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L'ex président Laurent Gbagbo à l'ouverture de son procès à la CPI.

Le grand procès.

4 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo a plaidé non coupable, hier, des accusations de crimes contre l'humanité à l'ouverture de son procès devant la Cour pénale internationale (CPI).

L'ex président Laurent Gbagbo à l'ouverture de son procès à la CPI.
L'ex président Laurent Gbagbo à l'ouverture de son procès à la CPI. Crédits : POOL New - Maxppp

Hier, comme prévu, le grand procès ainsi que le surnomme le journal ivoirien FRATERNITE MATIN s'est ouvert à La Haye. A la barre, l’ex-chef d’État, Laurent Gbagbo et son fidèle lieutenant, Charles Blé Goudé. Et comme prévu, là aussi, face à leurs juges, les deux hommes ont plaidé « non coupables ». Quoi qu’il en soit, prévient son confrère de Ouagadougou LE PAYS, il faudra s’armer de patience pour connaître le sort qui leur sera réservé, puisqu'en principe, le verdict ne sera pas connu avant des années : trois à quatre ans, selon les fins connaisseurs de la procédure.

L'occasion de rappeler combien ce procès qui s'est ouvert hier est véritablement hors normes, souligne pour sa part L'OBSERVATEUR PAALGA. Sa durée, tout d'abord : selon certaines sources proches du dossier, il faudra à la procureure pas moins d'un mois, près de 552 heures, pour présenter ses milliers de preuves. Ensuite, la qualité de l’accusé : c’est la première fois qu’un ancien chef de l’État comparaît devant la Cour Pénale Internationale (CPI). Enfin les enjeux : si l’affaire est, certes, judiciaire elle n’en demeure pas moins politique. Elle sera notamment une tribune rêvée pour Gbagbo, lequel n'attend qu'une chose, révéler à la face du monde la face cachée de la crise ivoirienne. Des vérités, conclut le journal burkinabé, qui risquent de gêner, voire de compromettre, bien des personnalités et des gouvernements, à commencer par l’actuel locataire du palais de Cocody, le président Alassane Ouattara. Et ce sera, d'ailleurs, l'un des enjeux de ce procès.

La Cour Pénale Internationale devra apporter la preuve qu’elle ne roule pour aucun camp.

Le procès concerne deux camps mais la cour ne s’intéresse, en réalité, qu’à un seul. En clair, quand Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont poursuivis pour leur responsabilité présumée dans les violences qui ont endeuillé le pays pendant la crise postélectorale de 2010, en revanche, aucun suspect pro-Ouattara n’a été emprisonné et encore moins transféré à la CPI. Or évidemment, dans une crise comme celle qui a secoué la Côte d’Ivoire, on ne peut s’empêcher de penser qu’il est étrange d’avoir estimé que c’est un seul camp qui est jusque-là inquiété, quand bien même l’autre camp est lui aussi soupçonné d’avoir commis des atrocités.

Voilà qui confirme, quoi qu'il en soit, la partialité de la Cour et qui représente un argument de poids pour Laurent Gbagbo. Cela pourrait même constituer une situation atténuante en faveur des accusés, estime le journal BENIN MONDE INFOS repéré par le Courrier International. Deuxième argument en faveur de Laurent Gbagbo, les charges retenues contre lui ne sont pas encore confirmées. Mieux, la procédure pourrait continuer encore pendant un certain temps, ce qui pourrait permettre à l'ancien président de bénéficier d’une remise en liberté provisoire. Enfin troisième et dernier argument, il réside dans la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire, dont le président Ouattara a fait son cheval de bataille pour son second mandat.

Reste qu'un point ne favorise pas, toutefois, l'éventuelle remise en liberté de Laurent Gbagbo. La Constitution ivoirienne fixe l’âge limite pour se porter candidat à la fonction de chef de l’Etat à 75 ans. Ce qui signifie qu'âgé de 70 ans, si Laurent Gbagbo (lequel reste encore un candidat sérieux) sortait des geôles, il serait en mesure de briguer la magistrature suprême du pays. Et là, des règlements de comptes pourraient surgir. Voilà pourquoi il est probable que Gbagbo sera maintenu en détention tout le temps qu’il faudra, afin qu’il soit disqualifié pour la magistrature suprême à sa sortie de prison.

Sans compter, reprend LE PAYS, que si bien des gens, sans doute sous l’emprise de l’émotion, avaient vite fait de jeter la pierre sur l’enfant terrible de Mama, aujourd’hui et avec le recul, certains parmi eux ont le sentiment qu’ils sont allés trop vite en besogne. En clair, ceux qui, naguère, ne portaient pas Gbagbo dans leur cœur sont en passe de faire leur mea culpa.

Non seulement la part de responsabilité de la Cour Pénale Internationale est immense, mais elle joue par ailleurs sa crédibilité dans ce procès.

La CPI, c’est connu, est décriée par bien des observateurs. La procureure est accusée dans ce procès d'avoir lancé les poursuites de façon sélective, voire discriminatoire. Mais son prédécesseur était déjà, lui aussi, jugé partisan et même raciste dans le choix des individus contre lesquels il ouvrait des enquêtes et demandait des mandats d’arrêt. La Cour, précise le journal burkinabé, est en effet accusée, à tort ou à raison, de faire de l’acharnement concernant les Africains, pendant qu’elle regarde d’un œil distrait d’autres dirigeants dans le monde ôter des vies humaines.

La simple tenue de ce procès vient aussi rappeler aux dirigeants qu'ils peuvent, un jour ou l’autre, être amené à répondre de leur gouvernance.

On peut penser que le simple fait de devoir rendre compte aura pour effet de dissuader les dirigeants qui seront tentés de commettre des exactions sur leur peuple. Ce procès est une occasion, en somme, de sensibiliser les dirigeants sur la nécessité d’une gouvernance vertueuse. Chaque chef d’Etat devra, à l’occasion, comprendre notamment que son statut ne lui donne pas droit de vie ou de mort sur ses compatriotes, y compris ceux qui lui sont opposés. En d'autres termes, conclue LE PAYS, ceux qui n’ont jamais voulu que ce procès, comme bien d’autres, se tienne, doivent enfin comprendre qu’ils sont du mauvais côté de l’histoire.

Par Thomas CLUZEL

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