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Affiche au salon mondial du marché numérique, à Hanovre

L’oubli est-il une vertu capitale de notre mémoire ?

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Notre faculté d’oublier est essentielle à nos prises de décision éclairées, à nos aptitudes à l’abstraction et à notre adaptation au quotidien. C’est, du moins, ce qui ressort d’une nouvelle étude.

Affiche au salon mondial du marché numérique, à Hanovre
Affiche au salon mondial du marché numérique, à Hanovre Crédits : FRANK MAY / PICTURE ALLIANCE / DPA

Nous nous plaignons souvent de notre mémoire. Plus exactement, nous déplorons ses capacités de stockage limitées. Mais qui se plaint de ses facultés d’oubli insuffisantes? Personne. Et pourtant, nous devrions rendre grâce à notre aptitude à oublier. Car notre mémoire n’a de sens que dans ses deux dimensions : le stockage du souvenir d'un côté et l’oubli de l'autre. C'est en tous les cas ce qui ressort d’un article signé par deux chercheurs de l'université de Toronto, publié dans la prestigieuse revue NEURON et repéré par le quotidien suisse LE TEMPS.

On y apprend notamment que les mécanismes neuronaux à l’origine de l’effacement des souvenirs sont distincts de ceux qui assurent leur stockage. En clair, les neurones qui permettent de mémoriser les données ne sont pas les mêmes que ceux qui participent aux mécanismes d’effacement. Ce qui signifie que l’oubli intentionnel ne constitue pas un processus passif. Le cerveau doit travailler activement pour effacer un souvenir à dessein. Alors, on pourrait s’étonner que le cerveau consacre tant d’énergie à créer des neurones aux seules fins d’affaiblir certains souvenirs. Mais c’est que l’enjeu est vital. Car si une bonne mémoire doit, certes, nous permettre de retenir durablement l’essentiel, elle doit aussi, et c’est primordial, être capable d’effacer l’accessoire. En clair, une bonne mémoire est une mémoire qui sélectionne. Et voilà comment l'oubli (et non pas uniquement le souvenir) nous aiderait à prendre de bonnes décisions, conclue l'étude. En nous débarassant des informations parasites, en éliminant les souvenirs superflus, notre mémoire nous aide à généraliser les événements du passé au présent, à nous adapter au contexte et donc à nous projeter dans le futur.

Sauf que, parfois, libérer de la mémoire est aussi source d'anxiété

Selon plusieurs médias américains, dont le site spécialisé TECHCRUNCH, le groupe Microsoft, après avoir déjà procédé à plusieurs vagues de licenciements ces dernières années, pourrait annoncer cette semaine la suppression de milliers d’emplois. Alors quel rapport, me direz-vous, entre un probable futur plan social et la mémoire ? Eh bien si Microsoft, pourtant troisième capitalisation boursière au monde, s'apprête à licencier c'est en raison de la nouvelle orientation stratégique du groupe. La vente de logiciels n’est plus, aujourd'hui, le principal vecteur de croissance de l’entreprise, fondée par Bill Gates. Un tiers du chiffre d’affaires de Microsoft est à présent lié aux services cloud, et notamment aux performances de sa plateforme de stockage de données "Azure", dont le taux de croissance a progressé de 93% au cours du dernier trimestre. Sur la même période, les revenus du département Cloud de Microsoft ont atteint près de 7 milliards de dollars, en hausse de 11%.

En Grèce, cette fois-ci, parce que certains ont justement la mémoire longue, la recomposition de la gauche s'annonce plus compliquée que prévue.

Là-bas, cinq formations de gauche, dont l'ex parti au pouvoir Pasok, se sont regroupées pour forger une alliance démocratique. Un nouveau départ, donc, pour la gauche. Sauf que cette nouvelle coalition inspire, d'ores et déjà, des sentiments mitigés. Parmi les commentaires les plus virulents, le journal conservateur DIMOKRATIA est sans doute le plus en verve. Cette nouvelle alliance se présente comme un parti nouveau, et non comme celui qui avait été impliqué dans les plus grands scandales. En ce sens, écrit l'éditorialiste, elle cherche à berner le peuple grec. Elle n'est rien d'autre, dit-il, qu'un écran derrière lequel veulent se cacher le parti socialiste et ses élus corrompus. Mais quel que soit le nom qu'il puisse se donner, conclue le journal, le Pasok aura beau procéder à autant de liftings et d'opérations esthétiques qu'il voudra, il se leurre en croyant que les Grecs ont oublié ses méfaits et ses erreurs quand il était au pouvoir.

Eux n'ont manifestement rien oublié. Eux, ce sont les électeurs japonais qui viennent de sanctionner lourdement le parti du Premier Ministre, Shinzo Abe, aux élections de l’assemblée municipale de Tokyo. Un vote sanction, donc, pour ce gouvernement qui depuis qu'il est au pouvoir bafoue les fondements de la démocratie, fustige en particulier le plus grand quotidien du pays ASAHI SHIMBUN, repéré par le Courrier International. Selon lui, les résultats de ce scrutin doivent être interprétés comme un non retentissant à l’arrogance et à la suffisance du Premier ministre, lequel s’est appuyé sur la majorité de son camp, dans les deux chambres, pour faire passer en force des lois soulevant de graves enjeux constitutionnels. Par la seule force du nombre, son parti a ni plus ni moins étouffé, dit-il, le débat au Parlement. Ou quand Shinzo Abe semble avoir oublié un principe de base de la démocratie : les partis d’opposition, même minoritaires, n'en représentent pas moins toujours de larges pans de l’électorat.

Une étonnante volte-face, désormais, à la Une de la presse britannique.

Lundi, l'un des principaux promoteurs du Brexit a estimé que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne serait finalement une erreur. Un revirement stupéfiant. C’est ainsi que THE INDEPENDENT qualifie la sortie du directeur de la campagne en faveur du "Leave", un homme en réalité peu connu du public mais considéré tout de même comme un puissant influenceur en coulisses. C’est lui notamment, rappelle toujours le journal, qui est à l’initiative de ce slogan mensonger, qui à l'époque ornait plusieurs bus de la capitale, selon lequel le Royaume-Uni envoyait près de 400 millions d’euros par semaine à l’Union Européenne.

Enfin à l'occasion de ses obsèques, aujourd'hui, la presse étrangère salue, elle, la mémoire de Simone Veil

Même si elle n’a jamais eu le pouvoir politique d’un Charles De Gaulle, d’un François Mitterrand ou d’un Emmanuel Macron, Simone Veil est devenue le symbole des plus hautes valeurs de la République, jusqu’à devenir la personne la plus respectée de France, écrit notamment EL MUNDO. Si de nombreux journaux retiennent son engagement pro européen, c'est évidemment en légalisant l’avortement qu'elle est entrée dans l'Histoire, résume de son côté THE GUARDIAN. Enfin ce n’est pas seulement une femme politique qui disparaît, ni même une personnalité dont l’engagement et la force inspiraient le respect de tous, note LE SOIR, c’est aussi le témoin d’un siècle qui s’éteint, celui de toutes les abominations.

Par Thomas CLUZEL

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