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Manifestation anti-Brexit à Londres

Les mots ont-ils encore un sens ?

6 min
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«Chaos», «thriller», «guerre», «fainéants», «monstre». Quand les titres de l’actualité nous interrogent sur le sens des mots et leur interprétation.

Manifestation anti-Brexit à Londres
Manifestation anti-Brexit à Londres Crédits : ALBERTO PEZZALI / NURPHOTO - AFP

Les mots ont-ils un sens ? A lire la presse, ce matin, on est tenté de se poser la question, tant la confusion semble avoir gagné les esprits. Prenez, par exemple, le site de la BBC. On y apprend que le Royaume-Uni serait aujourd'hui menacé par le «chaos». Ni plus ni moins. Et pourquoi ? Parce que les députés britanniques doivent se prononcer, ce soir, sur le projet de loi gouvernemental destiné à mettre fin à la suprématie du droit européen, la fameuse «loi d'abrogation». En clair, il s'agit de convertir le corpus de lois européennes en lois nationales, afin de garantir qu'il n'y ait pas de lacunes dans la législation britannique, lorsque le divorce d'avec l'UE sera définitivement prononcé. Or le gouvernement a d'ores et déjà prévenu : Les députés qui s'opposeront à ce projet de loi voteront pour le «chaos».

Et que dire, à présent, de la Norvège, officiellement désignée cette année par l'ONU pays le plus heureux du monde ? Les électeurs doivent se rendre aux urnes, aujourd'hui, pour déterminer qui de l'équipe de droite sortante ou de la gauche gouvernera ces quatre prochaines années. Et au prétexte que les conservateurs d'un côté et les travaillistes de l'autre sont donnés au coude-à-coude, l'éditorialiste de la chaîne TV2 comme celui d'AFTENPOSTEN, le quotidien le plus lu du pays, jugent que tout est prêt désormais pour le plus grand «thriller électoral» depuis de nombreuses décennies. Pourquoi ? Parce que ce scrutin à la proportionnelle devrait faire la part belle à plusieurs petits partis contestataires. Mais pas les formations historiquement les plus radicales. Non. Contrairement à ce que l'on observe dans d'autres pays européens, ce scrutin échappe largement au spectre du populisme. Les contestataires, en l'occurrence, se résument au parti du centre (qui défend la paysannerie contre les élites urbaines), les écologistes (qui réclament la fin de toute nouvelle activité d'exploration pétrolière) et enfin les marxistes norvégiens (qui historiquement ont toujours adhéré à une vision relativement positive de l'Etat).

Et ce n'est pas non plus la Suède, ce matin, qui devrait rassurer tous les progressistes du monde entier, pour qui idéaliser ce paradis social autant que ce havre de paix septentrional relève presque du passe-temps. Rendez-vous compte, à partir d'aujourd'hui, la paisible campagne scandinave va prendre des airs de champ de bataille. Pendant trois longues semaines, près de la moitié de l’armée suédoise va être mobilisée aux côtés de soldats américains, français, danois, estoniens, lituaniens et finlandais. Aviation et marine seront sollicitées lors d’une attaque fictive de Stockholm et de l’île de Gotland, avec la participation d’une unité blindée américaine. Au total, pas moins de 20 000 hommes et femmes vont simuler l’attaque de la Suède par un pays fictif, venue de l’Est. Et ce «pays fictif», que la diplomatie interdit de nommer, n’est évidemment un secret pour personne. Voici tout simplement comment «l'Occident se prépare à la guerre avec la Russie», peut-on lire sur le site BUZZFEED.

Quand les mots ont un sens. Goût pour la transgression ou maladresse ? La sortie d'Emmanuel Macron, ce weekend en Grèce, contre les «fainéants» a fait réagir les commentateurs dans la presse. Pour THE AUSTRALIAN, les manifestations prévues demain contre la réforme du droit du travail ont reçu un nouvel élan, après que le président a semblé suggérer que les travailleurs français qui s'y opposent sont tous des fainéants. La photo choisie par le journal de Sydney montre un Emmanuel Macron le visage déterminé, les dents serrées et pointant un doigt accusateur. Sauf que personne, en réalité, n'avait saisi la subtilité de langage du chef de l'Etat. Les «fainéants» auxquels M. Macron faisait référence étaient des hommes politiques, en l'occurrence ses trois prédécesseurs qui n'ont pas réussi à réformer la France, a précisé le porte-parole du gouvernement. Manière d'insinuer, donc, que la France aurait institutionnalisé la paresse, probablement par le biais de sa semaine de travail de 35 heures, ses généreuses allocations chômage et son droit à la retraite à 62 ans.

Sur ce point, l'éditorialiste du TEMPS, lui, semble partager la même vision. On sait ce qu’a coûté à la France l’attentisme de ses prédécesseurs, dit-il. Mais pour le reste, on ne peut que regretter cet écart de langage. Peu importe l'opération de déminage, le président français s’est montré inutilement provocateur et désobligeant. Et le journal de préciser : Quelles que soient les conséquences parfois néfastes de dispositifs sociaux trop généreux, ou trop faciles à détourner, toutes les études montrent que les salariés hexagonaux sont plutôt très productifs. Mais avec de tels mots, qui plus est prononcés à l’étranger, ce turbo-président à peine quadragénaire, aux racines provinciales mais à l’itinéraire si élitiste, nuit à l’efficacité de son message et à l’indispensable pédagogie sur le besoin d’une transformation. Et l'éditorialiste d'en conclure : Certes, Emmanuel Macron a raison d’agir vite, mais à la condition expresse de respecter ses adversaires et d’éviter, dans un pays miné par la défiance, le piège de l’arrogance et du manque d’empathie.

Alors quand on peine à trouver le mot juste, le mieux ce sont encore les images. C’est très précisément ce que propose, ce matin, le site de la chaîne américaine CNN. Si vous voulez savoir à quoi ressemble aujourd’hui la Floride, battue par les vents, sous des pluies diluviennes, regardez ces photos et ces vidéos. Hier, en dépit d'une intensité déclinante, la colère de la tempête Irma, ainsi que l'écrit THE MIAMI HERALD a frappé avec force l'ouest de la Floride, après avoir balayé Cuba et les Antilles où il a fait au moins 28 morts et des dégâts considérables. De son côté, Donald Trump a validé l'état de catastrophe majeure pour la Floride et y a ordonné l'envoi de l'aide fédérale. En revanche, preuve décidément qu'il n'est pas toujours aisé de trouver les mots justes, le président de retour de son weekend à Camp David a lancé : «La mauvaise nouvelle, c'est qu'il s'agit d'un grand monstre».

Enfin eux, en revanche, n'ont pas eu le choix des mots. Eux ce sont Harvey et Irma, respectivement 104 et 93 ans, à qui THE NEW YORK TIMES consacre un portrait. Nés au début du XXe siècle, alors que la radio venait tout juste d'être inventée et que le câble n'allait pas voir le jour avant plusieurs décennies, ils se sont mariés en 1942. Un siècle plus tard, et après 75 ans de mariage, ils ne peuvent rien faire d'autre aujourd'hui que regarder leurs deux prénoms s'afficher sur tous les écrans de télévision, accompagnés de chiffres signalant le nombre de morts et les notifications de destruction et d'évacuation.

Par Thomas CLUZEL

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