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Caricatures de Donald Trump, Marine Le Pen, Geert Wilders et Adolf Hitler, lors du carnaval de Duesseldorf

Le dramatique appauvrissement du discours politique

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À retrouver dans l'émission

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Aux Pays-Bas, l'immigration est devenue un thème crucial, au point que le parti islamophobe de Geert Wilders (PVV) est donné favori des élections législatives, le 15 mars prochain.

Caricatures de Donald Trump, Marine Le Pen, Geert Wilders et Adolf Hitler, lors du carnaval de Duesseldorf
Caricatures de Donald Trump, Marine Le Pen, Geert Wilders et Adolf Hitler, lors du carnaval de Duesseldorf Crédits : LEON KUEGELER / ANADOLU AGENCY

S’il nous arrive d’entendre que la course à l’Elysée ne ressemble cette année à aucune autre parce que l’extrême droite n’a jamais été aussi bien placée, qu’elle est dangereuse parce qu’elle risque d’être un véritable défouloir, que nous sommes déboussolés, sachez que nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Ce qui, évidemment, n'est pas fait pour rassurer. Cette année, un mois avant la présidentielle française et 6 mois avant les législatives en Allemagne, le premier test électoral en Europe se tiendra le 15 mars prochain aux Pays-Bas. Or là-bas, le Parti pour la liberté (PVV) y est donné non seulement au coude à coude avec la formation du Premier ministre libéral mais surtout favori. Et même si, historiquement nuance THE SPECTATOR, la formation d'extrême droite s'est toujours avérée mieux placée dans les sondages que dans les urnes, depuis le vote sur le Brexit et l'élection de Donald Trump plus personne aujourd'hui n'ose anticiper la moindre réaction du corps électoral. Seule certitude, en revanche, si la formation d'extrême droite de Geert Wilders venait effectivement à l'emporter, elle donnerait probablement le la aux autres scrutins à venir (en France, en Allemagne et même en Italie l'an prochain) et finalement déterminerait l'avenir de l'Union Européenne.

Quoi qu'il en soit, aux Pays-Bas, comme ailleurs, la campagne est aujourd’hui dominée par le débat portant sur la prétendue menace qui pèserait sur la culture du pays. Ce qui pour beaucoup de commentateurs semble, d'ailleurs, assez improbable. D'une part, parce que les Pays-Bas ont une tradition séculaire de promotion de la tolérance religieuse et d'accueil des immigrants. Et d'autre part, parce que la politique économique du gouvernement sortant est excellente. En d'autres termes, alors que le Premier Ministre devrait tirer profit de la reprise économique, il se retrouve désormais devancé sur sa droite par le candidat du parti islamophobe, lequel a réussit à imposer dans le débat la question de l'immigration. Alors est-ce parce que les Néerlandais sont habitués à la prospérité ?, interroge PUBLICO. Il existe, en réalité, aux Pays-Bas un merveilleux instrument démocratique, rappelle DE VOLKSKRANT, un outil de calcul qui permet de chiffrer les programmes respectifs des partis et ainsi de les mettre à l'épreuve des faits : Peuvent-ils tenir leurs promesses électorales ? Quels sont leurs priorités et quelles en seraient les conséquences ? Ce calcul de l'Institut public de prévisions économiques offre un reflet fidèle du paysage politique. Problème, note son confrère DE TELEGRAPH, seules deux formations ont refusé de se soumettre à ce test : le parti des Seniors et le parti d'extrême droite de Geert Wilders. Au prétexte que l’outil mathématique ne saurait mesurer les valeurs immatérielles que sont la sécurité ou la préservation de l’identité.

Ensuite, reprend PUBLICO, si la campagne ne se polarise pas autour du débat économique mais bien sur la question de l'immigration, c'est aussi parce que de nombreux Néerlandais, de toutes classes sociales, ont un point de vue négatif sur les immigrés (majoritairement musulmans) et les considèrent comme une menace pour leur modèle social et leur culture. De leur côté, la majorité des immigrés musulmans s'intègrent plutôt mal dans le système de valeurs néerlandais. Et puis surtout, l'immigration n'est pas seulement à l'épicentre de l'actuel débat électoral. La question est au cœur du débat politique depuis plus de 15 ans. Plus exactement, le mode d'existence néerlandais est marqué depuis plusieurs années, déjà, par des préjugés négatifs, un tissu d'idioties que le chroniqueur du NRC HANDELSBLAD résume par cette phrase : "l'autre" veut me prendre ce que j'ai. Dès-lors, quel politique peut résister à la tentation d'attiser davantage encore cet incendie ? La vérité c'est que les politiques comme Geert Wilders considèrent comme leur ennemie la majeure partie de la riche culture néerlandaise. En clair, ils veulent réduire cette culture (plurielle, globale, créative, populaire, mélangée) à un œuf de Pâques en péril, ou à une carte de Noël maculée, voire au maquillage sur le visage du Père Fouettard (qui dans sa version néerlandaise à la peau noire, des cheveux crépus, de grosses lèvres rouges et des anneaux dans les oreilles). Pour ces gens là, la culture n'est en somme qu'un bastion réducteur. Et c'est ainsi que récemment encore, Geert Wilders n'a pas hésité, par exemple, à prétendre que les fêtes de Pâques et de Noël seraient à présent menacées par les musulmans.

Et puis on pourrait encore citer un autre point commun entre ces élections aux Pays-Bas et celles à venir en Europe. Si certains, en France, affirment que Marine Le Pen serait la candidate favorite du Kremlin, à présent, le spectre de l’ingérence russe flotte également sur les Pays-Bas. La Russie, relève THE NEW YORK TIMES, est aujourd'hui soupçonnée de vouloir influencer les élections législatives néerlandaises. Pourquoi ? Réponse dans les colonnes du quotidien américain d'un chercheur à l’Institut néerlandais des relations internationales : Parce que la Russie considère l'Occident comme un adversaire et qu'elle a un intérêt clair à voir l'élection de populistes anti-establishment qui (quelle que soit leur prise personnelle sur la Russie) veulent tous saper l'Union européenne. Et probablement, d'ailleurs, qu'à l’automne prochain, en l’absence de changement cardinal dans les relations entre la Russie et l’UE, on cherchera encore la main de Moscou lorsque les Allemands, cette fois-ci, éliront, à leur tour, leur Parlement.

De fait, on ne peut pas dire que les médias russes pro-Kremlin portent aujourd'hui un regard particulièrement dépassionné sur les élections étrangères, notamment en Europe. Le problème, c'est que ce thème de l’ingérence étrangère vide les campagnes politiques de toute substance. La véritable conséquence de l’apparition de ce facteur extérieur est la simplification, voire le dramatique appauvrissement, du discours politique. Et le quotidien moscovite NEZAVISSIMAÏA GAZETA cité par le Courrier International de remarquer que si la politique étrangère devient le principal sujet des élections, cela signifie deux choses : soit que tous les problèmes de politique intérieure sont réglés, ce qui est simplement inimaginable ; soit que les élections s’éloignent des vrais problèmes. En d'autres termes, conclue le journal, le vrai danger aujourd'hui pour tout système politique, même développé, reste en toutes choses la tentation de la simplicité.

Par Thomas CLUZEL

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