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L'Indonésie frappée, à son tour, par Daech.

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Des attentats suicides revendiqués par l’EI ont semé le chaos hier à Jakarta, où des extrémistes inspirés par les attaques de Paris ont tué par balle deux civils, dont un Canadien.
Il était 10h30, hier matin, lorsque Jakarta a été secouée par une première bombe. S'en sont suivis 5 autres explosions, en l'espace de 10 minutes, dans un quartier à la fois commercial, diplomatique et financier de la capitale. "J'ai d'abord entendu une forte détonation, comme un tremblement de terre", raconte un témoin. "J'ai vu un homme avec la main mutilée, mais en vie. L'un des serveurs du café entièrement détruit est sorti en courant. Du sang coulait de ses oreilles. Immédiatement, tout le monde s'est rassemblé. Et puis un terroriste est arrivé et il a commencé à nous tirer dessus". Non loin de là, le directeur du Bureau régional des Nations unies contre la drogue, observe lui les affrontements depuis son bureau. "En trois ans et demi de Pakistan, je n’ai jamais vu cela", dit-il. Rapidement, les policiers d'un commissariat interviennent, avant d'être rejoints par un détachement de l'unité anti-terroriste. Après trois heures d’affrontements le bilan fera état d'au moins sept morts, cinq assaillants dont deux se seraient fait explosé, un policier et un civil canadien. 20 autres personnes ont été blessées.

Dans la soirée, le groupe djihadiste État islamique a revendiqué ces attaques, par le biais d'une agence de presse proche de l'organisation. Et force est de constater que ça n'est pas franchement une surprise, précise LE TEMPS de Lausanne, puisque la police indonésienne était déjà en alerte maximale depuis plusieurs jours après avoir arrêté cinq personnes le mois dernier, soupçonnées d'appartenir à un réseau proche de l'organisation terroriste, mais aussi après avoir déjoué un projet d'attentat suicide dans la capitale pour le Nouvel An. Au total, près de 150 000 policiers et militaires avaient ainsi été mobilisés pendant les fêtes, jusqu'au 2 janvier dernier. En d'autres termes, si durant toute la période des vacances de fin d’année, Djakarta était sur le pied de guerre, in fine, la menace se sera malheureusement concrétisée plus tard que prévue.

Quoi qu'il en soit, l'attaque d'hier, le premier attentat dans la capitale de l’archipel indonésien depuis 2009, illustre l’implantation aujourd'hui de l’organisation terroriste dans la région, peut-on lire sur le site philippin RAPPLER, cité par le Courrier International. Depuis plusieurs mois, le califat séduit de nouvelles recrues. Au total, 22 groupes en Asie du Sud-Est ont prêté allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi et exprimé leur soutien à l’organisation Etat islamique. Plusieurs de ces groupes ont été démantelés, notamment en Malaisie. En revanche, aux Philippines et surtout en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, l’activité des réseaux proches de Daech se poursuit.

Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle, pour bien comprendre pourquoi Daech a choisi hier de frapper Jakarta, inutile de regarder vers Paris, écrit FOREIGN POLICY, même si c'est vrai les scènes de guerre observées hier dans la capitale indonésienne rappelaient étrangement celles du 13 novembre. Non, l'explication se trouve en Indonésie même. Et pourquoi ? Parce que l’organisation Etat islamique s’y appuie sur des membres d’anciennes cellules terroristes. C'est le cas, en particulier, du chef spirituel indonésien de la Jamaah Islamiyah, Abu Bakar Bashir, qui de la fin des années 1990 au milieu des années 2000 a agi comme le bras d’Al-Qaïda dans la région. Or l’an dernier, l’homme a plaidé allégeance, depuis l'intérieur même de sa cellule, à l’organisation Etat islamique. Selon le contre-terrorisme indonésien, l'EI compterait aujourd'hui un millier de sympathisants à travers le pays.

Et puis dans une interview au quotidien australien THE AGE, un expert indonésien du terrorisme met en garde contre le risque représenté par ces islamistes indonésiens partis combattre en Syrie et revenus ensuite dans l’archipel. Ils pourraient être entre 150 et 200. Beaucoup de ceux qui sont rentrés veulent transférer, dit-il, le conflit syrien en Indonésie. C’est, d'ailleurs, le même phénomène qui avait prévalu, autrefois, à la création du groupe Jemaah Islamiyah, composé en partie de vétérans indonésiens qui avaient combattu en Afghanistan aux côtés des talibans dans les années 1980.

Il existe néanmoins un parallèle avec les attentats de Paris.
Les chaînes d'information américaines CNN et CBS précisent qu'un homme est aujourd'hui présenté par les autorités indonésiennes comme l'instigateur des attaques d'hier. Son nom : Bahrun Naim. L'homme avait été arrêté en 2011 pour détention d'armes et emprisonné pendant trois ans. Il avait alors mis cette période à profit pour tisser un réseau de combattants, qui ont notamment essaimé autour de Solo et dans le centre de l'île de Java. Toujours selon les autorités, il aurait gagné la Syrie l'année dernière et c'est à partir des territoires contrôlés par Etat islamique qu'il aurait coordonné l'attaque contre Jakarta. Or peu de temps après les attentats commis à Paris, Bahrun Naim avait publié sur son blogue une note dans laquelle il expliquait à quel point il était aisé aujourd'hui de glisser de la guérilla à des attaques visant des centres urbains.

Enfin dans une déclaration à la presse, le Président indonésien s’est adressé hier à ses concitoyens avec ce message : “Ne nous laissons pas gagner par la peur face aux actes terroristes”.
#KamiTidakTakut, “Nous n’avons pas peur”, les mots du président en bahasa, la langue nationale, ont aussitôt circulé sur les réseaux sociaux. En fin d’après-midi, hier, le site du quotidien de Jakarta KOMPAS avait recensé pas moins de 86 700 occurrences de ce hashtag. Il fait évidemment écho aux #JeSuisCharlie, mais aussi #NotAfraid ou bien encore #FluctuatNecMergitur, ces expressions qui avaient fleuri après les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris.

Nous n'avons pas peur. L'objectif de Daech aujourd'hui, écrit THE IRISH INDEPENDENT, c'est évidemment la privation de liberté. Or comme l'a dit la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, rappelle le quotidien de Dublin, la peur est la seule vraie prison et la seule vraie liberté consiste, précisément, à se défaire de la peur.

Par Thomas CLUZEL

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