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Travailleur installant le drapeau américain lors d'un meeting de campagne.

Le premier choc des deux Amérique.

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Le long rituel de l'élection du président des États-Unis débute aujourd’hui dans l’État de l'Iowa, où les électeurs vont se réunir lors d'un "caucus" et engager le processus de désignation des candidats de chaque parti. Les primaires s'achèveront en juin.

Travailleur installant le drapeau américain lors d'un meeting de campagne.
Travailleur installant le drapeau américain lors d'un meeting de campagne. Crédits : Brian Snyder - Maxppp

Comme tous les quatre ans, les électeurs américains de l'Iowa seront les premiers à voter, aujourd'hui, aux primaires en vue de la présidentielle. Voilà plus de 40 ans, maintenant, que cet Etat du Midwest se bat pour maintenir ce privilège qui lui permet d'exercer une influence démesurée par rapport à sa population de seulement trois millions d'habitants. Dans l'Iowa, où trois électeurs sur cinq sont évangéliques et votent avant tout pour les républicains, l'enjeu ne sera pas d'évaluer le rapport de forces entre démocrates et républicains mais plutôt de décanter une situation encore très confuse dans chacun des deux camps.

La bagarre commence, c'était le titre il y a quelques jours à la Une du magazine THE ECONOMIST. A droite, sur le ring, le milliardaire Donald Trump montre les muscles avec son slip et ses chaussures du même jaune que sa chevelure. A ses côtés, ses principaux rivaux républicains, Ted Cruz et Marco Rubio, ne font pas franchement le poids. Et puis toujours sur le ring mais à gauche, cette fois-ci, les deux grands prétendants à l’investiture démocrate : Hillary Clinton, perchée sur les cordes et prête à bondir et Bernie Sanders pressé d'en découdre. Sauf que le plus révélateur, sur ce dessin de Une se passe, en réalité, hors du ring. L’Oncle Sam et la Statue de la liberté, deux symboles de l’Amérique, regardent le spectacle avec effroi. Ou quand la politique américaine prend un tournant dangereux, écrit l’hebdomadaire britannique.

C'est également le sens de cette tribune, à lire dans les colonnes du HUFFINGTON POST repéré par le site BIG BROWSER et signée de l'intellectuel américain Noam Chomsky. Face au virage très droitier pris par le Parti Républicain, le linguiste et philosophe radical, qui n'a jamais été tendre avec la classe politique de son pays, s'est fait une raison : il faut un vote stratégique, dit-il, pour éviter le pire. Aujourd'hui, le Parti républicain est sorti de ses gonds. Il est devenu ce que les analystes politiques conservateurs appellent une insurrection radicale.

Et c'est vrai que de nombreux intellectuels mettent en garde, aujourd'hui, contre le risque que représente notamment Donald Trump pour le mouvement conservateur. Pas plus tard que la semaine dernière, le magazine pourtant de référence des conservateurs américains NATIONAL REVIEW publiait même un numéro spécial sous ce titre on ne peut plus explicite : contre Trump. Et puis les intellectuels conservateurs ne sont pas les seuls à prendre position. Il y a un peu moins de deux semaines, une pétition titrée “Stop Hate, Dump Trump” (“Halte à la haine, débarrassons-nous de Trump”) a été mise en ligne, relève le Courrier International. Une pétition signée par plusieurs grandes personnalités.

Le problème, prévient pour sa part le magazine SLATE, c'est que si les Américains sanctionnent généralement l’extrémisme dans les urnes, le principal adversaire de Trump dans cette primaire, Ted Cruz, pourrait coûter la Maison-Blanche aux Républicains lors de la prochaine présidentielle. D'où la stratégie de certains élus et cadres du parti, qui en bons praticiens de la politique, voient en Trump une force avant tout malléable, qui fait appel à une rhétorique qui n’est pas si éloignée de la leur. En clair, s’il faut faire appel au racisme pour gagner, peu importe. Et si jamais Trump va trop loin, ils pourront toujours le désavouer. Ou, du moins, c’est ce qu’ils espèrent.

Dans le camp démocrate la bataille est serrée, là aussi, entre les deux principaux candidats : Hillary Clinton et Bernie Sanders.

Hillary Clinton en est consciente, le caucus de l’Iowa qui a lieu aujourd’hui pourrait avoir de fortes incidences sur la suite de la campagne électorale. Selon le quotidien local Des Moines REGISTER, l’ex-patronne de la diplomatie avait une faible avance sur son rival inattendu Bernie Sanders. Mais le socialiste démocratique du Vermont reste une menace prise très au sérieux dans le camp Clinton. Une défaite de l’ex-sénatrice en Iowa ainsi que dans le New Hamsphire, la semaine prochaine, pourrait changer la dynamique de l’investiture.

Et puis une autre menace pourrait aussi faire dérailler son chemin vers la Maison-Blanche, précise le correspondant du TEMPS de Lausanne : la messagerie privée qu’elle a utilisée quand elle était secrétaire d’Etat. La semaine dernière, le Département d’État a déclaré que dans les dizaines de milliers de courriels d’Hillary Clinton qu’il devait publier, vingt-deux courriels ne le seront pas. Ils contiennent des informations ultra-secrètes. Or cette révélation contredit ce que l’ex-secrétaire d’État avait déclaré au début de la polémique: que sa messagerie ne contenait aucune information classifiée. La nouvelle a été mal prise par le camp de la démocrate moins de trois jours avant le caucus de l’Iowa. Elle met à nouveau en lumière l’un des principaux écueils pour l’ex-First Lady: nombre d’Américains ne lui font pas confiance.

De son côté, le candidat socialiste à la primaire démocrate, Bernie Sanders, ne cesse de grimper dans les sondages en grande partie grâce au soutien des plus jeunes. Évidemment, qu’un vieux sénateur bourru du Vermont âgé de 74 ans et prompt aux discours-fleuves et passionnés sur les millionnaires et les milliardaires, exerce un magnétisme sur des étudiants natifs de l’ère numérique qui ont le quart de son âge, voilà qui n’était pas gagné quand Sanders a lancé sa campagne il y a huit mois et demi, écrit THE BOSTON GLOBE. Mais à mesure qu’il a rattrapé son retard sur Hillary Clinton dans l’Iowa et qu’il l’a même dépassée d’une courte tête dans le New Hampshire, les sondages montrent que Bernie Sanders séduit surtout les jeunes électeurs. Il va maintenant devoir s’assurer que ces électeurs, moins enclins que leurs aînés à mettre leur bulletin dans l’urne, se déplaceront le jour du vote.

En fin de compte, reprend le magazine SLATE, comme en 2008, les démocrates américains ont le choix entre une combattante d'un côté et un homme qui rêve de l'autre. Clinton se met en avant comme une «combattante» pour les intérêts des citoyens ordinaires, une posture qui met en exergue les compétences et l’expérience, ses principaux atouts. Sanders, lui, a un autre objectif. Il veut que vous imaginiez une Amérique meilleure.

Récemment, le célèbre fabriquant de glace américain Ben & Jerry’s a même créé un nouveau parfum en soutien à la campagne du candidat démocrate socialiste à la présidentielle américaine : “Bernie’s Yearning” (désir de Bernie), tel est le nom de la dernière création du fabricant de glace. Mais attention, il ne s’agit pas d’une glace classique. Cette glace, précise THE LOS ANGELES TIMES, composée d’une crème glacée à la menthe et d’une couche de chocolat noir est une glace participative. En clair, la couche de chocolat située sur le dessus du pot symbolise les gains économiques engrangés par les 1 % les plus riches depuis la fin de la récession. La crème glacée à la menthe symbolise les autres, les 99 %. Et les instructions pour la déguster sont précises : les amateurs doivent casser la couche de chocolat durcie en plusieurs morceaux puis mélanger les morceaux de façon plus équitable avec le reste de la crème glacée.

Par Thomas CLUZEL

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