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En Algérie, un homme est assis sur un banc, devant les affiches de la campagne pour les élections législatives

L’indifférence à l'égard du jeu politique

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Les élections législatives en Algérie se tiendront jeudi. Un scrutin qui ne devrait pas bouleverser l'ordre politique et dont le principal enjeu sera la participation.

En Algérie, un homme est assis sur un banc, devant les affiches de la campagne pour les élections législatives
En Algérie, un homme est assis sur un banc, devant les affiches de la campagne pour les élections législatives Crédits : RYAD KRAMDI - AFP

Si l’indifférence à l'égard du jeu politique est soumise à des variations selon les sociétés, les catégories sociales et, bien entendu, la nature du système politique, partout elle semble s'amplifier pour devenir un phénomène majeur. Aux Etats-Unis, le taux de participation lors de l'élection américaine, l'an dernier, a été le plus faible enregistré depuis plus de 15 ans. En France, il n'est qu'à voir les débats depuis quelques jours dans les médias et sur les réseaux sociaux pour constater que, là aussi, l'abstention marque des points. Et pourtant, écrit LE QUOTIDIEN D'ORAN, on ne naît pas indifférent. On le devient par la force des choses, et pour le dire rapidement, se construit peu à peu une forme d'usure à la fois psychique et sociale qui, avec le temps, produit un profond scepticisme à l'égard du mode d'administration des pouvoirs. Pour autant, il serait réducteur de classer, d'étiqueter ou même de stigmatiser les personnes indifférentes qui, en réalité, n'en pensent pas moins sur les enjeux produits par une élection. Seulement voilà, à force d'exhiber des cahiers de doléances dont les feuilles jaunies ont bien vieilli avec le temps, l'indifférence profondément nichée dans la mémoire des gens resurgit violemment pour justifier, aujourd'hui, leur non-implication face à un scrutin vécu comme une simple répétition mécanique, et qui ne répondra en rien à leurs préoccupations.

Illustration encore de ce phénomène en Algérie, cette fois-ci, où la campagne pour les élections législatives (qui se tiendront jeudi) a pris fin comme elle avait commencé, c’est-à-dire, écrit l'éditorialiste du quotidien LIBERTE, dans l’indifférence quasi générale. Et pour cause l’indigence de cette campagne suffit, à elle seule, à mettre en évidence à la fois le fossé qui sépare le gouvernement et ceux qui font office d’élites politiques, d’une part, et la société, d’autre part. Cette indigence, conjuguée au désintérêt quasi absolu affiché par les Algériens tout au long de ces trois semaines de campagne, achève également de mettre en relief la désertification politique que le régime, à coups d’agissements liberticides, de décisions populistes, et de gestion clanique, a fini par générer dans ce pays. C’est donc dans un désert que les animateurs d’une campagne électorale inédite auront officié. Car si le public les a boudés la plupart du temps, eux-mêmes n’ont pas été capables, au fil des jours, de faire preuve d’imagination ou d’innover pour susciter chez les citoyens ne serait-ce qu’un léger regain de curiosité. C’est dire que la classe politique, elle-même, est globalement très affectée par toutes ces années de léthargie qui, à vrai dire, n’ont rien envier à celles, de plomb, vécues du temps du parti unique.

Et d'ailleurs, faut-il seulement s’en étonner ?, interroge le site PRESSE-DZ. A quoi s’attendre d’autre, lorsqu’au sommet de l’Etat règne l’increvable Bouteflika, lequel se contente, devant 40 millions de spectateurs indifférents, de faire voltiger ses sbires comme un simple courant d’air le ferait avec de minuscules moucherons ? Le weekend dernier, le président a bien tenté, c’est vrai, de s'impliquer dans le débat, précise LE TEMPS d'Alger. Dans un message lu en son nom, Abdelaziz Bouteflika n'a pas manqué d'appeler les Algériens à se rendre massivement aux urnes. « Votre participation à ce scrutin sera votre contribution personnelle à la stabilité du pays, à la progression de la démocratie dont vous êtes la source, et au développement de notre patrie », a-t-il lancé, avant de s'engager à ce que le choix des électeurs soit respecté. Mais sera-t-il entendu ? A lire les réactions des jeunes, notamment, interrogés dans les colonnes d'EL WATAN, c'est peu de dire que le doute est permis. Noureddine, 30 ans (un jeune activiste des droits de l’homme) a beau essayé de convaincre ses amis que « si le boycott est une forme d’implication, ce n’est pas une solution, car d'autres voteront pour nous », Mourad, 23 ans (étudiant) lui rétorque : « Penses-tu que si c’était quelque chose de bien pour nous, le gouvernement nous supplierait d’aller le faire ? » Et d'ajouter la phrase de cet humoriste : « Si le fait de voter devait changer quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit. » De l'avis de Yasmine, 25 ans (employée dans une boîte de communication), toute personne qui essaye de s’intéresser ne serait-ce qu’un minimum à la politique, on la stoppe immédiatement. « Ça sert à quoi que j’aille donner ma voix, dit-elle, sachant qu’elle ne sera pas prise en considération ? Nos députés, on ne les connaît même pas. Ils sont normalement nommés pour défendre nos droits. Or ils ne défendent que leurs propres intérêts. C’est du chacun pour soi. »

Sans compter que, cette fois encore, les élections législatives vont avoir lieu dans la plus grande opacité, prévient le journal interactif ALGERIE-FOCUS. Les médias bruissent, déjà, de tractations, d’habillages, de combines, bref de tous ce dont le peuple en général, et les électeurs en particulier, ne supportent plus l’odeur fétide et nauséabonde. Quand les partants s’accrochent, les prétendants se bousculent et personne, au final, ne veut céder sur ses ambitions. Mais le peuple dans tout ça ? Toute cette dramaturgie dans quel but ? Élire les représentants du peuple ? La belle affaire ! A lire ce matin dans la presse les témoignages de toutes les personnes qui se détachent à présent du politique, leurs critiques radicales font toutes référence à l'absence d'exemplarité des acteurs politiques.

D'où cette tribune, en guise de conclusion, intitulée « Monsieur le futur député, soyez sincère et j'irai voter ! », où le journaliste du quotidien LE MATIN pousse le souci de la réalité jusqu'à l'absurde. « Dis-moi que tout ce que tu me racontes n'est qu'un vaste mensonge et que tu ne cherches que tes intérêts et ceux de ta fratrie. Avoue que si tu es élu, c’est comme si tu gagnais à la loterie, que tu seras sourd aux cris des démunis et alors j'applaudirai la médiocrité et la banalité. Reconnais cette réalité et je te promets d’aller voter. »

Par Thomas CLUZEL

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