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Le sable et la guerre sont partout.

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : les mafias du sable, l’offensive terrestre au Yémen et la tempête qui étouffe le Moyen-Orient.
Hormis l’eau et l’air, quelle est la ressource naturelle la plus consommée par les êtres humains ?
Réponse : le sable. Plus de 40 milliards de tonnes de sable et de gravier sont utilisées annuellement dans le monde. La quantité exploitée s’accroît de manière exponentielle. La demande est même si importante, que des rives et des plages en sont aujourd'hui dépouillées. D'où cet article passionnant de la revue américaine WIRED, publié sur le site du Courrier International et intitulé : au cœur des mafias du sable.

A labourer stacks bricks on his head at the construction site of a residential complex in Kolkata.
A labourer stacks bricks on his head at the construction site of a residential complex in Kolkata. Crédits : Rupak De Chowdhuri - Reuters

Car si aujourd'hui le sable est le composant essentiel d’un vaste éventail de produits (détergents, cosmétiques, panneaux solaires) il est surtout à la base de toute construction : une structure en béton n’est en effet rien d’autre que des tonnes de sable et de granulats, liées par du ciment. Ou dit autrement, notre civilisation est donc toute entière édifiée sur du sable. Et c'est ainsi qu'avec le boom mondial de l’immobilier qui a eu lieu ces dernières années, les myriades de mégalopoles qui se développent, de Lagos à Pékin, absorbent des quantités sans précédent. L’extraction du sable représente aujourd’hui une industrie de 70 milliards de dollars par an. A Dubaï, notamment, de gigantesques programmes de poldérisation mais aussi la construction de tours vertigineuses ont épuisé les ressources des environs, au point que désormais ce sont les Australiens qui vendent du sable aux Arabes. Sauf que le sable est une ressource limitée comme les autres. Et voilà pourquoi face à une telledemande, des mafias ont surgi, prêtes à tout pour faire main basse sur ce matériau.

Aujourd’hui, au moins une dizaine de pays, dont la Jamaïque et le Nigeria, sont victimes de bandes criminelles qui draguent des tonnes de sable par an pour le vendre au marché noir. Au Maroc, par exemple, la moitié du sable employé dans le secteur de la construction est extrait illégalement et des pans entiers de plages disparaissent. Mais nulle part la lutte pour le sable dans le monde n’est aussi féroce qu’en Inde, précise toujours la revue américaine. Ces dernières années, les batailles contre et entre les mafias du sable y ont fait des centaines de morts, parmi lesquels des policiers, des fonctionnaires mais aussi des citoyens ordinaires.

Fort heureusement, de temps à autre, l’Inde prend des mesures pour tenter de mettre fin au pillage. Sauf que dans un vaste pays de plus de 1 milliard d’habitants, les mesures de répression même les mieux intentionnées se retrouvent bien souvent contrecarrées par la corruption et la violence. Et tant qu'il existera un problème d’offre et de demande (si la fourniture durable de sable est limitée, la demande, elle, ne l’est pas du fait notamment de l’usage massif du ciment dans la construction), les mafias du sable continueront à prendre de ampleur. Et l'article d'en conclure sur ce constat aussi implacable que mortel : le sable est partout.

La bataille du sable, se pourrait être également le nom donné à la vaste offensive qui se prépare actuellement dans le Nord du Yémen.
Au moins 31 personnes ont été tuées hier au Yémen dans des raids de la coalition arabe sunnite contre les rebelles chiites Houthis. Mais surtout, après des mois de bombardements aériens, la coalition s’engage désormais de plus en plus massivement au sol. La presse du Golfe, qui s’était faite relativement discrète sur le sujet jusqu’à présent, ne fait plus secret du fait que la campagne de bombardements aériens, commencée en mars dernier, a bel et bien évolué vers une guerre terrestre.

A fighter of the anti-Houthi Popular Resistance Committees stands on a truck during fighting with Houthi fighters near Yemen's n
A fighter of the anti-Houthi Popular Resistance Committees stands on a truck during fighting with Houthi fighters near Yemen's n Crédits : Stringer. - Reuters

Les Arabes massent des troupes au Yémen en préparation de la bataille pour libérer Sanaa, titre notamment en une le journal saoudien ASHARQ AL AWSAT. 1 000 soldats du Qatar, avec 200 blindés et autres équipements lourds, rejoignent les troupes saoudiennes, mais aussi des Emirats et de Bahreïn, titre de son côté AL HAYAT, l'autre grand titre de la presse saoudienne. Des renforts qui porteraient à 10 000 le nombre de soldats au sol de la coalition. Et puis à ces troupes étrangères s’ajoutent également les Yéménites loyalistes, qui se battent déjà sur le terrain, officiellement, pour soutenir le retour du président Hadi, actuellement en exil en Arabie Saoudite.

Toujours est-il que cette intervention terrestre marque incontestablement un tournant dans ce conflit, entre pays arabes sunnites et rebelles Houthis soutenus par l’Iran. En revanche, là où la coalition avait évolué dans un environnement plutôt favorable dans le Sud du Yémen, il en sera tout autrement dans le Nord. Et le site d'AL JAZIRA d'en conclure : la bataille pour Sanaa s’annonce beaucoup plus difficile et violente que celle qui avait permis de reconquérir Aden cet été.

Et puis comme si la guerre ne suffisait pas, le sable, encore lui, étouffe aujourd’hui le Moyen Orient.
Le Moyen Orient noyé sous une tempête de sable. C’est le titre de cet article à lire sur le site de USA TODAY. Hier et pour la deuxième journée consécutive, les nuages de sable ont obscurci le ciel d'une grande partie d’Israël, mais aussi de la Syrie, de l'Egypte, du Liban, de la Jordanie, des territoires palestiniens, de l'Irak et de certaines parties de la Turquie.

A Palestinian stands inside the remains of a house, during a sandstorm in Gaza.
A Palestinian stands inside the remains of a house, during a sandstorm in Gaza. Crédits : Suhaib Salem - Reuters

La tempête jugée exceptionnelle par sa densité pour cette période de l'année est à ce point gigantesque qu’elle peut-être vue depuis l’espace. On dénombre pour l’instant près d’une dizaine de décès. La tempête affecte en particulier les réfugiés syriens vivant dans des camps. Seule bonne nouvelle, depuis lundi la tempête a également paralysé en Syrie les avions du régime.

Par Thomas CLUZEL

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