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La compagnie "Choe", troupe sud-coréenne de danse contemporaine

Les élections se suivent et se ressemblent

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Les Sud-Coréens votent à la présidentielle pour tourner la page d'un retentissant scandale de corruption, sur fond de tensions avec la Corée du Nord.

La compagnie "Choe", troupe sud-coréenne de danse contemporaine
La compagnie "Choe", troupe sud-coréenne de danse contemporaine Crédits : JAVIER LIRA OTERO / NOTIMEX

C'est un fait assez rare pour être souligné, note ce matin LE JOURNAL DE MONTREAL, depuis quelques mois, les campagnes électorales ailleurs dans le monde génèrent un intérêt inédit. Et pour cause, celles-ci s'enchaînent, chacune aussi fascinante que la précédente. Après l'élection aux Etats-Unis de Donald Trump, à la surprise de tous, d'aucuns auraient pu penser qu'il était sans doute difficile d'imaginer un scrutin plus captivant. Du moins, jusqu'à l'élection en France d'Emmanuel Macron, présenté comme le dernier rempart devant l’extrême droite de Marine Le Pen. Et puis, l'écriture scénaristique de la marche du monde étant devenue la chose la mieux partagée, voilà que les Coréens du Sud, eux, s'apprêtent à voter aujourd'hui pour décider, notamment, de l'attitude à adopter à l’égard d’un voisin qui menace, un jour sur deux, de réduire leur pays en cendres.

En fin de compte, la seule chose qui pourrait finir par lasser tient, justement, aux ressorts de l'écriture. A ce titre, on notera les nombreuses similitudes (pour ne pas dire répétitions) entre d'un côté l'élection présidentielle française et de l'autre celle qui se joue, ce mardi, en Corée du Sud. Tout d'abord, de nombreux éditorialistes sud-coréens s’accordent à dire que l'enthousiasme autour de ce scrutin démontrerait le souhait viscéral de leurs compatriotes à tourner la page des scandales de corruption. Pour rappel, cette élection anticipée est la conséquence du « Choi Gate », une retentissante affaire politico-financière qui a conduit, en mars dernier, à la destitution de la présidente et laissé un vide béant au sommet de l’appareil d’Etat. De sorte que pour ce professeur d’histoire en banlieue de Séoul, interrogé par le correspondant de LA TRIBUNE DE GENEVE, la priorité est désormais de «faire le ménage en profondeur». Et lorsqu’on lui demande en quel candidat il place ses espoirs, il lâche sans hésitation le nom du grand favori de cette présidentielle, Moon Jae in, car « c’est le seul, dit-il, à pouvoir nous apporter un renouveau. » Or même si 20% des 42,5 millions de sud-coréens enregistrés pour les élections se disent toujours indécis (suivez là encore mon regard), le quotidien HANKYOREH note que l’avance de Moon n'en demeure pas moins confortable, à environ 20 points devant son plus proche compétiteur, le modéré Ahn Cheol-soo.

Ce dernier, représentant du Parti du peuple, une formation qu’il a créée après avoir fait défection du Parti démocrate, se présente, lui, comme une sorte d’Emmanuel Macron coréen. A la différence que son positionnement idéologiquement peu marqué, entre un candidat libéral et un candidat de centre gauche, de même que son manque de base régionale (un élément déterminant dans la politique sud-coréenne) semble davantage le pénaliser. En revanche, à l'instar cette fois-ci de son double français, il pourrait bien attirer à lui une part importante du vote des conservateurs (qui comptent pour environ un quart des électeurs), ébranlés par le «Choi Gate», un véritable séisme dans le paysage politique de la Corée du Sud largement dominé, traditionnellement, par les représentants inflexibles de l'ordre établi. En particulier, analyse toujours le quotidien HANKYOREH cité par le Courrier International, le vote de certaines régions d’ordinaire très prévisible, du fait de leur fidélité au camp conservateur, apparaît désormais incertain. Un fait sans précédent, renchérit le webzine PRESSIAN. Bien évidemment, le désarroi des conservateurs ne signifie pas leur disparition. Mais beaucoup d’entre eux ne savent pas pour qui voter. Et de plus en plus évoquent, à présent, le choix du moindre mal pour éviter le pire ou un soutien à un candidat venant de l’opposition mais centriste.

Ensuite, et c'est là encore devenu un classique des feuilletons présidentiels, cette campagne aura été marquée par des échanges particulièrement dénués de grâce et d’humour, souligne pour sa part un chroniqueur du KOREA TIMES. Les cinq débats télévisés n’ont été que vulgarités, plaisanteries creuses et attaques verbales, avec en plus des mots menaçants. Dans le but d’amener à eux les électeurs, les candidats ont attisé les vieilles querelles entre conservateurs et progressistes, sans présenter la moindre vision pouvant unifier l’opinion publique sur des questions nationales cruciales.

D'autre part (ainsi qu'on a pu le constater, là encore, lors de la campagne française et surtout américaine), cette élection en Corée du Sud aura révélé l'influence de l'étranger, à travers nombre de sites Internet de propagande ainsi que les réseaux sociaux. La Corée du Nord, en particulier, n'a pas caché sa volonté d’ingérence. Pyongyang semble attendre beaucoup, en effet, de ces élections, voulant sans doute profiter de l’affaiblissement des conservateurs pour aider les partisans du dialogue intercoréen à prendre le pouvoir. L’éventuelle élection d’un conservateur (pour le moment peu probable d’après les sondages) serait, en réalité, un désastre pour Pyongyang. Quoi qu'il en soit, précise à son tour le journal de Séoul SISA, repéré là aussi par le Courrier International, la position du prochain gouvernement de Séoul sera déterminante pour le Nord, pour amortir ne serait-ce qu’un peu le choc de la pression militaire et des sanctions provenant de l’administration Trump.

Enfin et c'est là probablement que toutes ces campagnes finissent par raconter la même histoire, quel que soit le vainqueur, conclue THE KOREA TIMES, il aura à suivre une longue et difficile route pour faire face à la division de l’opinion et aux problèmes économiques de la Corée du Sud, en proie à la montée du chômage des jeunes, la crainte de la pauvreté chez les aînés et l'endettement des ménages.

Par Thomas CLUZEL

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