LE DIRECT

L'hypocrisie de la guerre contre l'EI.

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le vote au Parlement britannique pour ou contre une intervention contre l’EI en Syrie et les suites de l’enquête sur les attentats de Paris.
Le compte à rebours pour la guerre, le titre barre la Une ce matin du DAILY MAIL, après que David Cameron a annoncé, hier soir, que le débat sur le déclenchement des frappes contre Daech aurait lieu demain au Parlement. La décision du Premier Ministre fait suite au choix du parti d'opposition travailliste de ne donner aucune consigne de vote et de laisser au contraire ses élus voter en conscience. Alors tandis que les frappes aériennes britanniques en Syrie se rapprochent, ainsi que l'écrit ce matin THE INDEPENDENT, son confrère THE GUARDIAN, lui, veut croire encore qu'une autre solution est possible. Le journal détaille ainsi huit alternatives à ces frappes, plus efficaces selon lui, pour faire face à la menace. Parmi elles : tracer l'argent de l'EI, contrer la propagande de l'organisation terroriste ou bien encore tuer le calife.

Britain's Prime Minister David Cameron meets Royal Air Force pilots, in front of a Tornado GR4.
Britain's Prime Minister David Cameron meets Royal Air Force pilots, in front of a Tornado GR4. Crédits : POOL New - Reuters

Et puis alors que le vote des députés britanniques se prépare, le journal de Londres THE GUARDIAN a également choisi de donner la parole à des Syriens de Raqqa, exilés en Turquie. Tous ont fui leur pays quand l'ombre de l'organisation Etat islamique a commencé à assombrir les rues de Raqqa et tous portent sur leur visage un voile d’épuisement mais aussi de tragédie. Abu Ahmad, un homme d’affaires d’une quarantaine d’année, imagine notamment ce qu’il dirait aux députés britanniques qui s'apprêtent à voter pour ou contre une intervention en Syrie. La première chose que je ferais, dit-il, c’est leur demander de s’attaquer à la source de notre problème, comprenez Bachar el-Assad, et non au symptôme, c'est à dire Daech. Et de rappeler que des centaines de milliers de Syriens ont été tués ces dernières années. Et pourtant, personne n’est allé bombarder Damas, s'étonne Abu Ahmad. Pourquoi n’intervenir que face à l’Etat islamique ? Et pourquoi ne pas avoir bougé quand le régime syrien nous bombardait, interroge à son tour Mona, une enseignante, avant de préciser : est-ce uniquement parce que le terrorisme a touché les pays occidentaux ?

Quoi qu'il en soit, tous redoutent que ces nouveaux bombardements tuent encore plus d’innocents, en particulier dans une ville, Raqqa, où Daech se sert des populations civiles comme d’un bouclier humain, précise le journal cité par le Courrier International. Mais plus encore, ils dénoncent d'une même voix l’hypocrisie de cette communauté internationale, qui a fait semblant de ne pas voir les dizaines de milliers de civils tués par leur gouvernement ces dernières années, avant de finalement se décider à agir, lorsque Daech s’en est pris à des Américains et des Européens.

S'agissant cette fois-ci des attentats de Paris, la presse américaine révèle des informations pour le moins étonnante.
Avant tout, on rappellera que c'est aussi la presse américaine qui, la première, avait annoncé la mort d'Abdelhamid Abaaoud dans l'assaut du RAID à Pantin. Cette fois-ci THE WALL STREET JOURNAL nous apprend notamment que Brahim Abdeslam, l'un des terroristes qui s'est fait exploser boulevard Voltaire avait réservé un pavillon à Bobigny sur le site Homelidays, en utilisant son nom. Quant à son frère, Salah Abdeslam, toujours recherché, il a lui aussi utilisé son propre nom, sur Booking.com, pour réserver l'hôtel des terroristes du Bataclan.

Et puis toujours s'agissant de Salah Abdeslam, l'homme le plus recherché d'Europe, dont l’avis de recherche est général, il aurait réussit à déjouer tous les contrôles et à se réfugier en Syrie. Information de la chaîne américaine CNN, qui cite une source proche de l’enquête et des services de renseignements.

Enfin dans les quotidiens belge HET LAATSTE NIEUWS et LA DERNIERE HEURE, Ali Oulkadi, arrêté par la police, la dernière personne à avoir vu Salah Abdeslam vivant, raconte comment il l'a pris en charge à son arrivée à Bruxelles, après les attentats. Ali Oulkadi, 31 ans, marié, père de deux enfants, n’a pas de passé judiciaire. C’est Hamza Attou qui l’appelle en premier sur son portable. Attou est l’une des deux personnes qui ont ramené Salah Abdeslam de Paris. Il est alors 12 h 18, samedi matin. Attou lui demande de venir dans une commune près de Bruxelles. Salah Abdeslam porte un bonnet et lui demande de le déposer dans une autre commune, située à 3 km de là, un trajet qui se parcourt en à peine 10 minutes.

Les deux hommes s'arrêtent dans un café. C’est là qu’Ali Oulkadi a voulu prendre des nouvelles de Brahim Abdeslam et que Salah lui a dit que son frère était mort et qu'il avait tué des gens. Oulkadi fait alors seulement le lien avec les attentats qui ont lieu la veille. Salah, dit-il, veut surtout connaître le nombre des victimes à Paris mais il ne lui parle à aucun moment de son rôle dans les attentats. Salah trahit cependant une certaine émotion : il était pâle, livide, marqué, dit-il.

Puis les deux hommes repartent, direction cette fois-ci un dépôt de la Société des transports intercommunaux de Bruxelles, où Salah Abdeslam le fait stopper et lui demande d’attendre 5 minutes avant de repartir. "C’est ce que j’ai fait, dit-il. Il est sorti et a dit qu’on ne le reverrait jamais". Il est parti et j’ignore où il est allé. C'est là que s’arrête la trace du terroriste le plus recherché de la planète.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......