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Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine

Les conséquences de l'assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie

4 min

Andreï Karlov a été tué lundi 19 décembre par un policier turc hors-service. Les deux pays condamnent un acte qui vise à "saper le développement de leurs relations" et pointent la responsabilité de l'OTAN ou des Etats-Unis.

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine
Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine Crédits : OZAN KOSE / AFP - AFP

Les médias internationaux reviennent ce matin sur l'assassinat de l'ambassadeur russe en Turquie, Andreï Karlov, hier

Ils pointent la réponse coordonnée des gouvernements russes et turcs juste après cette attaque ... Elle est qualifiée par Vladimir Poutine de "provocation" et condamnée par la Turquie comme un "acte terroriste" nous rappelle l'agence de presse russe SPUTNIK. Une tragédie, du jamais vu depuis l'assassinat du diplomate russe Griboyedov en Perse en 1829 précise de son côté RUSSIA DIRECT.

Les médias turcs, eux, reviennent sur la personnalité du tireur : un policier qui n'était pas en service. Le DAILY SABAH publie un document sur son site internet. C'est un congé pris par le tueur, de 2 jours du 16 au 18 juillet dernier soit pile au lendemain de la tentative de coup d'Etat en Turquie. Mevlut Altintas est donc soupçonné d'être un proche de Fetulah Gulen qui aurait perpetré cette tentative de coup d'Etat selon Recep Tayyip Erdogan.

Une analyse que ne partage pas le HURRIYET DAILY NEWS : Murat Yatkin s'interroge : s'il est proche du mouvement guleniste, comment a t'il pu se sauver de la purge massive qui a suivi le coup d'Etat ? Le journal pointe la responsabilité turque dans cet assassinat : "La Turquie n'a pas réussi à protéger la vie d'un diplomate qui était sous sa responsabilité. C'est une honte"

Pourtant, le point de vue que veulent imposer les officiels en Russie et en Turquie ... c'est rejetter la faute ailleurs. En pointant du doigt Fetullah Gulen qui vit en exil aux Etats Unis, Moscou et Ankara essayent d'échapper à un autre refroidissement dans leurs relations explique le MOSCOU TIMES

D'ailleurs, les 2 pays ont dénoncé un acte qui vise à "saper le développement de leurs relations". Des relations au plus bas il y a un an lorsqu'un avion russe a été abattu au dessus de la Turquie en novembre 2015 mais qui se sont largement réchauffé depuis. Et c'est pour ça que la comparaison de ce qui s'est passé hier avec l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand d'Autriche a Sarajevo en 1914, qui a déclenché la Première guerre mondiale est inopérente selon Joshua Keating de SLATE.

Igor Delanoe, spécialiste des relations russo-turques interrogé par L'ORIENT LE JOUR confirme cette analyse : "Cet assassinat survient en pleine embellie des relations. S'il n'y avait pas eu l'épisode de l'avion russe abattu par la Turquie, il aurait pu être interprété comme un casus belli mais c'est différent aujourd'hui" Dans le GUARDIAN, Julian Borger ajoute "Il n'y a pas de volonté de part et d'autre de dégénérer. Russie et Turquie croient à une conspiration occidentale pour les dresser les uns contre les autres"

Un sénateur russe affirme même qu'il est très probable que des représentants des services secrets de l'OTAN soient derrière cet assassinat. Dans le NY TIMES, Max Fisher affirme même que le plus grand perdant de cet assassinat sera les Etats Unis.

L'attaque intervient en tout cas quelques heures avant une rencontre cruciale sur le sort de la Syrie ... entre la Russie, l'Iran et la Turquie. Ce qui fait dire a Igor Delanoe dans L'ORIENT LE JOUR que le moment de l'assassinat n'est pas choisi au hasard. Le but étant de "déstabiliser la convergence fragile entre ces trois pays" Le JERUSALEM POST ajoute que les intérêts de ces trois pays sont plus importants que cet incident isolé. Le but de Vladimir Poutine est de s'établir comme une superpuissance dans une région laissée vide par le président sortant Barack Obama.

Pourtant, dans le journal britannique THE TIMES, Richard Spencer explique que "la méfiance partagée des Etats Unis peut couvrir les fissures entre russes et turcs mais pas pour longtemps. Il est vrai que la Russie et la Turquie ont tous deux pour projet de devenir une superpuissance et d'imposer leur influence au Moyen Orient. Le WASHINGTON POST remonte dans l'Histoire pour voir que les oppositions entre les deux pays ont été légion. Une "longue histoire de malaise" selon Ishaan Tharoor qui rappelle que la Russie a notamment joué un grand rôle dans la poussée des nationalismes dans l'Europe de l'est au XXeme siècle où régnait l'Empire Ottoman.

Alors, certes, Poutine et Erdogan sont faits du même bois, ils ont tous deux une fort allergie à l'Ouest et veulent consolider leur pouvoir. Leur relation est construite autour d'une admiration personnelle selon Richard Spencer. Pourtant, la Russie a toujours eu la haute main rappelle le chercheur Aaron Stein dans le WASHINGTON POST et cet incident ne va faire que rendre la Russie plus forte et affaiblir la Turquie, aussi vis à vis de l'Iran.

Cet incident tombe au pire des moments pour Erdogan "alors qu'il s'éloigne des Etats Unis et de l'Europe, il a besoin de se rapprocher de la Russie" explique Ishaan Tharoor : "mais maintenant sa main avec la Russie est plus faible que jamais. La meilleure stratégie pour Ankara est de pointer les gulénistes, de mettre la pression sur Washington mais la seule chose qui compte au final c'est le prix que Erdogan devra payer pour cet assassinat" Le président turc est sur une corde raide. Il pourrait bien en avoir un premier aperçu aujourd'hui dans la négociation avec l'Iran, son autre bête noire dans la région, qui veut contrecarrer ses plans de retrouver son influence ottomane au Moyen Orient rappelle le NY TIMES.

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