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De retour d'urgence de Moscou, le président Roberto Duterte a annoncé hier qu'il proclamerait la Loi Martiale

Loi martiale aux Philippines

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Face à une insurrection de groupes islamistes armés proches de l'Etat Islamique, le président philippin proclame la Loi Martiale sur une partie, au moins, de l'archipel.

De retour d'urgence de Moscou, le président Roberto Duterte a annoncé hier qu'il proclamerait la Loi Martiale
De retour d'urgence de Moscou, le président Roberto Duterte a annoncé hier qu'il proclamerait la Loi Martiale Crédits : NOEL CELIS - AFP

Pour l'instant cette loi martiale ne devrait être appliquée que dans la grande île de Mindanao, la plus au sud de l'archipel philippin, mais, annonce ce matin en gros titres de Une le Daily Tribune de Manille "Duterte pourrait bien étendre la loi martiale à tout le pays pour contenir l'Etat Islamique". Le président philippin a du en effet écourter sa visite d'Etat en Russie et rentrer chez lui d'urgence vue la tournure des événements dans plusieurs villes et districts de Mindanao.

A priori tout a commencé lundi par un raid de la police sur un bâtiment en plein cœur de la ville de Marawi - 200 000 habitants à majorité musulmane - sur l'île de Mindanao. L'objectif était, selon les autorités d'essayer de coincer Isnilon Hapilon, l'un des principaux chefs du groupe islamiste Abou Sayyaf lequel a prêté allégeance à l'Etat Islamique. Nul ne semble en mesure de raconter précisément ce qui s'est passé mais ce qui est certain c'est que la ville de Marawi dans sa totalité semble avoir été transformée en zone de guerre en quelques heures ; les autorités militaires évoquant un bilan d'une trentaine de morts.

Sur la chaîne de télévision ANC, le maire de Marawi raconte que "100 ou 200 combattants islamistes ont fait irruption dans la ville et ont pris d'assaut plusieurs bâtiments dont certains ont été détruits". Le drapeau de l'Etat Islamique a été hissé sur le bâtiment de l’hôpital ; les prisons de la ville et du district ont été également prises d'assaut libérant au moins une centaine de détenus, la plupart proches des groupes armés islamistes... et la conférence des évêques catholiques des Philippines annonçait hier par communiqué qu'un prêtre ainsi que plusieurs dizaines de fidèles étaient retenus en otage par les combattants islamistes dans la cathédrale Notre Dame du Secours de Marawi ... A vrai dire l'agence Amaq, agence de propagande de l'Etat Islamique s'est elle-même fendue d'un communiqué annonçant que des "combattants de l'Etat Islamique avaient lancé une offensive d'envergure sur les positions de l'armée des Philippines dans la ville de Marawi".

Dans la ville, "les forces armées disent maîtriser la situation, mais les habitants qui fuient l'agglomération racontent une toute autre histoire, explique Reuters et l'agence de citer un étudiant interviewé sur le chemin de l'exil : il raconte que "la ville dans son entier est aux mains de groupes armés, qui contrôlent la plupart des artères principales ainsi que les deux ponts permettant l'accès à Marawi". Un correspondant de l'AFP a posté ces dernières heures les images d'un véritable exode: des milliers de Philippins quittant précipitamment la ville de Marawi, fuyant les combats qui s'y déroulent toujours.

Les villes et districts voisins sont en alerte maximale, explique pour sa part le Philippine Star, quant aux habitants de Cotabato, une centaine de km au sud de Marawi ils ont été sommés de prendre des mesures d'extrêmes précaution : des combattants islamistes ayant été aperçus dans les environs... Même état d'alerte à Davao, la grande ville tout au sud de l'archipel et agglomération dont le président Duterte a été le maire pendant des années : sa fille, qui à pris sa suite comme premier magistrat, vient de décréter une sorte de couvre-feu limitant strictement tout déplacement.

Pour autant, décréter la loi martiale aux Philippines rappellera de mauvais souvenirs à beaucoup aux Philippins, et notamment les années de la dictature impitoyable de Ferdinand Marcos à partir de 1972. D'ailleurs le président Roberto Duterte ne s'est pas privé de faire la comparaison à son arrivée à Manille hier après-midi, promettant des règles d'engagement de l'armée "aussi dures, voire plus dures" que sous le régime de Ferdinand Marcos rapporte ce matin le Daily Tribune... La perspective d'un régime d'exception ne semble pas effrayer le Manila Times dont l'éditorial de ce jeudi explique que "la proclamation de la loi martiale est absolument nécessaire pour venir a bout du terrorisme". En fait, "le pays vit en dehors des lois depuis les attaques à la bombe à Davao l'an dernier, et la sécurité renforcées ainsi que les barrages routiers n'ont manifestement pas été suffisants pour ramener le calme. Duterte a besoin d'outils acérés pour écraser les Maute, Abou Sayyaf et les autres groupes qui ravagent le sud du pays depuis trop longtemps, chose que les administrations précédentes n'ont pas réussi à faire ".

Mais tous les éditorialistes de la presse philippine ne sont pas du même avis. Dans une longue tribune dans les colonnes du Philippine Star, Federico Pascual explique que "sans lien direct et avéré entre ces groupes insurgés et l'Etat Islamique, il ne saurait y avoir de loi martiale. Or, remarque-t-il, la seule indication d'un élément proche de l'Etat Islamique dans la crise de Marawi c'est que quelqu'un a brandi un drapeau noir qui ressemble à ceux de l'Etat Islamique, lequel a promis d'établir un califat global en annexant des zones que ses combattants ont pris". En l'espèce, poursuit l'éditorialiste, "rien n'indique que les groupes Maute et Abou Sayyaf représentent autre chose que ce qu'ils ont toujours été : une simple bande de brigands armés... il semble surtout, conclu Federico Pascual, que le pillage de Marawi par ces groupes a donné au président Duterte ce qu'il cherchait depuis longtemps : une occasion et une justification pour proclamer la loi martiale à Mindanao et peut-être même sur la totalité du pays".

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