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Le jour d'après au Venezuela

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À retrouver dans l'émission

Un lendemain de scrutin qui suscite beaucoup d'inquiétudes dans la presse internationale.

"Violence et abstention marquent l'élection de la constituante'", titre ce matin le journal espagnol El Pais, qui suit la situation au Venezuela minute par minute.

Quotidien qui parle d'une douzaine de morts enregistrées depuis samedi soir.

Ce matin, le gouvernement vénézuélien fait état d'une participation de 41,5 %. "Le taux de participation est extraordinaire", selon Tibisay Lucena, la présidente du Conseil national électoral. Un enthousiasme qu'il s'agit de tempérer. L'opposition parle quant à elle de 12% de partiicpation. Le chiffre officiel est à prendre bien sûr avec énormément de précautions. L'envoyé spécial d'El Pais a constaté pour sa part hier que dans le centre de Caracas il n' y avait pas foule devant les bureaux de vote, juste de quoi faire en sorte que les caméras de la télévision officielle maquillent la réalité en filmant des files d'attente en plan rapproché.

Il n'est peut-être pas inutile, dans l'attente des résultats et du nouvel appel à manifester aujourd'hui, de rappeler quelques-uns des vices de forme qui entachent le scrutin. Les paramètres de l'élection excluent les candidatures issues des partis politiques, celles qui ont conduit à la victoire de l'opposition lors des législatives de 2015. Cela paraît logique. Les zones rurales, pro gouvernentales, seront sur-représentées : c'est ainsi, explique El Pais, qu'un vote dans une province rurale peut valoir jusqu'à 26 fois un bulletin déposé dans un bureau de l'anti chaviste Caracas. Grâce au mode de scrutin, combinant vote territorial et par secteurs socio-professionnels, 62% des 20 millions d'électeurs ont pu se prononcer deux fois, ce qui soulève d'autres interrogations sur la validité du résultat.

Nicolas Maduro veut enterrer la Carta magna, consitution de la République bolivarienne du Venezuela impulsée par Chavez en 1999. Cette critique n'est pas formulée par l'opposition mais par d'anciens chavistes, rédacteurs de ce texte ou comme la procureure en chef Luisa Ortega Diaz, qui est d'ailleurs dans le collimateur du pouvoir.

Le journal colombien El Espectador fait le tour des pays qui ne reconnaîtront pas la nouvelle constitution vénézuélienne et fait le compte des manifestations qui se sont déroulées hier, en même temps que le scrutin, que ce soit à Caracas, à Mexico, au Honduras, Porto Rico, entre autres.

Les gouvernements péruvien, panaméen, dominicain, chilien, condamnent cette élection qui viole les normes de la constitution et la volonté souveraine du peuple.

Aloysio Nunes, le ministre brésilien des Affaires étrangères, avertit le Venezuela qu'il va vivre un scénario d'anomie, dans la mesure où il aura à terme 2 ordres constitutionnels différents. J'avoue que je ne connaissais pas ce terme d'"anomie"... Concept élaboré par le sociologue Emile Durkheim. Définition dans le Larousse :

"État de désorganisation, de déstructuration d'un groupe, d'une société, dû à la disparition partielle ou totale des normes et des valeurs communes à ses membres." On ne saurait en effet mieux décrire ce qui se passe au Venezuela.

El Espectador cite enfin le seul chef d'Etat sud américain à faire entendre une voix distincte, le Bolivien Evo Morales : qui critique les prises de position de la Colombie, du Mexique et de Panama, des pays qu'il accuse d'être soumis aux États-Unis.

Alors justement, comment l'administration Trump réagit-elle à ce qu'elle considère comme une mascarade électorale ? Elle fait désormais peser la menace de nouvelles sanctions contre le secteur pétrolier vénézuélien, secteur qui rapporte 95% des devises au pays, rappelle le Wall Street Journal. Mais pas question pour l'heure d'envisager un embargo sur les exportations de Caracas : les raffineries américaines importent chaque jour 750 000 barils vénézuéliens.

Et les raffineurs américains exercent un lobby vigoureux contre cet embargo parce qu'ils ont besoin du pétrole brut vénézuélien. Jeudi dernier, dans une lettre adressée à Donald Trump, ils déclarent que limiter les importations ne ferait que déstabiliser le marché du pétole et avbotuir à l'augmentation du prix de 'l'essence à la pompe aux États-Unis.

L'option retenue serait donc celle du blocage des exportations de pétrole léger américain au Venezuela. Ce qui forcerait alors Caracas à importer ce produit d'Algérie ou du Nigéria, ce qui lui coûterait bien sûr beaucoup plus cher et augmenterait encore ses difficultés. Bref, Washington réfléchit à des sanctions mais en préservant ses intérêts.

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Moscou va expulser 755 membres diplomates américain en poste en Russie

C'est la réponse de Vladimir Poutine aux nouvelles sanction décidées par Washington.

Le président russe s'exprimait à la télévision hier soir. Le nombre de membres du corps diplomatique nord américain passerait à 455, c'est-à-dire exactement le nombre de leurs homologues russes aux États-Unis. Jamais, écrit le Washington Post, une mesure d'une telle ampleur n'avait été prise par Moscou, en tout cas depuis la révolution de 1917. Cette déclaration de Vladimir Poutine est intervenue lors du voyage du vice-président américian Mike Pence en Europe de l'est, Estonie, Géorgie et Monténégro. Celui-ci, interrogé par des journalistes à Tallinn, capitale estonienne, a bien précisé la pmoistion de Donald Trump : "les activités déstablisatrices de la Russie; son soutien à des régimes voyous, ses activités en Ukraine, sont inacceptables". et qu'il ne fait aucun doute que le locataire de la Maison blanche allait parapher le projet de loi sur les nouvelles sanctions qui viennent d'être adoptées par le Congrès.

A propos des personnels diplomatiques américains, le Washington Post précise que sur les 1 200 employés actuels, 333 seulement sont américains, ce qui limiterait le nombre de personnes expulsées vers les Etats-Unis.

Quoiqu'il en soit, c'est un moment-clé dans les relations américano-russes, selon Andrei Kolesnikov, journaliste pour Kommersant : " la patience de Vladimir Poutine est à bout et il commence juste à mettre en œuvre tout ce qu'il avait exclu jusqu'à maintenant. Le président russe ne s'en cache d'ailleurs pas : "il s'attend à ce que les relations entre les 2 pays se détériorent" et il peut envisager d'autres variantes de riposte.

Discours menaçant mais cela pourrait être pire : le président russe excelle à souffler le chaud et le froid. Il peut réagir avec encore plus de vigueur mais pour l'instant, il ne le fera pas.

C'est le Moscow Times qui l'affirme sur son site d'infos en ligne. Le président russe n'a en fait pas encore réagi à la dernière agression américaine. Cette mesure de réduction du corps diplomatique est une réponse différée à la mesure prise par Barack Obama en décembre 2016, l'expulsion de 35 diplomates russes.

Autrement dit, le gouvernement russe n'a pas dit son dernier mot. Et pourrait tenter de faire mal à la politique étrangère américaine, par exemple en s'alliant avec la Chine pour empêcher d'isoler la Corée du nord. Ou encore, ajoute le Moscow Times, en sapant les efforts militaires américians en Afghanistan en founissant de l'aide aux talibans.

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