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Le pire attentat qu’ait connu Beyrouth depuis 1990

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le double attentat au Liban qui a fait au moins 41 morts et plus de 200 blessés et les conclusions du sommet à Malte entre l'UE et l’UA pour tenter d'endiguer les mouvements migratoires vers le nord.
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Après l'une des deux explosions dans le Sud de Beyrouth le 12 novembre 2015. Crédits : KHALIL HASSAN

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Le spectacle est apocalyptique. Sur les lieux du double attentat, dans l'étroite ruelle commerçante, le sang des victimes n'a pas encore séché. Ici, il est partiellement recouvert de carton, pudeur oblige et quelques mètres plus loin, il se mélange aux débris de vitres qui jonchent le sol et aux chaussures dépareillées. L'alarme d'une voiture défoncée n'en finit pas de sonner, sous une façade éventrée par le souffle de l'explosion. Des voisins se retrouvent et s'enlacent. D'autres, pendus à leur téléphone portable, se frappent la tête en signe de désespoir. Des heures après le drame, des habitants n'ont toujours pas quitté leur balcon. D'autres errent, à la recherche d'un proche à consoler ou d'un voisin avec lequel partager sa colère.

Et puis, d'abord muettes, les langues se délient, peut-on lire ce matin dans les colonnes de L'ORIENT LE JOUR. « Il était 17h30, lorsque deux kamikazes, descendus d'une mobylette, se sont fait exploser devant la boulangerie, raconte un partisan du Hezbollah. Mais seule la ceinture d'explosifs de l'un d'entre eux a été actionnée, tuant les deux hommes, dit-il. C'est alors qu'un troisième kamikaze s'est mis à courir vers la mosquée. « Ce porc a ouvert sa veste en hurlant Allah Akbar ! » crache un autre habitant. Le kamikaze s'est alors fait exploser en pleine rue, à l'entrée du lieu de culte et de l'école, trois minutes à peine après la première explosion», comme en témoigne d'ailleurs une vidéo publiée ce matin sur le site d'information libanais NOW.

Il y a quelques jours, reprend le quotidien de Beyrouth, L’ORIENT LE JOUR, les craintes d'attaques terroristes au Liban avaient resurgi. Mais nul ne s'attendait à ce que ces craintes soient aussitôt confirmées par un double attentat, au cœur même de la banlieue sud de la capitale.

Quoi qu'il en soit, les mobiles de cette attaque revendiquée par l'organisation Etat Islamique semblent ne souffrir aucune contradiction ce matin : en cause, l'engagement du Hezbollah en Syrie, qui devait nécessairement entraîner des représailles, s'exprimant par des coups portés au talon d'Achille de la formation chiite, c'est à dire sa base populaire. Seule la question du timing soulève quelques interrogations, relève toujours le journal. D'aucuns l'ont lié aux pourparlers sur la Syrie qui doivent s'ouvrir à Vienne. Mais il peut tout aussi bien et surtout s'expliquer par les développements sur le terrain en Syrie, où l'Iran et le Hezbollah qui soutiennent les forces du régime de Damas ont récemment mis tout leur poids dans la balance, pour faire des avancées à ce niveau. On raconte que près de 5 000 membres du Hezbollah ont été dépêchés à cette fin en Syrie, ce qui a permis au régime de récupérer certaines positions qu'il avait perdues. À moins que cela ne soit, tout simplement, une riposte à l'attentat qui a visé un rassemblement d'ulémas sunnites syriens, la semaine dernière.

Et puis l'autre titre à la Une de la presse ce matin, ce sont les conclusions du plan d'action décidé hier à Malte, entre les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE et des pays d'Afrique, pour tenter d'endiguer les mouvements migratoires vers le nord.

Quand les uns jugent les propositions insuffisantes au regard de l'ampleur de l'exode, les autres ne mâchent pas leurs mots contre cette Europe qui, selon eux, trahit ses valeurs fondamentales pour élever un peu plus encore la muraille à ses frontières. Trop tard et trop peu, voilà comment le quotidien de Vienne DIE PRESSE résume tout d'abord l'intervention de l'UE à Malte. Les mesures prises à la hâte vont, certes, dans le bon sens, dit-il, qu'il s'agisse du déblocage de moyens financiers ou de la protection des frontières. Sauf que le fonds pour l'Afrique, élaboré par la Commission, doté de 1,8 milliards d'euros est une somme ridicule compte tenu de l'ampleur des tâches à accomplir. Il n'est qu'une goutte dans l'océan. D'autant qu'à l'issue de ce sommet, les Vingt-Huit états membres invités à alimenter ce fonds à hauteur équivalente n'ont fait des promesses de dons que pour 78 millions. Une paille.

Mais pis encore, ce plan relève d'un marchandage cynique, peut-on lire encore sur le portail OPEN DEMOCRACY. En clair, s'insurge lui aussi le quotidien de Malte THE TIMES, l’Union Européenne s'est contentée d'agiter du cash à la figure des dirigeants africains, pour leur demander, en échange, d'une part de dissuader les jeunes à se rendre en Europe et d’autre part de reprendre ceux dont les demandes d’asile ont été déboutées.

Et d'ailleurs, les quelques chefs d’Etat africains qui avaient accepté l’invitation ne s’y sont pas trompés : s’ils ont bien dû signer ce plan d’actions, ils ont aussi dénoncé un jeu de dupes, précise LE TEMPS de Genève. Si l’on admet qu’une grande partie de cette migration est d’ordre économique, alors la solution passe par un soutien au développement beaucoup plus significatif et en particulier une véritable ouverture au commerce mais aussi une révision, par exemple, de la fiscalité de ces multinationales occidentales qui se nourrissent des matières premières de l’Afrique mais sans contribuer à sa prospérité. « L’évasion fiscale représente un manque à gagner de 60 milliards de dollars pour le continent, a notamment rappelé le président sénégalais. Ce qui dépasse de loin l’aide au développement versée à l’Afrique ». Or ce sont, justement, les inégalités qui nourrissent le rêve européen de ces migrants-là. Sans compter qu'en dépit de sa pauvreté, le continent noir assume, en réalité, la plus grande partie des réfugiés au monde : seul un réfugié sur dix, part aujourd'hui en Europe.

Par Thomas CLUZEL

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