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Des fleurs déposées avec un message de soutien adressé aux victimes de l'attentat de Manchester

Manchester : le jour d'après

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Les autorités britanniques viennent de remonter le niveau d'alerte à son degré maximal : d'autres attentats "imminents" sont possibles, le kamikaze de Manchester n'ayant probablement pas agi seul. Son modus operandi comme son profil suggèrent en effet une cellule djihadiste encore active.

Des fleurs déposées avec un message de soutien adressé aux victimes de l'attentat de Manchester
Des fleurs déposées avec un message de soutien adressé aux victimes de l'attentat de Manchester Crédits : Stefan Wermuth - Reuters

Par Eric Biegala

"Le niveau de la menace est désormais critique" titre la BBC sur son site web ce matin... "Critique", c'est-à-dire le plus haut niveau dans l'échelle des risques , "c'est un développement rare et significatif, explique Dominic Casciani, le spécialiste des affaires de police de la chaîne publique. "Depuis des années les chefs de la police ou les ministres ont dit et répété que la menace était réelle et grave, mais ils se sont toujours gardé de dire qu'une attaque pouvait être toute proche, même lorsque l'une d'elle était en préparation et que les enquêteurs suivaient pas à pas son développement... Cette fois, ajoute le spécialiste de la BBC ils estiment qu'ils n'ont plus d'autre choix que d'annoncer l'imminence d'un autre attentat".

«C'est la première fois depuis dix ans que l'alerte est à un tel niveau», explique The Guardian. Concrètement ajoute le quotidien libéral, "cela veut dire que les officiers de police en faction ou en protection sur des événements publics seront remplacés par des soldats. L'opération - non de code "temperer" - devrait permettre le déploiement de 5000 hommes de troupe en soutien, ce qui libérera les officiers de police, leur permettant de patrouiller dans des zones-clef".

"Comme le premier ministre l'a expliqué, ajoute The Guardian c'est la possibilité qu'un réseau plus large soit derrière l'attaque perpétrée par Salman Abedi qui a justifié le relèvement du niveau d'alerte... L'implication évidente de tout ça, ajoute le quotidien, c'est que le poseur de bombe appartenait à une cellule djihadiste dont certains éléments pourraient toujours être en activité et poser un danger réel".

A vrai dire, ajoute l'expert en sécurité Robert Emerson , cité dans les colonnes de The Independent, si "nous savons d'expérience qu'il est très difficile d'établir qu'une attaque est le fait d'un seul individu, on sait maintenant que plusieurs des attaques de prétendus "loups solitaires" en Europe ont été effectivement pilotées par Daesh". Pour ce qui est de Manchester, "on en est encore aux stades préliminaires de l'enquête, mais ce serait très surprenant que ce type (Abedi) ait agit absolument seul".

La nature de l'attaque elle-même suggère plusieurs personnes impliquées: "Si c'est bien l'Etat Islamique qui est responsable, poursuit The Independent, les sources sécuritaires se demandent pourquoi les commanditaires auraient sacrifié la vie de quelqu'un capable de fabriquer une telle bombe, un engin décrit comme relativement sophistiqué par les enquêteurs"... Une bombe d'"environ 10 kilos contenant des clous et des écrous", précise The Daily Mirror citant des sources sécuritaires, un engin que le kamikaze "transportait dans un sac à dos".

"Contrairement à une croyance répandue, reprend The Independant, il n'est pas si facile, en se renseignant simplement sur Internet, de réunir les composants et l'équipement nécessaire pour construire un engin fiable... Résultat - et comme il est beaucoup plus dur en Angleterre que sur le Continent de se procurer des armes à feu - la plupart des attaques passées ont été perpétrées à l'aide d'armes blanches, ou de véhicules ».

Au-delà de la bombe elle-même, c'est le profil du tueur-kamikaze de l'Arena qui suggère également sinon un réseau, au moins une cellule djihadiste, active à Manchester. The Sun le plus diffusé des tabloïds britannique publie ce matin une première photo de Salman Abedi, 22 ans : visage rectangulaire, paupières tombantes, une épaisse tignasse bouclée, une large bouche esquissant un demi-sourire entourée d'un collier de barbe et d'une petite moustache : "le visage du Mal à l'état brut" ! titre le quotidien populaire. Troisième des quatre enfants d'un couple de libyens ayant fui le régime du colonel Khadafi dans les années 90; Salman Abedi est décrit selon ses amis et ses voisins comme "un adolescent normal, fan de football particulièrement de Manchester United, rapporte The Daily Mail... "il passait des heures à jouer sur les consoles vidéo... Mais tout a changé en 2011 quand le père de famille quitte son emploi du jour au lendemain pour s'en aller combattre en Libye, laissant la famille se débrouiller seule" selon un imam du quartier interrogé par le tabloïd. "Abedi et ses frères semblent avoir suivi leur père en partageant sur les réseaux sociaux des histoires de djihadistes se battant en Libye... l'Imam de la mosquée de Didsburry révèle même au quotidien que "Salman a arrêté de fréquenter (sa) mosquée en 2015 parce qu'il n'aimait pas (ses) sermons anti Etat Islamique". Quant au frère aîné de Salman, Ismail, 23 ans, c'est lui qui a été arrêté hier matin à la sortie d'un supermarché de Chorton-Cum-Hardy à Manchester-Sud, révèle encore The Daily Mail dans son édition de ce mercredi.

Le Daily Mirror est allé pour sa part interroger les voisins des Abedi, lesquels décrivent la famille comme "salafiste", le fondamentalisme musulman. interrogé pour savoir si Salman aurait pu aller en Libye recevoir une formation terroriste, un voisin - d'origine libyenne lui aussi - explique au journal que ça ne l'"étonnerait pas: beaucoup de Libyens de Manchester sont repartis au pays et se sont entraîné avec les milices qui aujourd’hui contrôlent la Libye".

Quant au Daily Telegraph, l'un des plus anciens quotidiens britanniques, il passe en revue cette «libyan connection» de Manchester, véritable "vivier de djihadistes... Au total, au moins 16 djihadistes qui ont été, soit condamnés, soit qui se sont rendus en Syrie, soit qui sont morts en se battant aux côtés de Daesh ces dernières années sont originaires du même quartier : une zone de 5 Km autour du district de Manchester-Sud, qui était aussi le lieu de résidence d'Abedi. En nombre de terroristes recensés en Angleterre, ajoute le quotidien, Manchester arrive en troisième position, juste après Londres et Birmingham".

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