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Drapeaux européen et ukrainien

Le non des Néerlandais amorce-t-il un dangereux effet domino ?

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le non néerlandais à un accord entre l'UE et l'Ukraine est un camouflet pour l'unité européenne. Les eurosceptiques saluent, eux, une motion de défiance envers Bruxelles quelques mois avant le vote sur un éventuel Brexit.

Drapeaux européen et ukrainien
Drapeaux européen et ukrainien Crédits : Valentyn Ogirenko

Cette semaine les Néerlandais étaient appelés à se prononcer, par référendum, sur un accord visant à renforcer le dialogue politique et les échanges économiques entre l'Union Européenne et l'Ukraine. Et dans la mesure où tous les autres Etats de l’Union qui se sont prononcés jusqu'à présent ont ratifié cet accord (déjà mis en application de manière provisoire), ce référendum uniquement consultatif ne semblait pas, à première vue, constituer un évènement déterminant pour l'avenir du projet européen.

Et pourtant, contrairement aux apparences, l'analyse de ce vote se révèle extrêmement intéressante à plus d'un titre. Tout d'abord, historiquement, rappelons qu'en 2013, la volte-face de l'ancien président ukrainien Ianoukovitch, qui sous la pression de Moscou avait renoncé au dernier moment à signer justement cet accord, avait provoqué le soulèvement du Maïdan et les conséquences que l'on connaît. Autant dire que cet accord représente aujourd'hui une nouvelle ère pour l'Ukraine, précise LE TEMPS de Lausanne. Et c'est aussi la raison pour laquelle, les autorités ukrainiennes qui depuis des mois redoutaient cette consultation avaient même orchestré une campagne de séduction pour tenter de convaincre les Néerlandais d'approuver cet accord. Sauf que rien n’y a fait puisqu'aux Pays-Bas, les rares électeurs qui sont allés voter cette semaine (environ 32 % de l’électorat, c'est à dire juste assez pour que le résultat soit validé) se sont prononcés majoritairement (61,1 %) contre cet accord d’association entre l’UE et l’Ukraine. D'où la tentative du gouvernement ukrainien, déjà ébranlé par plusieurs affaires (dont les "Panama Papers"), d'essayer aussitôt après ce vote de faire bonne figure. Le président lui-même s’est voulu rassurant, commente sur son site l’hebdomadaire DZERKALO TYJNIA, cité par le Courrier International. Porochenko s’est dit convaincu que les résultats du référendum aux Pays-Bas ne constitueront pas un obstacle à l’intégration européenne de l’Ukraine.

L'autre enseignement de ce vote, c'est le dilemme important auquel se retrouve à présent confronté le gouvernent néerlandais. Car si ce référendum n'était pas contraignant mais strictement consultatif, certains estiment que les autorités ne peuvent pas, pour autant, ignorer les résultats du vote. Deux options s'offrent désormais au Premier Ministre : s'il suit le résultat du plébiscite, il va falloir qu’il renégocie le traité à Bruxelles, explique DE VOLKSKRANT. Et si, en revanche, il décide d'ignorer le résultat, ou s’il ne négocie que quelques modifications mineures au traité, alors il risque de s’attirer les foudres de tous ceux qui interpréteront cette solution comme une confirmation que la course du train européen est effrénée et qu’il fait fi du vote des citoyens. Ce faisant, cette solution pourrait s'avérer de très mauvais augure pour les élections législatives prévues l'an prochain aux Pays-Bas, tous les sondages donnant les eurosceptiques grand favoris. Et d'ailleurs, rappelle encore le journal, ce sont justement des mouvements citoyens eurosceptiques qui avaient obligé le gouvernement à organiser ce référendum. En d'autres termes, le résultat d'hier témoigne à la fois d’une défaite, sur le plan politique, pour le gouvernement, mais aussi d'une défaite, sur le plan sociétal, des Néerlandais cosmopolites par rapport aux Néerlandais eurosceptiques.

C'est également l'analyse défendu par un historien britannique interrogé dans les colonnes du quotidien KYIV POST. Pour lui, ce résultat aura de graves implications à long terme à différents niveaux. Tout d'abord, ce résultat sape le processus de réforme en Ukraine. Par ailleurs, ce référendum a prouvé que les Néerlandais ne sont pas aussi libéraux qu’on le pensait. Enfin il vient démontrer une nouvelle fois combien les élites européennes sont aujourd'hui coupées de leurs populations.

Et c'est là le dernier enseignement de ce vote, ce non néerlandais sanctionne, en réalité, avant tout Bruxelles. Les Néerlandais ont dit non à l’incapacité de Bruxelles à réconcilier les citoyens avec les institutions européennes, analyse à nouveau LE TEMPS. Car ne nous y trompons pas, si ce vote avait eu lieu à l’échelle européenne, le résultat aurait probablement été le même. L’issue de ce référendum confirme donc la désaffection pour l’Europe. La gestion chaotique de la crise des réfugiés, l’incapacité de trouver une réponse à la crise économique et plus particulièrement au chômage des jeunes, sans oublier les manquements dans la lutte contre le terrorisme et l’insécurité sont autant de raisons de l’affront fait aujourd'hui à Bruxelles.

En somme, il semble que les Néerlandais ont dit non à l'élite européenne davantage qu'au traité avec l'Ukraine, et cela juste avant le référendum britannique sur l’adhésion à l’UE, déplore le journal italien Il SOLE. En disant non, les Pays-Bas risquent ainsi de donner le ton pour les Britanniques et le « Brexit », note à son tour le blog LOST IN EU. Et de rappeler que cela s'est même déjà produit en 2005, puisqu'à l’époque, ils avaient été à l’origine du rejet du projet de Constitution européenne. Et voilà pourquoi, à son tour, le quotidien libéral LA STAMPA craint que ce vote n’amorce un dangereux effet domino.

Cette semaine, conclue DE VOLKSKRANT, les électeurs néerlandais ont donc réalimenté les doutes quant à l’avenir du projet européen. Et le gouvernement se retrouve désormais confronté à l’immense défi de transformer ce résultat en une décision concrète, qui ne viendra pas décupler l’ire populaire. Mais déjà la déception semble inéluctable. En clair, on risque d’être entrainé dans le cercle vicieux de l’euroscepticisme. Car quelle que soit l’action privilégiée par le gouvernement, le camp du non interprètera toute concession faite par l’Europe comme une simple mesure cosmétique et une confirmation de la situation actuellement décriée, à savoir que les Pays-Bas n’auraient en réalité plus voix au chapitre. Ceci vient donc conforter le sentiment qu’il y a des raisons valables aujourd’hui d’être en colère. En revanche, si le référendum a permis d’exprimer cette colère, il n’a certainement pas contribué à soulager la pression.

Par Thomas CLUZEL

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