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Face à face entre indépendantistes catalans et forces de l'ordre

L'Espagne prise de vertige

5 min
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Au lendemain d'un référendum interdit en Catalogne, marqué par des violences policières, le fossé semble se creuser un peu plus encore entre Madrid et les séparatistes.

Face à face entre indépendantistes catalans et forces de l'ordre
Face à face entre indépendantistes catalans et forces de l'ordre Crédits : MARTY PHRADERA / SPUTNIK

Les images sont à la Une de la plupart des journaux et un mot revient, invariablement, celui de «chaos». Toute la journée d'hier des photos et vidéos de personnes ensanglantées, entourées par des policiers, ont circulé sur les réseaux sociaux. Certains diront, sans doute, que l’équation était inéluctable : Quelques 5 millions de Catalans appelés à voter sur l’indépendance de leur région et face à eux les forces antiémeute et la Guardia Civil espagnoles. Autant dire qu'avant même l'ouverture des bureaux de vote la Catalogne toute entière, déjà, était devenue une poudrière. Et en ce sens, rien de ce qui s'est produit hier n’était inattendue, concède EL MUNDO. Restait, toutefois, une inconnue : la quantité totale de blessés. Selon les chiffres du gouvernement régional, avancés ce matin par EL PERIODICO DE CATALUNYA, les charges policières ont amené 844 personnes à solliciter une assistance médicale. De son côté, le ministère de l'Intérieur a annoncé qu'au moins 33 policiers avaient été blessé.

Et si à défaut d'avoir pu gagner la bataille légale, les indépendantistes ont visiblement remporté, hier, la guerre de l'image, la presse madrilène ne semble pouvoir le supporter, elle qui, à l'instar d'EL MUNDO, salue ce matin le travail exemplaire de la police espagnole. Le gouvernement démocratique a tracé une ligne rouge, hier, et les lignes rouges sont parfois tracées avec du sang, écrit l'éditorialiste, mais votre travail restera dans les annales de l'utilisation de la force pour défendre la loi. Et le journal non seulement de préciser que la liste des centaines de blessés fournie par le gouvernement catalan inclut probablement les égratignures, mais d'accuser également ceux qui n'ont pas hésité à utiliser leurs propres enfants comme boucliers humains, dit-il, ou à défier la police pour obtenir l'énième image de la victime, aussitôt jetée sur les réseaux comme un soit disant cri d'oppression. Dans cette guerre de propagande, les victoires se comptent désormais par le nombre de vidéos postées et partagées. Et le quotidien madrilène d'insister, encore : Personne de raisonnable, que ce soit en Espagne ou à l'étranger, ne peut blâmer le gouvernement pour quoi que ce soit hier. Même la distorsion apocalyptique de la réalité provoquée par le nouveau paradigme de l'information ne peut nier que l'action révolutionnaire de quelques milliers de personnes a atteint ses limites. La dureté des images ne doit pas occulter la réalité, estime à son tour son confrère conservateur ABC : Le recours à la force était légitime, proportionné et nécessaire. Et nos forces de sécurité ont fait preuve, dit-il, d'un professionnalisme louable.

Parmi les quotidiens madrilènes, ce matin, il n'y a guère finalement qu'EL PAIS pour concéder que la défaite d'hier est une défaite pour le pays tout entier, pour les droits de tous les Espagnols, qu'ils soient catalans ou de n'importe où ailleurs en Espagne, une défaite pour le sort de notre démocratie, pour la stabilité et l'avenir de notre système de coexistence que nous nous sommes donné il y a près de quarante ans. Bien sûr, écrit l'éditorialiste, les principaux coupables sont d'abord et surtout le président de la Generalitat et celui du Parlement, lesquels ont lancé ce processus visant à confronter les Catalans entre eux, mais aussi la Catalogne contre le reste de l'Espagne. Loin de se comporter comme des dirigeants de tous les citoyens de leur pays, ils ont fait preuve d'un sectarisme incroyable. Et ils l'ont fait en méprisant la Constitution. Mais ni ses crimes flagrants, ni ses tyrans ne peuvent justifier la passivité et l'incapacité du Président Rajoy, lui-même, son aphasie politique.

A l'inverse, le site EL NACIONAL (favorable à l’autodétermination) lance lui en anglais, comme pour s’adresser à l’opinion publique internationale : «Shame on you, Mr. Rajoy» (Honte à vous, M. Rajoy). Plus sobrement, son confrère de Barcelone LA VANGUARDIA parle d'un jour triste pour la démocratie et réclame une solution politique pour résoudre le défi indépendantiste en Catalogne. Car ce qui s'est passé hier, dit-il, c'est bien l'échec flagrant de la politique. Et de préciser, l'échec en politique, c'est l'incapacité à se comprendre. Cette incapacité collective à s'attaquer à un problème profond est un échec partagé, écrit l'éditorialiste, dont on sent bien tout de même que pour lui la faute en revient essentiellement au pouvoir central. Ce journal, écrit-il, en a assez de réclamer un dialogue, non pas un dialogue de sourd, mais le seul auquel nous n'ayons jamais eu droit. Toujours est-il, conclue LA VANGUARDIA, que l'Espagne fait ce matin la une de la presse internationale avec des images difficiles à expliquer dans un pays occidental.

Et de fait, cette journée d'hier a vite débordé les frontières de l’Espagne pour devenir une polémique internationale. Partout, les images de violences policières ont fait hurler les sirènes d’alarme, notamment chez les voisins européens. Quand le leader du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn critique «la violence policière», le leader du Parti social-démocrate allemand, Martin Schulz, exprime son «inquiétude» et demande à Madrid et Barcelone de «dialoguer immédiatement». Quant au premier ministre belge Charles Michel, il condamne les violences et lance également un appel à un dialogue politique. Pour le quotidien suédois UPSALA NYA TIDNING, le gouvernement espagnol est clairement responsable de l’aggravation des choses. Répondre par le déploiement de forces de police à l’expression pacifique des opinions est une recette qui n’a jamais fonctionné. Et s'il fallait encore des preuves de ce que l'Espagne aurait pu agir autrement, il suffit, dit-il, de regarder du côté de la Grande-Bretagne et du Canada, qui eux ont entendu la demande de référendum et y ont accédé.

Sauf que c'est bien là tout le problème, justement, le référendum catalan secoue, désormais, les velléités indépendantistes dans toute l'Europe. Et le quotidien suisse LE TEMPS, en particulier, de faire l'inventaire non exhaustif de tous ces mouvements, que ce soit au pays basque espagnol, en Ecosse, mais aussi dans le nord de l'Italie ou bien encore en Belgique avec les indépendantistes flamands. Dès-lors, faut-il craindre une balkanisation du continent européen ? Pour le quotidien tchèque HOSPODARSKE NOVINY, le scénario est envisageable. Et le cas échéant, il ne s'agirait plus du délitement d'un Etat, mais de la cohésion de l'ensemble de l'Union. Les Polonais et les Hongrois, en particulier, pourraient alors soumettre au vote leur appartenance à l'UE. Ou dit autrement, cette journée du 1er octobre n’est pas la fin d’un processus, et pas seulement en Catalogne, mais bien le début de nouveaux problèmes.

Par Thomas CLUZEL

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