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Des spectateurs fuient les lieux de la fusillade, lors d'un concert de musique country à Las Vegas

Le pire est toujours sûr

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Au moins 59 personnes ont été tuées et 527 autres blessées par un tireur qui a pris pour cible une foule assistant à un concert de musique country à Las Vegas, ce qui en fait la fusillade la plus meurtrière de l'histoire contemporaine des Etats-Unis.

Des spectateurs fuient les lieux de la fusillade, lors d'un concert de musique country à Las Vegas
Des spectateurs fuient les lieux de la fusillade, lors d'un concert de musique country à Las Vegas Crédits : DAVID BECKER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP - AFP

Au début, il y eut un bruit fracassant et crépitant, rapporte ce matin THE NEW YORK TIMES. Une première salve de tirs automatiques qui durera une éternité, 9 secondes, tandis que sur la scène du festival en plein air, l’orchestre de musique country, lui, continuait de jouer. On aurait dit un feu d'artifice.

Lorsque les premiers cris se sont fait entendre, lorsque les premières victimes ensanglantées se sont effondrées, c’est alors que parmi la foule immense, 22 000 spectateurs jusque-là incrédules, chacun a commencé à prendre conscience de la tragédie. Melissa, 41 ans, raconte qu'elle buvait et riait avec ses amis lorsqu'un homme est tombé près d'elle avec une balle dans le cou. «Il y avait du sang partout", dit-elle. Et puis soudain, c'était le chaos total». Beaucoup suivront leur instinct en se couchant ou simplement en s’accroupissant, ne sachant pas qu'ils restaient ainsi encore exposés au tireur, embusqué à la fenêtre du 32ème étage d’un hôtel casino. Brusquement, le son des rafales s'est ensuite arrêté. 37 secondes, pendant lesquelles certains en profiteront pour se précipiter sur les sorties. La fuite vers la sécurité. Le moment où les uns piétinent les autres. Un faux répit, en réalité, puisque par deux fois, le tireur recommencera. Jamey, 66 ans, elle s'est mise à ramper sur le ventre au moment de la deuxième rafale. «Nous n'avions aucune idée de l'endroit où nous allions. On n'arrêtait pas d'entendre des coups de feu. C'était comme s'ils nous suivaient ». C’est à cet instant que sa sœur, Cindy a appelé son mari, Steve, qui lui était resté à l'hôtel. Le hasard a fait qu'il se trouvait au 32ème étage, le même que le tireur. De sa chambre, il regardait impuissant le carnage se dérouler sous ses yeux, tout en hurlant à sa femme au téléphone : «Sortez, il n'est pas là-bas, il est ici». «C'était le jour le plus effrayant de toute ma vie».

Ce matin, le bilan encore provisoire fait état d'au moins 59 morts et 527 blessés, soit la fusillade de masse la plus meurtrière de l'histoire des Etats-Unis, précise THE WASHINGTON POST. Dans le portrait qu'il dresse du tueur, le quotidien explique que Stephen Craig Paddock, 64 ans, était un type comme un autre. Si son père était un ex braqueur de banque diagnostiqué comme «psychopathe», lui, en revanche était un ancien comptable à la retraite, à la vie paisible qui aimait jouer au casino et manger des burritos. Hier soir, les forces de l'ordre ont déclaré qu'elles n'avaient toujours pas la moindre idée du mobile. Sauf que la confusion sur les motivations du tueur a encore été renforcée après que Daech a posté une revendication via son canal de propagande habituel. Stephen Paddock y est décrit comme un soldat du Califat, converti il y a plusieurs mois. De son côté, le FBI a indiqué qu'aucun lien avec une organisation terroriste internationale n'avait été établi pour le moment.

Dans la chambre d'hôtel où il s'est suicidé, la police a tout de même retrouvé un véritable arsenal à ses côtés, précise à nouveau THE NEW YORK TIMES : 23 armes, dont certaines semi-automatiques. A cela, il faut encore ajouter une vingtaine d'armes à feu supplémentaires, des explosifs et plusieurs milliers de munitions retrouvés dans sa maison, ainsi que du nitrate d'ammonium, un engrais parfois utilisé pour fabriquer des bombes, caché dans sa voiture.

Enfin comme après chaque nouvelle fusillade de masse aux Etats-Unis, la tuerie a aussitôt relancé le débat sur la question du contrôle des armes. Ce dont nous avons le plus besoin ce n'est pas de pleurer les victimes (allusion à l'allocution hier de Donald Trump) mais d'agir pour faire baisser le nombre de morts par armes à feu, écrit un ancien procureur américain dans les colonnes du GUARDIAN. Les pensées et les prières ne suffisent plus. Avec les images inoubliables d'une foule sans défense et paniquée, qui court pour sauver sa vie, nous avons le choix, dit-il : sommes-nous prêts à accepter ces scènes comme autant de compromis pour assurer un accès sans entrave aux armes à feu ou bien trouverons-nous, enfin, le courage de dire : Assez !

Avant la tragédie de Las Vegas, déjà, une autre polémique avait vu le jour aux Etats-Unis. La veille, alors que le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, était en visite à Pékin et venait d’annoncer que des lignes de communication avaient été ouvertes dans l’espoir d’entamer des discussions avec Pyongyang, Donald Trump, lui, avait tweeté : «Garde ton énergie Rex, nous ferons ce qu’il y a à faire ! Tu perds ton temps à négocier avec little rocket-man». Et comme on l’imagine, il n'en fallait pas davantage pour que la presse, à l'instar de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG ahurie d'une situation qui pousserait presque à sourire s'il elle n'était pas si sérieuse, se désole de ce retour à la case départ, alors même que pour la première fois depuis longtemps, écrit le journal, le conflit semblait perdre en intensité. Quant au WASHINGTON POST, il note que si Trump et son secrétaire d'Etat espéraient ainsi nous rejouer la scène du bon et du mauvais flic, non seulement cela ne fonctionne pas, mais pis encore, ce message pourrait avoir des conséquences dévastatrices.

Et décidément, même les anniversaires ne semblent pas de nature, ce matin, à nous rassurer. Alors que l'Allemagne fête aujourd'hui le 27ème anniversaire de sa réunification, comme chaque année les analyses et autres schémas comparatifs fleurissent dans toute la presse outre-Rhin. On y compare les régions de l'ancienne Allemagne de l'Est avec celles de l'Ouest, tout y passe, les salaires, la moyenne d'âge, les mètres carrés disponibles par habitant. En revanche, s'il y a bien un endroit où l'Est et l'Ouest sont unis, c'est dans le racisme, écrit la rédactrice en chef de la TAGESZEITUNG, laquelle revient évidemment sur les résultats de l'AfD aux élections législatives, des résultats sensiblement identiques des deux côtés de l'ancienne frontière.

D'où cet édito, à lire cette fois-ci dans LE TEMPS et intitulé : La banalisation du national-populisme. Election après élection, les digues sautent les unes après les autres. Après la percée de l’AfD, c’est le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) qui devrait confirmer le 15 octobre à Vienne son rang de deuxième force politique du pays, avec de bonnes chances de participer à une nouvelle coalition au pouvoir. Enfin comme si cela ne suffisait toujours pas, L'ESPRESSO nous annonce, lui, un prochain scrutin à haut risque, en Italie. Notre tour arrive au printemps prochain, prévient l'hebdomadaire. Or si chez nos voisins les partis d’extrême droite ont suscité une sorte de barrière éthique de la part des électeurs, chez nous, le populisme, dit-il, est désormais devenu la norme. Ou quand le pire est toujours sûr.

Par Thomas CLUZEL

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