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Marine Le Pen, présidente du Front National (g) et Geert Wilders, leader du PVV (d)

Le verdict des urnes et l'effet domino ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : La droite du Premier ministre néerlandais Mark Rutte est arrivée en tête des élections législatives, devant l'extrême droite de Geert Wilders, lors d'un scrutin qui avait valeur de test avant la France et l'Allemagne.

Marine Le Pen, présidente du Front National (g) et Geert Wilders, leader du PVV (d)
Marine Le Pen, présidente du Front National (g) et Geert Wilders, leader du PVV (d) Crédits : GIUSEPPE CACACE - AFP

Le printemps populiste dont on nous avait annoncé que les premiers bourgeons européens commenceraient à éclore, dès hier, aux Pays-Bas n'est finalement pas venu. Et nombreux sont ceux qui ne peuvent s'empêcher, déjà, de s'interroger : Les fruits tiendront-ils la promesse des fleurs ? Ou dit autrement, Marine Le Pen échouera-t-elle à son tour en France, comme Geert Wilders a échoué aux Pays-Bas ? Evidemment, répondre aujourd’hui à cette question semble tout aussi impossible qu’inutile, étant entendu que les pronostics de ces derniers mois ont tous été démentis, les uns après les autres, par les urnes. Bien sûr, les sondeurs feront valoir qu'ils avaient vu juste, que Wilders n'était plus donné en tête lors des derniers jours de campagne. Il n'en reste pas moins que pendant deux ans, tous les sorciers de la chose politique donnaient l'extrême droite grande favorite de ces élections.

Si l’on s’en tient à la logique du Premier Ministre néerlandais, lequel, rappelle ce matin LA LIBRE BELGIQUE, avait comparé ces élections à un « quart de finale » contre le populisme (la présidentielle en France et les législatives en Allemagne constituant respectivement la demi-finale puis la finale), c’est vrai que les extrémistes ont clairement enregistré, hier, une sévère défaite. Ensuite, bien souvent par le passé, les Pays-Bas ont été à l’origine d'importants changements en Europe, rappelle de son côté EL MUNDO : Mai 1968 y a eu lieu deux ans plus tôt et dès 1994, le Premier ministre néerlandais défendait la troisième voie, bien avant que ses homologues britannique ou allemand ne la découvrent. Quant au portail POLITICO, il décrit Wilders ni plus ni moins que comme l’inventeur du Trumpisme. Et si donc les Pays-Bas ont été à la tête de presque toutes les nouvelles tendances, pourquoi ne pas imaginer que les résultats d'hier créeraient, là encore, un précédent : La fin de la rébellion antisystème et anti-immigration incarnée, jusque-là, par le Brexit et la victoire de Donald Trump. C'est d'ailleurs ce que Mark Rutte, tout sourire, s'est lui-même empressé d'affirmer, hier soir, dès l'annonce de sa victoire : « Après le Brexit et après les élections aux Etats-Unis, les Pays-Bas ont dit stop au populisme de mauvais aloi ». Sans compter, rappelle cette fois-ci le quotidien AFTONBLADET, qu'après les élections en Autriche (en décembre), c'est donc la deuxième fois à des intervalles rapprochés que la vague de réussite du populisme de droite se retrouve ainsi brisée en Europe.

Reste qu'il y a tout de même des nuances à apporter au satisfecit qui parcourt, ce matin, la presse internationale. Tout d'abord, à l'instar de l'Autriche qui n'a certes pas succombé à la tentation populiste mais où l'extrême droite est sortie consolidée du scrutin, hier, non seulement le Parti libéral et démocrate a perdu des sièges (malgré sa victoire), mais le PVV de Geert Wilders a lui, au contraire, gagné des sièges (en dépit de sa défaite). Ensuite, le vote des électeurs ne répond pas toujours et partout à la même logique. Le contexte, nécessairement circonstancielle, a son importance. En l'occurrence, sans doute le premier ministre néerlandais a-t-il obtenu un soutien de dernière minute grâce la crise diplomatique avec la Turquie, qui lui a permis d'adopter une ligne de fermeté. Par ailleurs, ainsi que l'écrit THE NEW YORK TIMES ce matin, si Geert Wilders s'est subitement avéré, hier, à court d'essence, c'est aussi parce que nombre de néerlandais, prudents (voire méfiants), ont préféré multiplier les itinéraires bis en dispersant leurs voix, plutôt qu'en suivant la route toute tracée par le candidat de l'extrême droite. Enfin on ne reviendra pas sur la bonne santé économique du pays.

Pour toutes ces raisons, il n'est donc pas certain que le fameux effet domino (qui jusque-là laissait craindre qu'une victoire de Geert Wilders consacrerait la victoire du fascisme aux Pays-Bas puis en Europe), se transforme subitement en un effet domino sur les limites de la montée du vote Marine le Pen en France. Tirer des leçons d'une élection pour deviser sur la présidentielle française est, en effet, un jeu hasardeux, prévient immédiatement le magazine SLATE. Bien sûr, il n’est pas question de prétendre que Marine Le Pen ne peut pas être élue présidente en mai 2017. Mais se poser la question n’a pas grand sens à six semaines du premier tour. Pour preuve, renchérit L'OBSERVADOR, il y a encore quelques semaines, la présidentielle française suivait tranquillement son bonhomme de chemin. Le candidat des Républicains s’annonçait comme le prochain président français. Et puis tout a basculé avec l’affaire Fillon.

Ensuite, précise le site BUZZFEED, les rédactions ont tort de vouloir associer tous les partis populistes de droite dans un même ensemble. Par certains côtés, admet THE ECONOMIST, la montée en puissance de Mme Le Pen s’inscrit dans la vague populiste contestataire qui déferle sur toutes les démocraties libérales occidentales : Les attaques en règle contre l’immigration ou la défiance à l’égard des élites politiques sont autant de facteurs communs. Mais il existe, aussi, des aspects distinctifs du vote FN, en particulier, la ligne de faille qu’il révèle entre les grandes métropoles du pays et ces espaces intermédiaires où se développe un fort sentiment d’abandon, l’impression d’être négligés. Sans oublier les craintes légitimes qu’a suscité le terrorisme, lesquelles ont alimenté un terreau propice à une politique identitaire insidieuse. En d'autres termes, résume THE SUNDAY TIMES cité par le Courrier International, selon Marine Le Pen, deux totalitarismes menacent aujourd'hui la culture et la souveraineté françaises : le mondialisme et le fondamentalisme islamiste.

Bien sûr, il ne s'agit pas de nier les motifs d’exaspération de la population. Mais la vérité c'est que le populisme de Marine Le Pen n'est rien d'autre, en réalité, que l’exploitation grossière d’un mécontentement, qui ne trouve pas d’autre moyen de s’évacuer. Et donc si l’on veut combattre le Front National, rien ne sert de lui intenter chaque jour un procès en sorcellerie ou d'agiter un chiffon rouge devant les sondages qui placent sa présidente en tête des intentions de vote. Il faut, d’abord, reconnaître le mécontentement populaire et ensuite, s’intéresser à ses causes. Pour cela, précise LE TEMPS, la tâche n’a pas le côté magique des incantations contre les populistes. Il faut se coltiner les réalités et se battre contre les chimères faciles à vendre. C'est ainsi et ainsi seulement que les fruits tombés dans les urnes en France tiendront, peut-être, la promesse des tulipes.

Par Thomas CLUZEL

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