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Les métastases de la crise syrienne.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'attentat suicide à Istanbul attribué par le gouvernement turc au groupe Etat islamique et la crise suscitée par les agressions sexuelles commises par des réfugiés en Allemagne et dans les pays nordiques.
Une bombe de l’organisation Etat Islamique a frappé le cœur du tourisme turc. Voilà comment une responsable du quotidien de gauche CUMHURIYET résumait hier la situation, en apprenant qu’un attentat suicide venait de secouer le centre d’Istanbul. Trois heures plus tard, c’est le président turc lui-même qui attribuait l’explosion à «un kamikaze d’origine syrienne, entré récemment de Syrie en Turquie, un étranger membre du groupe Etat islamique».

La violente explosion a fait dix morts, pour la plupart des touristes allemands. Réunis entre la basilique Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, autrement dit en plein cœur du centre à la fois historique et touristique de la ville, le groupe de touristes était en train d'écouter les explications du guide, lorsque le kamikaze qui avait pris place parmi eux s'est fait explosé, a notamment raconté un témoin sur la chaîne d'information continue CNN TÜRK.

Bien évidemment, dans la logique perfide des terroristes, c’était l’endroit parfait pour un attentat, peut-on lire sur le site du SPIEGEL ONLINE. Pourquoi ? Non seulement parce que l'attaque a été perpétrée là où circule quasiment tout touriste qui vient visiter la métropole turque et surtout un mardi matin après le jour de fermeture hebdomadaire des musées. Ensuite parce que le tourisme est une des branches les plus dynamiques de l’économie du pays. Et enfin parce que le lieu est évidemment symbolique : Sainte-Sophie, autrefois une église, devenue une mosquée, puis un musée y jouxte la Mosquée bleue. En clair, c'est un attentat contre l’héritage commun de l’Occident et de l’Orient, note La SÜDDEUTSCHE ZEITUNG.

Cet attentat n'a pas manqué de soulever aussitôt de nouvelles interrogations sur la confusion qu'entretiendrait la politique d'Ankara en Syrie.
Cet attentat raisonne, en effet, comme une menace redoutable dans un contexte où le gouvernement d'Ankara semble passer du statut d'acteur de la guerre par procuration, à celui de belligérant impliqué de façon plus directe dans le conflit syrien. Une conséquence de la complexification de la donne en Syrie mais aussi de la difficulté pour les Turcs à reprendre la situation en main.

Et le journal libanais L'ORIENT LE JOUR de rappeler que quelques mois seulement après le début de la crise syrienne, la Turquie avait choisi, dans un premier temps, d'apporter un soutien significatif aux groupes de l'opposition en Syrie (y compris les jihadistes) en participant, par exemple, à l'achat et à la livraison d'armements aux rebelles. Sur la base de calculs d'intérêts à court terme, les Turcs se sont mis ainsi à soutenir l'opération globale de changement de régime qui devait, selon leurs projections, conduire à l'effondrement rapide du régime de Bachar el-Assad.

Sauf qu'Ankara s'est enlisée dans le bourbier syrien et s'est vue progressivement contraint de se livrer à un jeu à la fois complexe et périlleux, consistant d'une main à soutenir l'action de l'EI (comme l'a démontré la bataille de Kobané) afin de contenir les prétentions kurdes et, de l'autre, à ouvrir ses bases à la coalition qui bombardait le groupe Etat islamique. Et puis le pays a subi en à peine six mois trois attentats suicides, qui ont coûté la vie à 146 personnes. Et c'est ainsi qu'en prenant prétexte des premiers attentats, Ankara s'est elle-même lancée dans des frappes de représailles contre Daech dès l’été dernier. Autant d'alliances contradictoires devenues dévastatrices. Et voilà comment la Turquie ne peut qu'essuyer aujourd'hui sur son propre sol, les conséquences de son action belligérante en Syrie.

Autre sujet toujours à la Une de l'actualité, la crise suscitée par les agressions sexuelles à Cologne la nuit du Nouvel an.
Après les violences constatées en Allemagne, on apprend que des agressions sexuelles ont été commises par des migrants en Suède en 2014 et 2015, mais que la police avait choisi de les passer sous silence, selon les révélations du quotidien DAGENS NYHETER. La police suédoise aurait, en effet, pris la décision de ne pas rendre publiques ces informations pour éviter toutes représailles xénophobes. Idem en Allemagne, où tout indique que les services de direction de la police ont fait preuve de retenue, pour dire les choses aimablement, dans l’information sur la criminalité des réfugiés au sein et en dehors des centres d’accueil, écrit DIE WELT. Et ce conformément à de bienveillantes injonctions ministérielles, au motif que les incidents de ce type risquaient d’être instrumentalisés. Une rétention d’information de la part des autorités avec des effets, aujourd'hui, délétères, poursuit le journal, puisqu'elle génère la suspicion envers les services de l’Etat mais contribue aussi à l’émergence de milices d’autodéfense et de violences xénophobes.

La vague d’agressions sexuelles a également atteint la Finlande. De nombreux cas de harcèlement sexuel auraient été constatés par la police pendant les fêtes du Nouvel an, indique pour sa part THE TELEGRAPH. Or là aussi, des groupes d’autodéfense d’extrême droite auraient fait depuis leur apparition dans plusieurs villes du pays, rapporte la RTBF. Evidemment, le gouvernement a dénoncé ces initiatives mais dans le même temps, les autorités ont décidé de durcir les modalités d’entrée dans le pays.

Enfin le gouvernement danois tente, lui aussi, de décourager les migrants. Après avoir déjà durci les contrôles aux frontières, un projet de loi controversé et largement symbolique doit être examiné aujourd'hui, qui entend confisquer l'argent et les bijoux des réfugiés pour financer leur accueil et couvrir leurs besoins en alimentation et en hébergement. Le texte sera débattu en session publique puis en commission avant un vote prévu le 26 janvier prochain.

Par Thomas CLUZEL

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