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Cérémonie de solidarité avec les Chrétiens d'Egypte, victimes d'un double attentat en Egypte

Le terrorisme djihadiste est-il devenu normalité ?

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Saint-Pétersbourg, Stockholm, Tanta ou Alexandrie. En une semaine, le sang versé nous ramène toujours à cette même réalité : La peur omniprésente, aujourd'hui, du terrorisme islamiste.

Cérémonie de solidarité avec les Chrétiens d'Egypte, victimes d'un double attentat en Egypte
Cérémonie de solidarité avec les Chrétiens d'Egypte, victimes d'un double attentat en Egypte Crédits : MAJDI FATHI / NURPHOTO

Londres, Saint-Pétersbourg, Stockholm, Tanta ou Alexandrie. En quelques semaines à peine, toutes ces villes, les unes après les autres, auront fait la Une de l'actualité. Et à chaque fois, le sang versé nous ramène toujours à cette même réalité : La peur omniprésente partout, aujourd'hui, du terrorisme islamiste. Et pourtant, déjà, des précautions s'imposent. Si en Grande Bretagne comme en Egypte, l'organisation Etat islamique a bien revendiqué ces attaques, en Russie, en revanche, les motivations de l'homme mort dans l'attentat demeurent encore inconnues. Parce qu'il était originaire de la région d'Och au sud du Kirghizstan (une zone connue pour avoir fourni d'importants contingents au groupe Etat Islamique), le Comité d'enquête dit examiner ses éventuels liens avec l'organisation terroriste qui, elle, n'a toujours pas revendiqué cette attaque. Et puis en Suède, quand bien même certains quotidiens, à l'instar d'AFTONBLADET, affirment que le suspect dit avoir reçu un ordre direct de l'EI, les enquêteurs se montrent, là aussi, beaucoup plus prudents. Ils refusent de confirmer ces informations et assurent simplement que l'homme affichait, a minima, un intérêt pour des organisations extrémistes, dont Daech.

Ou dit autrement, quand le quotidien DIE MÄRKISCHE ODERZEITUNG résume dans ses colonnes que l'Etat Islamique n’attaque pas un seul groupe en particulier mais que tous ceux qui ne partagent pas ses objectifs fanatiques, Chrétiens ou Chiites, Russes ou Suédois, policiers ou soldats, sont des victimes potentielles, le raccourci mérite, à tout le moins, d'être précisé s'agissant des actes auxquels il est ici fait allusion. Evidemment, il n'est pas question de nier la gangrène Daech mais uniquement de rappeler que ce qui, pour beaucoup, semble désormais raisonner comme une évidence est aussi, précisément, ce que Daech s’applique sans relâche à démontrer. Pourquoi ? Parce que outre l'objectif de s'attaquer systématiquement aux pays qui participent à la coalition militaire contre eux (ce qui n'est pas le cas, en l'occurrence, de la Suède), l'autre grand objectif des djihadistes consiste à semer la discorde entre les musulmans d'un côté et les autres confessions de l'autre. C'est le cas dans le monde arabo-musulman, où le calvaire des coptes d’Egypte, écrit le magazine SLATE, n’en finit plus d’énumérer ses victimes. Et aussi dans le monde occidental, en particulier en Europe. Or, là, l'islamophobie (caractérisée, notamment, par l’ascension des partis d’extrême droite) fait le lit de Daech, insiste la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG.

D'où l'importance, d'ailleurs, accordée à la réaction de la population et des gouvernements après ces attentats. A Londres, par exemple, rappelle DELO, si l’attaque dans le quartier gouvernemental a choqué les Britanniques, l’assaillant n’a pas réussi à semer la panique. La réaction des Londoniens a été comparable, en somme, à celle qui suit un grave accident de la route. Le geste brutal d’un extrémiste a anéanti la vie des victimes et de leurs proches, mais la société au sens large semble s’en être tirée avec quelques égratignures, rien de plus. La vie a brièvement suspendu son cours, avant de le reprendre. En d'autres termes, le terrorisme a attaqué et il a perdu. En ce sens, renchérit DE MORGEN, la réaction de la Grande-Bretagne a été exemplaire. Face à la lâcheté d’un assaillant, nous aurions tendance à lancer la contre-offensive et à déployer toutes les mesures de sécurité préventive, certains pensent tout de suite à un genre d’état d’urgence, mettant entre parenthèse les droits fondamentaux. L'Egypte, justement, vient de décréter un état d'urgence de trois mois. Or c’est précisément ce que recherchent les terroristes. Parce qu'ils sont trop faibles pour anéantir eux-mêmes la société, ils provoquent une sur-réaction des Etats. Un piège, écrit toujours le journal, dans lequel nous devons éviter de tomber.

Et c'est, d'ailleurs, toute la question qui se pose aujourd'hui en Suède. L'attaque de Stockholm présente ceci d'intéressant, écrit WIRTUALNA POLSKA, qu'elle met à l'épreuve la manière qu'ont les Suédois d'intégrer les immigrés et le concept de société multiculturelle. Les Suédois ne commencent que lentement, mais de manière très ciblée, à examiner les tenants et aboutissants de l'affaire. Ils ont convoqué une commission d'experts, chargée de présenter un rapport final. Et ce n'est qu'après le rapport, qu'ils décideront d'une politique durable pour résoudre les problèmes. Mais déjà la question se pose : Cet attentat va-t-il changer la mentalité suédoise ? A l'approche des législatives (l'an prochain), certains jugent qu'il faut s'adapter aux réalités menaçantes qui prévalent en ce début de siècle et proposent que la législation se durcisse pour donner lieu à de nouveaux instruments de poursuites pénales. Voilà pourquoi l'information correcte doit primer, insiste pour sa part le quotidien néerlandophone HET NIEUWSBLAD. Ce que veulent les terroristes, c’est semer la peur, et ils y sont formidablement parvenus. Il nous revient donc de veiller (cela vaut pour tout le monde, des médias aux hommes politiques) à ne pas leur apporter un coup de main dans cette entreprise.

Ensuite, même si les Européens ont raison de ne pas se sentir en sécurité, même si la malédiction poursuit également les chrétiens minoritaires dans les pays arabes, n'oublions pas que les croyants musulmans restent aujourd'hui les principales victimes du terrorisme islamiste, rappelle AL-ARABY AL-JADID. Un musulman chiite, par exemple, ne peut pas non plus se sentir en sécurité quand il va faire sa prière dans une des mosquées de sa communauté. Il doit en permanence craindre l’apparition, de sunnites ayant subi un bourrage de crâne sur le mode : les chiites sont des renégats. Quant aux sunnites, eux aussi se sentent en danger face à des chiites dont l’imaginaire déborde d’un confessionnalisme aveugle. On peut donc difficilement ignorer ce vent de confessionnalisme qui souffle aujourd'hui sur le monde arabe.

Enfin qu'il s'agisse de Saint-Pétersbourg, de Stockholm, de Tanta ou d'Alexandrie, si en l’espace d’une semaine, toutes ces villes ont été frappées par des attentats qui ont fait des morts, on remarquera (et c'est là encore un danger du terrorisme islamiste) qu'il y a parfois une empathie à deux vitesses. Le quotidien de Londres THE INDEPENDENT, en particulier, s'interroge : Pourquoi y a-t-il eu en Occident moins de manifestations de solidarité avec la Russie, que lorsque d’autres pays sont frappés par le terrorisme ? Certains ont sans doute du mal à faire le distinguo entre la géopolitique suivie par la Russie et sa population, de 150 millions de citoyens. A moins, et c'est là l'autre explication avancée par le CORRIERE DELLA SERA, que nous ayons déjà appris à ajouter le terrorisme djihadiste à la liste des vilaines choses dont nous devons nous accommoder, c'est-à-dire qu'il soit devenu normalité.

Par Thomas CLUZEL

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