le défi Trump. Pourquoi ? Parce qu'en lieu et place d'un ex-promoteur immobilier américain obsédé par les questions d’argent, Emmanuel Macron avait, hier, face à lui le pur produit d’un système que sa génération n’a pas connu. Né en 1977, le président français n’avait pas encore 12 ans lors de la chute du mur de Berlin. Il n’avait pas encore 14 ans lors de la tentative de putsch militaire contre Mikhaïl Gorbatchev. Le profil de Vladimir Poutine, ex officier des services secrets soviétiques, est aussi à l’opposé du passé de Macron, le premier chef des armées à n’avoir pas fait de service militaire obligatoire. Bref, sur le papier, la différence de style et d’expérience était donc colossale. Sans compter le contentieux le plus lourd, politique celui-ci. Moscou n'a jamais caché son aversion pour Emmanuel Macron. Après sa victoire à l'élection présidentielle, la plupart des quotidiens proches du Kremlin s'étaient montrés au mieux déçus, au pire carrément acrimonieux. Le quotidien KOMSOMOLSKAÏA était même allé jusqu'à qualifier Emmanuel Macron de « psychopathe », de « marionnette » et d’« homosexuel caché », affublé d’une épouse « vieille et ridée ».

Depuis hier, deux leçons peuvent ainsi d'ores et déjà être tirées de la séquence géopolitique, commencée avec le sommet de l'Otan, poursuivie avec le G7 et achevée à Versailles avec Vladimir Poutine. La première est qu'il y a bien un style Macron, aux antipodes de François Hollande. Anglophone, jeune, Emmanuel Macron apparaît naturellement solide. Quitte à en rajouter, comme lors de sa fameuse poignée de mains avec son homologue américain. Macron ne bute pas sur les mots. Son aisance médiatique est un fait. La seconde, c'est que le chef de l'Etat français veut choisir ses combats et ses lignes rouges. Face à Vladimir Poutine, ses deux attaques ont porté sur la désinformation de certains médias russes et sur les armes chimiques en Syrie. Face à Trump, sa défense avait consisté à se rapprocher le plus possible d'Angela Merkel, devenue l'adversaire numéro un de la Maison-Blanche. Ce faisant, l'embryon d'une diplomatie Macron apparaît : pragmatique avant tout, mais prête pour des tirs ciblés et calibrés. En d'autres termes, convaincu qu'il a tout à perdre dans un affrontement direct, ce charmeur-sniper, comme l'écrit le correspondant du TEMPS, a déjà compris qu'il doit taper juste, s'il veut exister dans l'actuel grand désordre mondial. Bien évidemment, il est encore beaucoup trop tôt pour prédire l'avenir diplomatique d'Emmanuel Macron. Beaucoup de crises surviennent quand on ne les attend pas. Et c'est alors, sous la pression, que l'on pourra juger de sa capacité à peser ou non sur les événements. Mais pour une Europe démoralisée qui, il y a quelques semaines encore, semblait à la peine pour défendre ses valeurs fondamentales, Macron est comme un coup d'adrénaline, reprend THE DAILY BEAST, avant de conclure : De ce point de vue, le nouveau président français a déjà réussi à imprimer sa marque.

Par Thomas CLUZEL

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