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Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN (d) et Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l'UE (g)

Les Européens face à l’OTAN de Donald Trump

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Après les déclarations contradictoires de Donald Trump sur l'Alliance atlantique, Mike Pence a tenu à rassurer les alliés européens des Etats-Unis, qualifiant d'"inébranlable" l'engagement de son pays envers l'Otan.

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN (d) et Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l'UE (g)
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN (d) et Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l'UE (g) Crédits : MATTHIAS BALK / DPA

Ce week-end se tenait à Munich la Conférence sur la sécurité internationale, sorte de Davos de la défense. Or cette année, c'est peu de dire que l’ambiance n’était pas franchement à la fête. Les Européens, en particulier, semblaient nerveux après que Donald Trump, rappelle THE NEW YORK TIMES, eût récemment critiqué l’OTAN, allant même jusqu'à qualifier l’institution d’« obsolète ». De même, les liens supposés de l’administration Trump avec la Russie, ont fini par jeter le trouble chez certains responsables européens. De sorte que partout, dans les chancelleries, le doute avait fini par s'installer : Les Etats-Unis seraient-ils toujours aux côtés des Européens ?

A l'issue de ce 53ème sommet, le Vieux Continent peut enfin se rassurer : Les Etats-Unis resteront fermement à ses côtés pour perpétuer une défense commune. Tout au long du week-end, ce message a été répété avec force par plusieurs figures de la nouvelle administration américaine, à commencer par le vice-président lui-même : « Notre alliance transatlantique est inébranlable », a-t-il déclaré avant d'ajouter : « Nous serons toujours votre plus grand allié ». Sous les applaudissements de l'assemblée, Mike Pence a donc fini par lever le doute sur un supposé repli des Etats-Unis abandonnant leur allié historique, le continent européen, à sa destinée. En lieu et place des sombres et inquiétantes déclarations de son chef, Donald Trump, le vice-président a, lui, donné à entendre le traditionnel discours d’optimisme des Américains.

Ce qui, pour autant, ne devrait pas être de nature à nous rassurer, prévient aussitôt l'hebdomadaire DER SPIEGEL. Tout d'abord, parce que la prise de position de Mike Pence nous confronte à nouveau à des courants bien différents au sein de l'administration de Washington. « C'est comme si nous traitions avec deux gouvernements américains distincts », commente notamment un officiel, dans les colonnes du magazine POLITICO. Ce que son confrère du WASHINGTON POST résume, lui, sous ce titre : Le spectre de Trump. Lors de cette Conférence de Munich, l'ambiguïté inhérente à tout rassemblement diplomatique s'est transformée, cette année, en quelque chose d'un peu plus étrange encore, écrit le quotidien. Orateurs après orateurs, tout le monde a appelé à l'unité et à la cohésion face aux graves dangers auxquels fait face l'alliance atlantique. Mais personne n'a pu se résoudre à dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas : l'un des dangers les plus graves auxquels fait face l'OTAN c'est aujourd'hui l'imprévisibilité du président des États-Unis, lui-même.

Ensuite, une question demeure, prévient cette fois-ci l'éditorialiste du TEMPS : Après cette mise au point, les choses vont-elles rentrer dans l’ordre ? Réponse : Rien n'est moins sûr. Car à Munich, derrière le vernis des retrouvailles entre Européens et Américains au gré des changements d’administration, les fractures sont apparues au grand jour. Elles opposent, en réalité, deux visions de l’ordre mondial. La première fondée sur la dissuasion et la capacité militaire des Etats. « Trump croit que la force dépend avant tout de la puissance militaire » et les Etats-Unis vont, d'ailleurs, renouveler leur armée de sorte que « l'Amérique sera plus forte que jamais », a notamment expliqué Mike Pence. En clair, à la différence de son prédécesseur davantage attaché au multilatéralisme, le nouveau pouvoir américain revient à un discours ancré avant tout sur la dissuasion et le pur rapport de force dans les relations entre nations. La seconde vision, elle, donne la priorité à la diplomatie et aux instruments du dialogue. C'est ce qu'a laissé entendre la chancelière allemande, en expliquant qu’il fallait « considéré la sécurité dans son ensemble ». L’UE et certains Etats européens sont, par exemple, parmi les plus grands contributeurs aux opérations de paix de l’ONU. On pourrait également citer l’effort allemand pour accueillir des réfugiés. En d'autres termes, si l'objectif n’est pas remis en cause, sa réalisation, en revanche, est l’objet de diverses interprétations.

Et très concrètement, ces deux approches sont mises à l’épreuve lorsqu’est évoquée, notamment, la question du coût de l’OTAN. Si les Etats-Unis resteront bien au côté des Européens, en revanche, ceux-ci devront mettre un peu plus la main au porte-monnaie, pour partager le fardeau de la défense commune. Ce refrain n’a en fait rien de nouveau. Depuis plusieurs années, déjà, Washington demande aux Européens de consacrer plus de moyens à leur défense. Obama et ses prédécesseurs avaient déjà évoqué le problème. En vain. Trump et son équipe parlent eux une langue plus directe et doublent cette fois-ci leur sommation d’une menace à peine voilée, remarque le quotidien slovaque DENNIK N. En clair, si les Européens veulent uniquement profiter de la sécurité commune, sans pour autant honorer leurs obligations, ils ne pourront pas, en cas de menace, compter sur l’aide automatique des Etats-Unis.

En réalité, lors d’un sommet au Pays de Galle, en 2014, les 28 membres de l’organisation s’étaient engagés a doté leur budget de la défense à hauteur de 2 % de leur PIB d’ici 2024. Problème, seuls cinq pays respectent pour l’heure cette promesse. Mais dans ce domaine les choses évoluent, en particulier, parce qu'avec le retour du nationalisme outre-Atlantique cela devient une nécessité pour sauver le projet européen, insiste à nouveau LE TEMPS. La France, par exemple, qui fut à l’origine rétive à l’idée d’une défense européenne a depuis évolué sur cette question. La Grande-Bretagne, principal frein à une défense européenne s’est pour sa part mise sur la touche avec le Brexit. Mais c’est surtout la position allemande qui a changé ces dernières années. Le réflexe consistant à se tourner vers Washington pour assurer sa protection n’est plus d’actualité, a expliqué ce week-end la ministre allemande de la défense.

En d'autres termes, si à Munich les objectifs de l’OTAN ont, en partie, permis de réconcilier les deux camps, pour autant, après les frayeurs provoquées par Donald Trump, tout ne peut pas reprendre son cours normal entre les deux rives de l’Atlantique. Ce week-end, écrit le journal, il a beaucoup été question de valeurs. Et sur ce point, force est de constater que la fracture est béante. En clair, l’ordre occidental ne peut pas continuer de prévaloir sur la base d’une alliance uniquement militaire, réaffirmée qui plus est avec force. Ce serait une pure illusion que de se raccrocher à ce rêve d’hier.

Par Thomas CLUZEL

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