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Un graffiti dans les rues de Paris représentant la candidate du Front National à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, et le président américain, Donald Trump

Marine Le Pen est-elle la Trump à la française ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Et si comme aux États-Unis avec Donald Trump, la candidate d’extrême droite en France, Marine Le Pen, faisait mentir les sondages ?

Un graffiti dans les rues de Paris représentant la candidate du Front National à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, et le président américain, Donald Trump
Un graffiti dans les rues de Paris représentant la candidate du Front National à l'élection présidentielle, Marine Le Pen, et le président américain, Donald Trump Crédits : JOEL SAGET - AFP

Depuis quelques jours, la presse américaine semble obsédée par une question simple : la France va-t-elle élire le Donald Trump français, Marine Le Pen ? Après les résultats du premier tour, il est devenu clair que la réponse serait très probablement non. Et tout d'abord, précise le magazine SLATE, parce que contrairement aux Etats-Unis, où les sondeurs n'avaient pas vu venir la victoire de Donald Trump, les prévisions françaises avaient, elles, très bien anticipé les résultats du premier tour, sans sous-estimer, notamment, le vote d'extrême-droite. Ensuite, s’agissant cette fois-ci du second tour, les pronostics sont tous plutôt favorables aujourd'hui à Emmanuel Macron. Les sondages donnent, généralement, un écart d'environ 26 points en faveur du leader d' "En Marche", alors que pendant la présidentielle américaine, les sondages donnaient Hillary Clinton gagnante de seulement deux points, dans plusieurs Etats décisifs. Or si une erreur de sondages de deux points est un phénomène fréquent, ce n'est absolument pas le cas d'une erreur de 26 points. En d’autres termes, si le populisme anti-immigrés de Le Pen et de Trump ont, c'est vrai, beaucoup en commun, leur position dans les sondages au moment du sprint final n'a absolument rien à voir. D’où ce commentaire du site FIVE THIRTY EIGHT : Ceux qui disent : Le Pen peut gagner parce qu'il y a eu Trump, ne savent pas compter. Sur ce point, leurs situations respectives à l’approche de l’issue finale ne sont absolument pas comparables.

Par ailleurs, la presse américaine pointe une autre différence essentielle entre ces deux élections : l'attitude de la droite française par rapport à celle des Républicains américains, qui ont presque tous soutenu Donald Trump. Le fait que François Fillon, en particulier, ait immédiatement appelé à voter Macron lui paraît plus responsable que la réaction de la droite américaine, même si la situation n’est pas tout à fait comparable dans la mesure où Le Pen n'est pas du même parti que Fillon. Reste que cela constitue, bel et bien, une différence de taille : tandis qu’en France, les politiciens de droite sont tous en train d'apporter leur soutien à Macron, aux Etats-Unis, presque aucun n'avait soutenu Clinton. En clair, écrit un journaliste du NEW YORK DAILY NEWS : Les conservateurs français refusent de soutenir Le Pen. Et en ce sens, ils font ce que les conservateurs américains, eux, auraient dû faire avec Trump.

Reste que si, pour toutes ces raisons, Marine Le Pen ne part pas, en effet, favorite, elle n’en demeure pas moins plus convaincante que ne l’était son père, lorsqu’il avait été battu à plates coutures au second tour de la présidentielle de 2002. Un peu plus de 7,5 millions de Français ont voté pour elle, soit près de 3 millions de plus que ce qu’avait obtenu son père au premier tour il y a quinze ans. Jamais le Front National n’avait remporté plus de 20 % des voix. Et qu’un tel résultat ait suscité un soulagement dans certains milieux, en dit long sur la progression de son parti. En particulier, et c'est là un point commun entre ces deux élections, la fracture entre les métropoles mondialisées d'un côté et les régions déshéritées de l'autre, fracture qui a entraîné le soulèvement politique que l’on sait aux États-Unis, s’applique visiblement aussi aujourd’hui à la France. THE NEW YORK TIMES, cité par le Courrier International, relève que Paris, par exemple, a donné moins de 5 % de voix à Le Pen, tandis que dans l’est du pays, région en proie aux difficultés, la candidate d’extrême droite a fait des scores impressionnants. Et c'est aussi, d'ailleurs, la raison pour laquelle on sait à quoi s’attendre pour les jours à venir : Marine Le Pen traitera Emmanuel Macron de pantin du président Hollande, l’homme dont il a été ministre ; elle le présentera comme le banquier de Rothschild, c'est-à-dire l’homme du système, à la fois élitiste et mondialiste. En ce sens, elle tentera de surfer sur le même sentiment diffus de colère, de ressentiment et d’anxiété que celui qui a produit l’arrivée de Trump au pouvoir. Et elle aura un boulevard devant elle, poursuit le quotidien américain. Pourquoi ? Parce qu'aucun peuple n’est plus sujet à une délectation morose que les Français. Sans compter que la France a des objections philosophiques au capitalisme du XXIe siècle, et ce plus que tout autre pays occidental industrialisé.

Ce qui signifie qu'Emmanuel Macron, lui, devra modérer son appétence instinctive pour le libre-échange, en compensant par une forte dose de solidarité bien française. C’est sur la sauvegarde de l’État providence et la lutte contre les inégalités que les partisans de Mélenchon, notamment, l’attendent au tournant. Sans quoi beaucoup s’abstiendront, voire, pour certains d'entre eux, iront voter Front National. En d'autres termes, contrairement à Hillary Clinton, qui n’avait accordé aucune attention (ou si peu) aux raisons de la popularité de Bernie Sanders, Macron, lui, va devoir compter avec le facteur Mélenchon.

D'où cette conclusion en forme d'avertissement, à lire toujours dans les colonnes du NEW YORK TIMES. Si jusqu’à présent, la grande réussite d'Emmanuel Macron c’est d’avoir (à seulement 39 ans) porté au premier tour un mouvement parti de rien en l’espace d’un an (ce que ses opposants traduisaient par : son seul atout, c'est sa jeunesse), désormais, l’épreuve ultime se présente à lui. Et elle pourrait se résumer ainsi : un diplômé des grandes écoles françaises, ancien banquier d’affaires, devenu ministre de l’Économie d’un président impopulaire arrivera-t-il, in fine, à s’imposer en ces temps de désenchantement envers la politique ? La question mérite d’être posée, car le plus grand danger qui guette Emmanuel Macron, à la fois nouveau visage de la politique et pur produit du système, serait de partir du principe que sa victoire au premier tour lui garantit un triomphe au second. Ou dit autrement si, Marine Le Pen n'est pas la Trump à la française, en revanche, le danger qui guette aujourd'hui Emmanuel Macron, c'est bien celui du syndrome Hillary Clinton. En clair, pour l’emporter, Emmanuel Macron devra à la fois répondre au sentiment de colère des Français mais aussi ne pas se montrer arrogant, deux écueils qui avaient perdu la candidate américaine dans son duel face à Donald Trump.

Par Thomas CLUZEL

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