LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Les pouvoirs face au terrorisme

5 min
À retrouver dans l'émission

La situation au Royaume-Uni est bien sûr à la une de la presse internationale ce matin

À commencer par la situation politique, à 3 jours maintenant d'élections législatives anticipées cruciales, pour le Royaume-Uni comme pour l'Europe. De nombreux éditorialistes posent implicitement la question ce matin : est-ce un hasard si les britanniques, engagés dans ce processus législatif, sont visés si durement par le terrorisme islamiste : trois attentats en moins de trois mois ?

Peut-être que "trop c'est trop", comme le disait Theresa May hier, mais surtout, peut-être faut-il y voir, de la part des terroristes, une tentative de déstabilisation d'un pays tout entier, fragilisé par le Brexit, et dont les négociations à venir avec l'Union Européenne s'annoncent d'autant plus compliquées que la future majorité sera faible. Alors oui, titre le quotidien allemand "Der Tagesspiegel", il est parfaitement juste que les élections soient maintenues au Royaume Uni, comme l'a réaffirmé hier la première ministre Theresa May, et comme l'a demandé également son adversaire travailliste Jeremy Corbyn. "Ça aurait été un fort mauvais signal que de reporter le scrutin, poursuit "Der Tagesspiegel". En faisant peser le poids de la terreur islamiste sur le processus démocratique, cela aurait eu pour conséquence, finalement, de donner raison aux terroristes. Le "Wall Street Journal" rappelant ce matin de son côté, que la dernière fois que des élections britanniques ont été repoussées, c'était en 2001, en pleine épidémie de fièvre aphteuse.

Reste à savoir si la position du futur gouvernement britannique ne sera pas plus précaire encore après les élections qu'avant, alors même que ces élections étaient convoquées justement, pour renforcer le gouvernement britannique : à supposer qu'elle remporte son pari, jeudi, c'est ce que disent toutes les enquêtes d'opinion jusqu'à maintenant, Theresa May ne sortira-t-elle pas, quoi qu'il arrive, affaiblie de cette séquence ? Elle qui a radicalement modifié son discours hier, et annoncé un changement de la stratégie anti-terroriste du Royaume-Uni, ne risque-t-elle pas de montrer par là des signes de fébrilité... Voire de panique ? (le mot "panique" est employé par "The Guardian") .

La presse internationale rappelle ce matin la controverse suscitée par la décision de rabaisser le niveau d'alerte de "critique" à "sévère", juste après l'attentat de Manchester. Et le constat est fait par El Pais : la première ministre, d'après le quotidien espagnol, est allée beaucoup plus loin hier, que ce qu'elle proposait encore il y a quelques jours en matière de sécurité, au risque d'écorner, sur l'ensemble de la séquence, sa crédibilité d'ancienne ministre de l'intérieur.

Jeremy Corbyn ne semble pas en meilleure posture, lui qui suscite le doute jusque dans son propre camp. Le "New York Times" propose ce matin un reportage à Birmingham, fief travailliste, où il n'est pas rare, dans le quartier de Northfield, de trouver des électeurs fidèles depuis toujours au Labour s'apprêtant, cette fois-ci, à changer de camp, et à voter conservateur. C'est ce qu'explique un professeur, rencontré par l'envoyé spécial du journal : "les gens, argumente ce témoin, n'ont plus confiance en Jérémy Corbin, et moi même, je ne suis pas certain qu'il ait la personnalité et la force nécessaires pour faire un bon premier ministre".

C'est donc la personnalité, autant que la ligne politique, radicale, de Corbyn, qui semble mise en cause. Lui non plus pourrait ne pas sortir renforcé de ces élections, qui risquent de diviser encore un peu plus son camp. Et le "New York Times" de conclure que le pire scénario pour de nombreux cadres du parti travailliste, ce jeudi, serait celui d'une perte, face aux conservateurs, par un écart réduit, qui les contraindrait à devoir composer encore de longs mois, dans l'opposition, avec un chef contesté.

Toujours dans le "New York Times", un focus ce matin sur la possible nouvelle base arrière de l'organisation Etat Islamique, en Asie et notamment aux Philippines, "où la nature et le visage de l'extrémisme ont récemment changé", explique Sidney Jones, dans son éditorial. Plutôt inquiétant, alors que Rodrigo Duterte a consacré sa première année de présidence, à une campagne démagogique et brutale contre les toxicomanes, et qu'il ne semble pas en mesure de comprendre, ou en tout cas de faire face à ce qui est en train de se passer, notamment sur l'île de Mindanao.

Mindanao où des rebellions armées sont actives depuis le début des années 70, et où une nouvelle alerte a été donnée il y a deux semaines, quand ont débuté d'intenses combats entre des dizaines de militants islamistes et les forces armées philippines dans la ville de Marawi. Nouvelle alerte qui indique clairement que l'organisation État islamique est maintenant aussi un problème de l'Asie du Sud-Est, explique le New York Times. Elle y est soutenue par une coalition hétéroclite faite d'anciens guérilleros, d'étudiants, d'universitaires, de convertis à l'islam. Depuis l'allégeance d'Abbu Sayyaf à l'EI, les événements se sont accélérées. Mais la stratégie du pouvoir philippin n'a elle, pas évolué : elle est toujours exclusivement militaire, et repose sur la force.

Alors, certes, pour le "New York Times", la loi martiale, que Duterte a déclaré à Mindanao le 23 mai, pourrait entraîner des pertes pour les islamistes : d'autres arrestations et des détentions, mais elle n'enrayera pas fondamentalement les phénomènes de radicalisation. Il faudrait une réponse plus globale, qui devrait commencer par une meilleure gouvernance. Sans quoi le gouvernement philippin, et Rodrigo Duterte resteront les maillons faibles de la lutte contre le djihadisme en Asie du Sud-est.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......