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Le grand cirque du ballon rond.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les suites du scandale de l’attribution du Mondial 2006 en Allemagne.
Savez-vous ce que s'époumonent à crier les supporters suisses lorsqu'ils veulent encourager leur équipe nationale : “Hop Suisse !” Et c’est donc “Hop Suisse” qu’un entrepreneur, Christoph Blocher, a baptisé son parti politique. Et savez-vous comment s’égosillent, cette fois-ci, les tifosi lorsqu’ils veulent encourager la Squadra Azzurra : “Forza Italia !” Et c’est ainsi que Silvio Berlusconi avait, lui aussi, choisi de baptiser son parti.

Dagenham & Redbridge v Oxford United
Dagenham & Redbridge v Oxford United Crédits : Reuters Staff - Reuters

Elle a peut-être l’air absurde et pourtant cette histoire est vraie et vient surtout illustrer, s’il fallait encore le démontrer, le pouvoir aujourd'hui du football. A l'occasion de son 25ème anniversaire, le site du Courrier International a choisi de republier certains de ses articles, dont celui-ci datant de 1994 et dans lequel on apprend, notamment, qu'il y a près de 20 ans la planète foot pouvait déjà s'enorgueillir de totaliser quelques 200 millions de fidèles, des joueurs actifs, dont près de 160 millions sont officiellement recensés, c’est-à-dire membres des 190 fédérations nationales regroupées au sein de la FIFA.

Et encore ne s’agit-il là que des entraîneurs, des joueurs, des arbitres, des soigneurs et des cadres, autrement dit des personnes directement concernées par le ballon rond. Mais ajoutons-y les “indirects”, les papas qui entraînent le fiston, les mamans qui lavent le short et le maillot et les petites copines qui ne manquent pas une seule rencontre et nous parvenons à une planète footballistique comptant un milliard d’êtres humains.

Mais avec ça, nous n’avons pas encore abordé la partie show-biz, comprenez les centaines de millions de spectateurs qui trépignent sur les gradins et devant leur écran de télé. En définitive et au bas mot, I’univers du ballon rond compte deux milliards de personnes.

Et que dire également des circuits économiques qu’il sécrète ? Les plus visibles et les plus connus englobent, évidemment, les salaires versés aux professionnels, les transferts, les ventes de billets, les droits télés, les recettes publicitaires et les subventions étatiques ainsi que les recettes de jeux divers et variés. A cela s'ajoutent les infrastructures techniques. Les stades doivent être équipés de haut-parleurs, de projecteurs, de tableaux d’affichage, de tribunes et autres parkings. Par ailleurs, les professionnels qui assurent le spectacle voyagent et leurs supporters aussi. Ils encourent donc des frais d’hôtel et de repas. Enfin, il y a tous les ouvrages publiés sur le football. Bref, l’un dans l’autre, le grand cirque du ballon rond règne sur un business évalué à plus de 200 milliards de dollars au niveau mondial. Et gageons que depuis la publication de cet article, ce chiffre a encore grimpé.

Et c'est dans ce contexte qu'en Allemagne, la tempête sur le conte de fée maquillée du Mondial 2006 est repartie de plus belle cette semaine.
Lundi, le chef de la Fédération allemande de Football a finalement été balayé par le scandale de corruption, autour de l'attribution de la Coupe du monde 2006. Il faut dire que sa propre implication dans l'affaire était trop problématique, pour qu'il puisse continuer de diriger la puissante fédération nationale de foot qui compte près de 7 millions de membres, rappelle DIE WELT.

Les preuves devenaient de plus en plus accablantes, renchérit le quotidien EISENACHER PRESSE. En clair et même si elle est tardive, près d'un mois après la révélation de l'affaire par l'hebdomadaire DER SPIEGEL, sa démission est logique. Reste qu'avec ce départ, le problème est encore loin d'être résolu. En particulier, la question principale demeure : la Coupe du Monde 2006 a-t-elle été achetée, oui ou non, interroge son confrère ESSLINGER ZEITUNG ?

Désormais, c'est au tour du président du Comité d'organisation du Mondial 2006, Franz Beckenbauer de se retrouver dans la ligne de mire, écrit le journal de Düsseldorf, RHEINISCHE POST. Or si d'ordinaire Beckenbauer est omniprésent dans les médias, officiant notamment comme consultant pour la chaîne Sky, depuis les accusations de corruption le «Kaiser» se fait discret. Il ne s'est exprimé qu'au travers de deux communiqués laconiques, le premier pour nier l'existence de pots-de-vin pour acheter des voix et le second pour admettre que le versement controversé de 6,7 millions d'euros à la FIFA avait été «une erreur». Pour le reste, le Pape du foot allemand l'a répété hier : ilréserve sa parole aux autorités compétentes mais ne s’exprimera pas en public.

German football legend Franz Beckenbauer.
German football legend Franz Beckenbauer. Crédits : Hazir Reka - Reuters

Et c'est bien là le problème, précise à son tour LE TEMPS de Genève, car Franz Beckenbauer est aujourd’hui l'un des rares à pouvoir éclairer toutes les zones d'ombre, sans se limiter d’ailleurs à la seule question du versement controversé de la Fédération Nationale de Football à la FIFA. Cette semaine, la tempête est en effet repartie de plus belle. Selon les quotidiens SÜDDEUTSCHE ZEITUNG et BILD, le nom de Beckenbauer apparaîtrait désormais sur un projet de contrat établi avec le sulfureux Jack Warner (ex vice président de la FIFA suspendu à vie depuis) et signé juste avant d'avoir obtenu son vote pour que l'Allemagne organise le Mondial. Selon une source proche du dossier, cet accord prévoyait notamment différents services, comme l'organisation de matches amicaux et l'attribution de tickets mais pas de bénéfices financiers directs.

Former FIFA vice-president Jack Warner.
Former FIFA vice-president Jack Warner. Crédits : Andrea De Silva - Reuters

Hier, Jack Warner a nié tout accord avec le Comité d'organisation du Mondial-2006 dirigé par Beckenbauer. Reste que cette affaire s'ajoute à la longue liste des tracas de la Fédération Nationale de Football. La veille, en prenant soin de ne pas citer directement la légende du football, le ministre allemand de l'Intérieur et des Sports a déclaré attendre une contribution de tous ceux qui peuvent apporter des éclaircissements, dans l'intérêt du football et du sport en général. Ou comment continuer à faire tourner des ballons ronds sur son nez.

Par Thomas CLUZEL

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