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Le président syrien Bachar al-Assad

Les preuves contre Bachar

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : selon une enquête conjointe de l'Onu et de l’OIAC, des hélicoptères de l'armée syrienne ont effectué deux attaques au chlore en 2014 et 2015.

Le président syrien Bachar al-Assad
Le président syrien Bachar al-Assad Crédits : Sana Sana - Reuters

Trois ans, presque jour pour jour, après le gazage des habitants d’un quartier de Damas qui avait fait près de 1500 morts, voici qu'un rapport de l'ONU vient à nouveau confirmer la folie meurtrière d'un homme, Bachar al-Assad, lequel n’hésite pas à recourir aux armes les plus immondes pour annihiler l’opposition dans son pays, sans égard pour les civils. Au terme d’une enquête qui aura duré une année, un rapport publié cette semaine conclut, en effet, que l’armée syrienne a utilisé, à deux reprises au moins, des armes chimiques contre sa population.

Ça n'est malheureusement pas une surprise puisque de précédents rapports avaient déjà confirmé l'utilisation de substances toxiques dans la guerre en Syrie, mais sans attribuer de responsabilité précise, rappelle le journal de Beyrouth L'ORIENT LE JOUR. Même si un faisceau d’indices semblait, a priori, démontrer l’origine gouvernementale de tirs de roquettes chargées en particulier de gaz sarin, personne n'avait osé jusque là désigner un coupable. Or cette fois-ci, les enquêteurs en ont la certitude : le 21 avril 2014 puis le 16 mars 2015, des hélicoptères militaires syriens ont répandu du gaz de chlore sur deux localités de la province d'Idlib.

Quelles conséquences sur le régime de Damas ?

Ce rapport sera débattu mardi prochain au conseil de sécurité de l'ONU. Et théoriquement, une résolution pourrait être adoptée pour condamner le régime syrien et lui imposer des sanctions. La Maison Blanche a d'ailleurs immédiatement exigé que les responsables rendent des comptes. Seulement voilà, la Russie et la Chine, qui protègent le régime de Bachar al-Assad, ont encore la possibilité de bloquer toute initiative en utilisant leur droit de veto, ainsi qu'ils l'ont déjà fait à plusieurs reprises depuis le début du conflit syrien en mars 2011. En d'autres termes, commente la chaîne d'information saoudienne AL-ARABIYA, les résultats de cette enquête jettent les bases de l’épreuve de force qui se jouera entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Enfin rappelons nous qu'aux termes d'un accord conclu le 14 septembre 2013, sous les auspices des États-Unis et de la Russie, le président Bachar al-Assad s’était déjà engagé à détruire ses stocks d’armes chimiques, notamment de gaz moutarde et de sarin, et qu'il avait même adhéré à la Convention pour l’interdiction des armes chimiques. En janvier de cette année, tout le monde se félicitait de ce que l’arsenal chimique syrien avait été détruit. Ce qui, pour autant, n'a pas empêché Damas de recourir au gaz de chlore qui, au prétexte qu'il est utilisé dans plusieurs industries et sert à purifier l'eau, n’est pas répertorié aujourd'hui comme une arme chimique en tant que tel.

Bachar al-Assad n’est pas le seul en cause

L’organisation État islamique a elle aussi utilisé l’arme chimique. Le 21 août 2015, Daech a utilisé du gaz moutarde à Marea, dans la province d’Alep. Ce qui signifie que le pouvoir syrien et son ennemi le plus radical, l'EI, se retrouvent désormais sur le même banc des accusés. Ce qui, d'ailleurs, ne doit rien enlever à la responsabilité première du régime baasiste dans la spirale de cette violence, prévient aussitôt l'éditorialiste du TEMPS de Lausanne. Au moment où, en Europe, de plus en plus de voix estiment qu’entre deux fléaux il faut choisir le moindre mal, il serait temps, dit-il, de se souvenir du caractère inhumain de la guerre menée par les forces armées syriennes et leurs alliés. On parle de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre systématiques depuis cinq ans. A ce titre, d'ailleurs, la cruauté de Damas est également mise en lumière par un autre rapport dressé cette fois-ci par Amnesty International et publié la semaine dernière, duquel il ressort que dix détenus, en moyenne, meurent chaque jour dans les geôles du régime syrien, soit 300 par mois, ce qui signifie près de 18 000 depuis mars 2011.

Enfin un premier indice de l'épreuve de force qui se jouera mardi au Conseil de sécurité de l'ONU nous sera donné dès demain puisque ce week-end se retrouvent, à Genève, les chefs de la diplomatie russe et américain pour tenter d’imposer un cessez-le-feu en Syrie. Or on ne compte plus les réunions diplomatiques qui, pour l’heure, ont toutes échoué à ramener la paix, se désole toujours l'éditorialiste avant de préciser : dans cet imbroglio géopolitique sans équivalent, Bachar al-Assad garde la main. Il fait toujours partie de l’équation même si l’avenir de la Syrie ne pourra se dessiner avec cet homme dont la place ne peut être que dans un tribunal international, aux côtés des dirigeants de l’organisation État islamique.

Imbroglio géopolitique

S'agissant d'imbroglio géopolitique, justement, le théâtre de guerre syrien s'est encore complexifié cette semaine avec la vaste offensive de l’armée turque, lancée en Syrie, contre Daech et les forces kurdes. L'offensive a, notamment, été rendue possible parce que la Turquie s’est réconciliée récemment avec la Russie, alliée de Damas. Mais cette attaque militaire a, par ailleurs, contraint Washington au grand écart entre son allié turc d'un côté et ses partenaires kurdes de l'autre. Depuis toujours, on le sait, la répression des velléités indépendantistes kurdes est une raison d’État pour Ankara, note le quotidien NEUE ZÜRCHER ZEITUNG. Et c'est ainsi que la Turquie a tiré des obus hier soir sur les combattants kurdes. D'où le reproche fait aujourd'hui aux Américains de laisser tomber les forces kurdes, qui se sont pourtant avérées jusque-là être l'opposant le plus efficace à Daech. Il y a encore quelques jours à peine, rappelle de son côté LA REPUBBLICA, les Kurdes avaient repris la ville de Manbij à Daech avec l'appui de l'US Air force. En revanche, cette semaine, le vice président américain Joe Biden a fermement demandé aux forces kurdes syriennes de ne pas franchir l'Euphrate et de se retirer. Un cadeau de réconciliation, en somme, offert par les États-Unis à Erdoğan, analyse le journal de Rome. Ce qui signifie que comme auparavant avec l'intervention des Russes en Syrie, les États-Unis semblent à présent s’accommoder de l'opération militaire de la Turquie, leur allié au sein de l'OTAN, redoute cette fois-ci la TAZ de Berlin avant d'en conclure que la guerre en Syrie connait là sa phase ultime. Ou dit autrement, on assiste aujourd'hui à la constitution de zones d'influence qui, en cas de cessez-le-feu, formeront la carte de la future Syrie.

Par Thomas CLUZEL

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