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NOrbert Hofer, candidat du parti FPÖ à l'élection présidentielle

Les regards des souverainistes européens sont tournés vers l'Autriche

3 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le Brexit, bénédiction ou piège pour les populistes autrichiens ? Le populiste Norbert Hofer défiera une seconde fois l'écologiste Alexander Van der Bellen, dont il a obtenu l'annulation de l'élection.

NOrbert Hofer, candidat du parti FPÖ à l'élection présidentielle
NOrbert Hofer, candidat du parti FPÖ à l'élection présidentielle Crédits : Heinz-Peter Bader

Retour à la case départ, c'est ainsi que le journal de vienne KURIER commentait ce week-end la décision, de la Cour constitutionnelle autrichienne, d’annuler le second tour de l’élection présidentielle du 22 mai dernier et d’ordonner, donc, la tenue d’un nouveau scrutin, qui devrait avoir lieu à l'automne. Pourquoi cette annulation ? Non pas à cause de manipulations ou pire de fraudes, (contrairement à ce qu'affirme en particulier le Front National remarque le magazine SLATE), mais en raison d'un nombre de votes douteux extrêmement élevé : 77.826 très exactement. Soit plus du double de l'écart qui séparait au second tour le vainqueur de l'élection, le candidat vert Van der Bellen, de son adversaire d'extrême droite Hofer.

La justice reproche notamment à de nombreuses circonscriptions (14 au total) d'avoir fait preuve de légèreté dans la procédure de dépouillement des votes par correspondance. D'ordinaire, ces bulletins sont toujours dépouillés le lundi suivant l'élection. Mais dans certains bureaux, des enveloppes ont été ouvertes trop tôt et certains de ces bulletins ont été comptabilisés en avance. Selon des témoins, plusieurs bureaux de vote auraient, en effet, subi des pressions afin de délivrer le plus vite possible les résultats de cette élection que toute l'Europe scrutait avec une certaine appréhension. Il faut dire aussi que ce dépouillement en dehors des heures légales était, jusque là, une pratique largement tolérée. Sauf que personne ne s’en était jamais soucié parce que les résultats n’avaient jamais été aussi serrés. Cette fois-ci, le nombre de bulletins douteux était supérieur à l'écart constaté au final entre les deux candidats. En d'autres termes, même si aucune preuve de manipulation des votes n’a été apportée, les Autrichiens vont de nouveau devoir voter, un développement absurde politiquement, mais juridiquement justifié, écrit à nouveau le quotidien de Vienne cité par le Courrier International.

Et puis la justice a, par ailleurs, invoqué un autre argument pour justifier cette annulation : elle a noté que des résultats partiels avaient fuité avant la clôture total du vote. En l'espèce, elle pointe que l'APA, la plus importante agence de presse du pays, a publié une dépêche, plusieurs heures avant la fin du scrutin, impliquant que la victoire du candidat d'extrême droite, Norbert Hofer, était vraisemblable et qu'un renversement du résultat n'était plus considéré comme probable. Ce qui, potentiellement, a pu fausser l'élection en incitant les électeurs de Hofer à ne plus se déplacer.

Quoi qu'il en soit, toute cette histoire suscite à présent un certain malaise. Parmi les plus indignés, le tabloïd ÖSTERREICH juge que la décision de la justice montre que l'Autriche est une République bananière, probablement le seul pays, hors d'Afrique et du Kazakhstan dit-il, qui est incapable de compter les votes convenablement. Quant à son confrère KURIER, il estime que si cette annulation est une bonne chose pour l’État de droit, en revanche, c'est un mauvais jour pour les partisans des théories complotistes.

Beaucoup y voient une victoire pour le parti d'extrême droite FPÖ

C’est lui qui avait contesté le résultat du scrutin, une semaine après le vote. Pour la KRONEN ZEITUNG, c’est donc bien là une victoire pour le parti populiste FPÖ. Victoire d'autant plus marquante, d'ailleurs, que c'est la présidence collégiale du Parlement qui assurera l'intérim de la présidence du pays. Or qu'y trouve-t-on ? Un trio composé de la présidente du Parlement, du premier vice-président et du deuxième vice-président, qui n'est autre que Norbert Hofer, lui-même. Ce qui signifie qu'il sera assurera, en partie, l'intérim de la présidence du pays en même temps qu'il sera candidat à la nouvelle élection.

L'effet "Brexit"

Si le FPÖ autrichien n'est pas à proprement parler anti-européen, à la différence du parti UKIP au Royaume-Uni ou du Front National en France, en revanche, il est eurosceptique et réclame, lui aussi, un référendum sur l'UE. Lors de la campagne présidentielle au printemps dernier, l’euro et l’Europe avaient déjà constitué des boucs émissaires faciles à exploiter pour le FPÖ. Le thème de l’immigration avait également, comme en Grande-Bretagne, joué un rôle important. Et puis à l'instar, là encore, du Royaume-Uni, les résultats de l'élection avaient consacré une division très nette du pays entre la ville d'un côté et la campagne de l'autre, les élites mondialisées d'une part et les laissés pour compte de la modernisation d'autre part.

Après le "Brexit" et notamment le chaos politique qui s’en est suivi dans le Royaume-Uni, les regrets des uns et les reniements des autres constitueront-ils un avertissement pour les souverainistes autrichiens ? C'est vrai que loin de triompher, le camp du "Leave" est aujourd'hui dépassé par sa victoire. Comme le montre le "Brexit", une sortie de l’UE, loin de ramener la cohésion sur l’espace national comme le promettent les souverainistes, ne fait au contraire qu’amplifier la désunion interne, analyse pour sa part LE TEMPS de Lausanne. Les souverainistes sont ainsi pris à leur propre piège. Sera-ce suffisant pour permettre la réélection du candidat vert Van der Bellen face à son adversaire d'extrême droite Hofer. Rien n'est moins sûr. En revanche, le "Brexit" est une leçon, donc, que devront prendre en compte les autrichiens. Et c'est ainsi, conclue le magasine SLATE, que la nouvelle élection présidentielle autrichien prévue à l'automne donnera une image grandeur nature de l’impact du "Brexit" sur les mouvements populistes en Europe.

Par Thomas CLUZEL

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