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Détail de la founaine "Deluge" à Bydgoszcz, en Pologne

L'instrumentalisation de l'histoire

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Le chef du parti conservateur au pouvoir en Pologne, Jaroslaw Kaczynski, accuse l'Allemagne de rejeter sa responsabilité pour la 2ème guerre mondiale. Il réclame à Berlin des réparations de guerre qui, selon lui, sont toujours dues à son pays.

Détail de la founaine "Deluge" à Bydgoszcz, en Pologne
Détail de la founaine "Deluge" à Bydgoszcz, en Pologne Crédits : JAAP ARRIENS / NURPHOTO

Depuis quelques semaines, la demande devient insistante. Le président du parti polonais Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, le martèle : l’Allemagne doit à Varsovie des milliards de dollars de réparations, pour les horreurs commises durant la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est pas la première fois, en réalité, que le parti catholique au pouvoir (ultra-conservateur et europhobe) exprime cette revendication. En 2015, le même type de demande avait, déjà, tendu les relations entre Berlin et Varsovie. Sauf que la réouverture inattendue de ce dossier est aujourd'hui amplifiée par certains médias de droite, dont l’hebdomadaire SIECI PRAWDY, lequel a mis à jour ses chiffres. Selon lui, la Pologne doit exiger des réparations de l’ordre de 6000 milliards de dollars.

Reste que Kaczyński n’étant pas officiellement membre du gouvernement, pour l'instant, ses propos n’engagent pas formellement l’État polonais. Et d'ailleurs, le président lui-même s'est aussitôt distancié de la requête. Et ce pour une raison simple : la rhétorique anti-allemande de Kaczynski sape le bon état des relations germano-polonaises. En offensant et en humiliant l’Allemagne, nous risquons de rompre avec le dernier pays qui nous est favorable et nous relie à l’Europe, commente notamment le quotidien d'opposition GAZETA WYBORCZA. Sans compter que l’Allemagne est aujourd'hui le principal partenaire commercial de Varsovie.

En réalité, toute cette histoire de réparation ne serait donc qu'un simple jeu de politique interne, analyse LE TEMPS, l’argument anti-allemand servant, d'abord et surtout, à couvrir la cuisante défaite du parti au pouvoir, en juillet dernier. Une fois de plus, conclue le quotidien économique RZECZPOSPOLITA, le président du parti au pouvoir abuse de la politique historique dans la politique tout court. Ou dit autrement, il instrumentalise l'Histoire.

Autre danger, à présent, celui d'effacer l'Histoire

Depuis quelques jours aux Etats-Unis, les vestiges du passé sudiste posent plus que jamais problème. Les statues et autres monuments commémorant des figures des Etats confédérés réveillent des blessures profondes au sein de la communauté afro-américaine. D'où cette question : faut-il les éradiquer ou doivent-ils servir d’outils pédagogiques pour montrer que l’esclavagisme et le racisme n’ont plus place dans la société d’aujourd’hui ? A ce titre THE WASHINGTON POST, repéré par le Courrier International, nous raconte comment les habitants d'une petite ville du Kentucky se sont battus l'été dernier, dans l'indifférence quasi générale, pour rapatrier chez eux un monument confédéré destiné à être détruit. De leur point de vue, rien ne leur interdisait d’accueillir ledit monument. Sauf qu'après les violences de Charlottesville, bien évidemment, leur décision paraît aujourd'hui beaucoup plus lourde de conséquences. Et c'est ainsi que les édiles de la ville, désormais, l’affirment : Ils refusent que l’on efface l’Histoire et veulent la préserver. En clair, éradiquer l’Histoire comporterait, selon eux, un danger : celui de provoquer une dangereuse amnésie collective. Reste, toutefois, un danger : que le patrimoine historique des Etats-Unis ne se transforme à présent en véritable poison, inoculé dans la diversité à la fois ethnique et sociale américaine.

Preuve, quoi qu'il en soit, que Charlottesville n'a pas fini de nourrir le débat, le site d'information QUARTZ s'est, lui, intéressé à la dernière polémique en date aux Etats-Unis : l'histoire d'une chaîne de télé qui, en voulant éviter une polémique raciste, a fini par se faire taxer de raciste. Le 2 septembre prochain, l’équipe de football de Charlottesville jouera son premier match de la saison. Or la chaîne sportive ESPN a fait une annonce qui a immédiatement déclenché une polémique : Le commentateur sportif d’origine asiatique, qui devait suivre le match de Charlottesville, commentera finalement une autre rencontre (entre Youngstown et Pittsburgh). Pourquoi ? Parce que le journaliste, Robert Lee est l’homonyme quasi parfait du général confédéré Robert E. Lee, c'est-à-dire ce même militaire dont le démantèlement prévu de la statue de Charlottesville avait indigné l'ultra droite américaine et déclenché les émeutes du 12 août dernier. Alors face à cette triste ironie, ESPN a donc jugé préférable de changer son commentateur de match. Et de se justifier dans un communiqué : «Il y avait une possibilité qu’à cause de son nom, Robert soit sujet à des blagues offensantes». Sauf qu'au grand dam d’ESPN, ce qui devait arriver arriva, note le magazine SLATE. Sur les réseaux sociaux, la chaîne a été vivement critiquée pour cette décision. Quand pour certains, empêcher un commentateur asiatique de suivre un match à cause de son nom relève du racisme, pour d’autres, il s’agit d’un exemple du politiquement correct allant trop loin. De son côté, la chaîne a répondu : «Nous essayons juste de soutenir un homme qui ne voulait pas se retrouver à la place d’un animal de zoo.»

Direction à présent l'Espagne, où les derniers attentats ont des conséquences inattendues

En toile de fond : le référendum sur l’indépendance convoqué par les partis séparatistes catalans pour le 1er octobre, considéré comme illégal par Madrid. Malgré les attentats, le processus enclenché «suivra son cours comme c’était prévu», a affirmé hier le porte-parole du gouvernement autonome catalan. Or cette déclaration nous apprend deux choses. Tout d'abord, que l’union sacrée (après les attentats de Barcelone) entre le gouvernement central espagnol et la Catalogne est bel et bien terminée, si tant est, d'ailleurs, qu’elle ait jamais existé. Et puis surtout, explique LA RAZON, les souverainistes pensent que leur projet sort, à présent, renforcé après ces derniers jours de lutte antiterroriste. Pourquoi ? Parce que la Catalogne a démontré, selon eux, qu’elle était prête à gouverner seule. Toute la journée d’hier, les responsables de la coalition indépendantiste ont, d'ailleurs, twitté un article du WALL STREET JOURNAL qui ne disait pas autre chose : L’enquête sur l’attaque a donné l’occasion au gouvernement catalan de démontrer son principal argument, écrit le quotidien américain : qu’il peut gouverner seul.

Sauf que les syndicats de la police nationale, eux, ont aussitôt réagi pour s'en prendre vertement à leurs collègues catalans. Dans un communiqué, ils leur reprochent de n’avoir sollicité aucune aide de Madrid au moment de l’explosion, la veille de l’attentat, de la maison d'Alcanar où les terroristes avaient entreposé leurs bonbonnes de gaz. Dans un premier temps, cette explosion avait été prise, par les policiers catalans, pour une fuite de gaz. Or si l’enquête avait été bien menée, précise le communiqué repris par l'ensemble des médias madrilènes dont EL PAIS, on aurait pu détecter un attentat terroriste. Toujours selon ces syndicats, l’arrière-fond est politique. Pour eux, la Catalogne a voulu véhiculer à l’extérieur de notre pays l’image d’un État autosuffisant en matière policière. Une instrumentalisation, en somme, de l'histoire récente, cette fois-ci : l'actualité.

Par Thomas CLUZEL

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