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Statue de l'époque soviétique, à Nikishyne, l'un des villages les plus affectés par la guerre dans le  Donbass.

L'Ukraine, 3 ans après

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Trois ans après le début du conflit, la situation sécuritaire dans l’est de l’Ukraine reste tendue, en dépit d’un accord de cessez-le-feu.

Statue de l'époque soviétique, à Nikishyne, l'un des villages les plus affectés par la guerre dans le  Donbass.
Statue de l'époque soviétique, à Nikishyne, l'un des villages les plus affectés par la guerre dans le Donbass. Crédits : CELESTINO ARCE / NURPHOTO

C’était le 22 février 2014. Après plusieurs semaines de manifestations et de violence, place Maïdan, le Président Ianoukovitch fuyait son pays. Quelques temps plus tard, la Russie annexait la Crimée, juste avant que le Donbass et l'Est de l'Ukraine ne s'enflamment à leur tour. Où on est-on aujourd'hui ? Depuis hier, l'armée ukrainienne et les rebelles séparatistes pro-russes respectent, a priori, le nouveau cessez-le-feu annoncé la veille par Moscou. Ce qui pourrait, dit-on, ouvrir la voie à un retrait synchronisé de l'artillerie lourde de la ligne de front cet après-midi ou demain. Pour autant et même si les armes se sont tues, ce cessez-le-feu paraît plus que fragile, peut-on lire ce matin sur le site de la chaîne américaine CNN, tant les deux camps n'ont jamais semblé aussi éloignés d'une normalisation.

Pour preuve, il y a encore une vingtaine de jours à peine, au cœur d’un hiver glacial ponctué de nuits où le mercure atteignait parfois les -20 degrés, le Donbass a connu un épisode de violences inédit. Pour la première fois depuis des mois, des obus d’artillerie se sont abattus sur les espaces enneigés du nord de la métropole du Donbass : Avdiivka. Cette cité industrielle située à quelques kilomètres de Donetsk, rappelle le quotidien en ligne OUKRAÏNSKA PRAVDA, est un verrou stratégique important (le siège de la plus grande usine de charbon concentré d’Europe), dont les séparatistes pro-russes cherchent régulièrement à s’emparer. Selon l’hebdomadaire DZERKALO TYJNIAE, une trentaine de personnes (militaires et civils) auraient perdu la vie dans ces combats, de part et d’autre de la ligne de front. Et comme à l’accoutumée, l’état-major de Kiev et les milices séparatistes se sont, bien évidemment, mutuellement accusés du premier coup de canon. Quand le quotidien russe GAZIETA rejetait, à l'époque, la responsabilité sur les autorités de Kiev désireuses, selon lui, de replacer la question ukrainienne à l’ordre du jour international, son confrère DEN jugeait, à l'inverse, que ces violences constituaient un motif supplémentaire pour continuer à agir contre les bandits russes en tant qu’agresseur et occupant.

Et puis signe, là encore, que les deux camps semblent toujours très éloignés d'un quelconque début de normalisation, samedi, le président russe Vladimir Poutine a, lui, ordonné de reconnaître « temporairement » les passeports émis par les administrations séparatistes des deux République Populaire autoproclamées de Lougansk et Donetsk. Désormais, passeports, certificats de mariage ou de naissance, permis de conduire bénéficieront d’une quasi-équivalence avec les documents officiels russes. Et le paradoxe, précise le correspondant à Moscou du TEMPS, c'est que la Russie ne reconnaît la souveraineté d’aucune de ces deux républiques mais reconnaît donc, à présent, leurs documents officiels. Le Kremlin justifie aujourd'hui ces mesures par un « souci d’aide humanitaire ». En clair, cela permettra aux habitants des régions séparatistes, lesquelles subissent un blocus économique qui a entraîné la cessation d’activité d’une série importante d’entreprises, de se rendre en Russie en toute légalité, précise le quotidien KOMMERSANT cité par le Courrier International. « Après tout, les gens ont besoin de travailler, de gagner leur vie et il leur faut pour cela des documents permettant de franchir la frontière », a pour sa part commenté un député russe. Mais là où l'Histoire permet de douter de la sincérité de Moscou c'est que, dans le passé, la Russie a déjà octroyé le statut de quasi-citoyenneté aux résidents d’autres territoires séparatistes, gérés par des gouvernements pro-Moscou (Ossétie du Sud, Abkhasie et Transnistrie). Or loin d’être temporaires, toutes ces pratiques ont toujours précédé une intégration économique et militaire officieuse des territoires séparatistes.

Bien évidemment, les dirigeants des deux Républiques ont immédiatement applaudi la décision du président Vladimir Poutine. A l'opposé, à Kiev la signature de ce décret a aussitôt été interprétée comme une confirmation du renoncement de la Russie à obtenir l’application des accords de Minsk. Les plus radicaux, précise toujours le journal KOMMERSANT, vont même jusqu’à dire que Moscou aurait délibérément détérioré la situation dans le Donbass pour faire le premier pas vers une reconnaissance de l’indépendance des deux républiques autoproclamées. « Pour moi, c’est une nouvelle preuve de l’occupation russe et c’est une infraction au droit international », a déclaré de son côté le président ukrainien, Petro Porochenko, avant de noter : « Il est tout à fait symbolique que ce décret ait été signé pendant la conférence sur la sécurité qui se déroulait ce week-end à Munich ».

Ce qui signifie, en réalité, que la décision de Vladimir Poutine intervient surtout dans un contexte global changeant. Dans les colonnes du TEMPS, un politologue russe (ex conseiller du Kremlin) estime que la reconnaissance des passeports traduit le désir d’exercer une pression sur l’Occident, après le durcissement de la position américaine. Car la semaine dernière, l’administration Trump a considérablement changé de ton à l’égard de Moscou. Il n’est plus question, désormais, d’une reconnaissance de l’annexion de la Crimée, ni de la levée rapide des sanctions contre la Russie. Et puis ce weekend à Munich, le vice-président Mike Pence s’est, lui, attaché à rassurer l’Ukraine et les Européens sur la volonté américaine de faire pression sur Moscou pour que les accords de Minsk soient respectés.

De son côté, THE NEW YORK TIMES affirme que l'avocat personnel de Donald Trump a remis à l'un des proches collaborateurs du président américain un projet de plan de paix pour l'Ukraine. D'après le quotidien américain, ce plan aurait été transmis à Michael Flynn, l'ex conseiller à la sécurité nationale. Il décrirait, notamment, la possibilité de lever les sanctions en contrepartie d'un retrait des troupes russes de l'est de l'Ukraine et prévoirait, également, un référendum ukrainien sur la location de la Crimée pendant 50 ou 100 ans à la Russie. Interrogé, le Kremlin a indiqué ne pas être au courant d'une telle initiative jugée « absurde ».

Trois ans après le soulèvement de la place Maïdan, qui a mis l'Ukraine sur la voie de la révolution puis de la guerre civile, l'Ukraine essaie une fois de plus la paix, conclue ce matin THE IRISH TIMES. Reste que le sentiment omniprésent dans le pays se résume surtout, pour l'instant, à une impression mêlée d'amertume et de méfiance réciproque, des deux côtés de la ligne de front.

Par Thomas CLUZEL

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