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Les leçons de l'Histoire

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l’appel de la presse européenne à agir pour les réfugiés et le vrai débat sur l’octroi de l’asile allemand.
Il faut agir et agir maintenant. C'est le sens de l'appel lancé aujourd'hui par une douzaine de journaux européens, parmi lesquels THE INDEPENDENT, EL PAIS ou DIE ZEIT, un appel aux dirigeants des 28 Etats de l'union Européenne à agir pour gérer cette tragédie humanitaire et empêcher que d'autres vies ne soient perdues. L'Europe est aujourd'hui confrontée à la pire crise de réfugiés que le monde ait connue depuis la Seconde guerre mondiale. Et pourtant, mois après mois, force est de constater qu'elle en fait trop peu, ou trop tard. Or en dépit de notre passé troublé, l'Europe doit aujourd'hui montrer qu'elle est au contraire un continent uni, bâti sur les principes à la fois de solidarité, d'égalité et de liberté.

A migrant from Syria walks along rail tracks with his son.
A migrant from Syria walks along rail tracks with his son. Crédits : Marko Djurica. - Reuters

Et pour ne pas échouer dans cette épreuve, plusieurs pistes sont ici suggérées dans cette tribune commune. Tout d'abord, mettre en place des moyens simples et pratiques pour permettre aux réfugiés de demander l'asile en Europe, sans avoir à risquer leur vie pour venir jusqu'ici. Ensuite, faire preuve de solidarité, envers les pays aux frontières de l'Europe dans lesquels arrivent d'abord les réfugiés et les migrants, en organisant un système d'accueil coordonné. Autre proposition, suspendre les accords de Dublin, qui renvoient les demandeurs d'asile à leur premier point d'entrée en Europe. Soutenir également une répartition plus équitable des réfugiés parmi les Etats membres. Enfin, augmenter les aides financières et humanitaires à destination des pays du Moyen-Orient affectés par le conflit syrien, mais aussi exercer une pression plus forte sur les acteurs clés internationaux, l'Iran, la Russie, l'Arabie Saoudite, la Turquie et les Etats-Unis, afin de les inciter à faire tout leur possible pour réunir les acteurs du conflit syrien autour d'une table de négociations de paix, dirigées par l'ONU.

En réalité, cet appel quasi unanime ce matin de la presse européenne, fait échos au discours, la veille, devant le Parlement européen, du président de la Commission Jean Claude Junker.
L'homme qui n’a jamais peur des mots, écrit LE TEMPS de Genève, a mis les Etats mais aussi les citoyens européens devant leur responsabilité. Avec conviction, il a demandé le courage nécessaire pour faire face à l’arrivée depuis le début de l’année de 500 000 hommes, femmes et enfants, fuyant la guerre, l’oppression et la misère pour chercher protection en Europe. Ces chiffres sont impressionnants, a-t-il dit. Pour certains, ils sont même effrayants. Mais ce n’est pas le moment de laisser la peur s’exprimer. Et de préciser encore, à toutes fins utiles, que si l’Europe ne peut certes pas accueillir toute la misère du monde, elle peut en revanche, selon lui, faire de la place pour ceux qui ne représentent que 0,11% de la population totale de l’UE.

Il y a une semaine, déjà, on rappellera que la chancelière allemande Angela Merkel s’était, elle aussi et la première, distinguée en appelant à un sursaut face à la tragédie des réfugiés.
D'où d'ailleurs cet édito à lire ce matin dans les colonnes du journal de Londres THE INDEPENDENT et intitulé : Dieu merci, l'Allemagne existe. Et c'est vrai que notre voisin continue de susciter l'admiration en Europe pour sa gestion de la crise migratoire. De sorte que si Angela Merkel n’entrera probablement pas dans l’Histoire pour avoir ficelé le paquet des aides à la Grèce, écrit l'hebdomadaire de Hambourg STERN, elle deviendra, à coup sûr, la chancelière des réfugiés.

A boy waves inside a bus as migrants arrive at a refugee camp at a former police compound in Berlin.
A boy waves inside a bus as migrants arrive at a refugee camp at a former police compound in Berlin. Crédits : Fabrizio Bensch - Reuters

Reste que si l’Allemagne veut accueillir chaque année quelques centaines de milliers de persécutés politiques et de réfugiés de guerre, notamment de Syrie, écrit son confrère DIE TAGESZEITUNG, elle ne peut en revanche accueillir un nombre illimité de personnes vivant dans une situation de grande précarité. Et pourquoi ? Parce que pour les Allemands percevant un faible revenu, les migrants venus de pays dits « sûrs » seraient une charge financière, à ajouter au coût de la venue des réfugiés politiques. Et c'est ainsi que le gouvernement s’interroge à présent sur le statut des migrants en provenance, notamment, des Balkans. Pour différencier plus rapidement les migrants économiques des réfugiés politiques, une loi datant déjà de 2014 reconnait aujourd'hui la Serbie, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine comme des “pays sûrs”.

D'où cette question : le Kosovo, l’Albanie et le Monténégro sont-ils vraiment des pays « sûrs », s'interroge à nouveau DIE TAGESZEITUNG, cité par le Courrier International. Le journal souligne que les conditions de vie sur place y sont encore très précaires et que reconnaître ces pays comme tels risque surtout de contribuer à stigmatiser plusieurs nationalités.

A ce titre, le magazine SLATE publie un article éloquent sur les Kosovars, les parias du phénomène migratoire européen. Leur insistance à vouloir se faire passer pour des réfugiés politiques, alors que l’Europe ne veut plus voir en eux que des immigrants économiques, donc des clandestins, donc des gêneurs ayant vocation, selon le doux euphémisme technocratique en usage, à rentrer chez eux et à y rester, a entraîné à leur égard une forme de détestation administrative. Qu'il est loin le temps où l’opinion européenne accueillait avec compassion les premiers réfugiés de la guerre du Kosovo. Ils sont aujourd'hui la tête de pont de la migration intereuropéenne, celle-là-même que redoute tant justement Angela Merkel. C'est à dire derrière les réfugiés de Syrie, le risque de voir les Balkans se vider vers l’Europe plus riche du nord. Et d’abord vers l’Allemagne.

D'où ce commentaire signé toujours DIE TAGESZEITUNG : le vrai débat sur l’octroi de l’asile allemand ne se situe pas aujourd’hui sur le plan de la nationalité des migrants, mais plutôt sur celui de leur répartition et du vivre-ensemble sur le sol allemand. Et d'en conclure que la politique devrait cesser d’attiser les ressentiments.

Par Thomas CLUZEL

Migrants, réfugiés, demandeurs d'asile en Europe, une série en 3 volets
- 1er chapitre : les chiffres et les mots (publié le 28 août 2015) - 2e chapitre : les réponses politiques de l'Europe (publié le 1er septembre 2015) - 3e chapitre : mises en perspectives des flux actuels dans l'espace et le temps

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